RE DE MONSIEVR LE COMTE DE SAINT AIGNAN
KSTANT PRISONNIEB,
A MONSIEVR LE œMTE DE GVICHE.
Au tres-bault, très -preux et très - renommé ier Guicheus; Guilan le Pensif, Seigneur de Tlsie inuisible, désire honneur, liesse, et mande humbles saints.
is-cher Sire, Or suis en prison fermée : et ja pour nulles riens
K)urroye issir; se ne fust par art de Faërie, et de Negromance.
n vont à randon soûlas et déduit : et peruerse fortune m^a
laidement atoumé. En telle achoison , il n'est gentillesse de
ne fermeté d'engin, qui patiemment portast telle mesauen-
et si plours et lamentations n'étoient plus duisantes à Dame,
juerroyeur, moult grand plaid et butin feroye. Car, par mon
moult déconforté suis et mis en desarroy. Helas! cher Sire,
nt maintenant allez jeux, mommeries, danses, et chansons?
)nt mussez loin de moy longleurs, Menestriers, Farceurs,
îurs, et Apointeurs de vieilles? Que sont deuenus Tournois,
irs, et tels autres esbanoyemens, où Ton voyoit pieça heaumes
drer, haubers démailler, glaiues froisser, destriers affoler,
iliers gésir, et escus desrompre? Où sont festins, bombances,
banquets , ceintes Pucclles , frisques Damoisels , gorgias Es-
s? Tout est mis à néant : et à moy dolent et chetif, riens n'en
?mouré, fors douloureuse remembrance, qui d^autant plus me
ît naurc durement. En tel parly, in n'écriroye mie, sans l'os-
438 LETTRES DE MONSIEVH DE VOITVRE.
LETTRE XLVIII
Vous auez bien raison de vous mocquer de moy : et ie vous auouè que ie suis bien honteux, qu'après auoir tant fait le braue, il faille que ie montre tant de foiblesse. A ce que ie voy. Madame, quelque part que j'aille, ie ne suis iamais loin de vous. le vous porte toosiours dans le cœur : et 'vous me tenez aussi bien quand ie suis àm mon logis, que quand ie suis dans vostre carosse. Mais à le bieD considérer, vous n'en deuez pas auoir de gloire, ni moy de honte: et puis que tout cela se fait par charmes, et par sorcelleries; il n'y a rïen dont vous douiez vous vanter, ni que vous me puissiez reprocher auec raison. Il faut bien que cela se fasse ainsi. Car s'il n'y auoit quelque chose de surnaturel, il ne pourroit pas arriuer, que connoissant si bien vos artifices, ie m'en défendisse si mal; et que h plus meschante personne qui fut iamais, me parust tousiours la plus aimable du monde. Contentez-vous, ie vous supplie. Madame» des maux que vous m'auez faits. Rompez le sort que vous auez jette sur moy. Ou si vous ne voulez pas que ie guérisse, faites au moins, puis que rien ne vous est impossible, que ie croye que vous m'aimez : et ie souffriray gayement tous les maux que vous me voudrez faire.
LETTRE XLIX
le ne me puis résoudre à laisser partir vostre laquais sans vn poulet : et il me semble que c'est de la sorte qu'il faut payer vne gantière comme vous. Faurois de quoy vous en faire vn le plus amoureux du monde, si ie voulois vous escrire la moindre partie de ce que j'ay pour vous dans le cœur. Mais sçachant combien vous estes auantageuse, ie n'oserois vous faire sçauoir de quelle sorte vous y estes; ni montrer tant de facilité, que pour vne paire de gants, on me fasse dire comme cela ce que ie pense. le vous asseureray seulement que j'ay receu les vostres, comme ie receurois vn Royaume. Il n'y en eut iamais de si beaux. le les ay baisez plus de cent fois : et ie vous asseurerois, que c'a esté de meilleur cœur, que ie ne baiserois les plus belles mains du monde; n*estoit que ce sont les vostres qui le sont.