‹ Les œuvresChapitre 84 sur 149 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

La plus adorable personne Qui se trouue dans TVniuers, Et pour qui le fils de Latone Ne feroit pas d'assez beaux Vers , Aminte la gloire du monde.

L'amour de la terre et de Tonde, De cet agréable seiour Occupe la place première :

Et le remplit d'vne lumière Plus belle que celle du iour.

Les Amours sont à ses costez , Sages, retenus, et modestes, Auecque les désirs célestes Qui mesprisent les voluptez.

Deuant cette beauté seuere , Que le vice mesme reuere , Ils n'oseroient paroistre nus :

Et n'ayant plus rien de profane , Ils la craignent comme Diane, Et la seruent comme Venus.

SONNET

Sous vn habit de fleurs, la Nymphe que i'adorn . L'autre soir apparut si brillante en ces lieux.

Qu'à l'éclat de son teint, et celuy de ses yeux. Tout le monde la prit pour la naissante Aurore.

La Terre, en la voyant, fit mille fleurs éclore. L'air fut par tout remply de chants mélodieux : Et les feux de la nuit pallirent dans les Gieux , Et creurent que le iour recommençoil encore.

Ls Soleil qui tomboit dans le sein de Thetis, R'allumant tout à coup ses rayons amortis. Fit tourner ses chenaux pour aller après elle :

Et l'Empire des flots ne l'eust sceu retenir. Mais la regardant mieux, et la voyant si belle , Il se cacha sous l'onde^ et n'osa reuenir.

AVTRE.

Il faut finir mes iours en l'amour d'Vranie î L'absence ni le temps ne m'en sçauroient guérir ; Et ie ne voy plus rien qui me pût secourir; Ni qui sceust r'appeller ma liberté bannie.

Dés long-temps ie connois sa rigueur infinie ! Mais pensant aux beautez pour qui ie dois périr -f le bénis mon martyre, et content de mourir, le n'ose murmurer contre sa tyrannie.

Quelquefois ma raison, par de foibles discours.

M'incite à la reuolte, et me promet secours.

Mais lors qu'à mon besoin ie me veux seruir d'elle ;

Apres beaucoup de peine et d'efforts impuissans. Elle dit qu'Vranie est seule aymable et belle. Et m'y rengage plus que ne font tous mes sens.

AVTRE.

Belles fleurs dont ie voy ces iardins embellis, Chastes Nymphes, l'Amour, et le soin de FAurore, Innocentes beautez, que ie Soleil adore. Dont l'éclat rend la Terre et les Cieux embellis :

Allez rendre l'hommage au beau teint de Philis, Nommez-la vostre Reyne, et confessez encore. Qu'elle est plus éclatante et plus belle que Flore, Lors qu'elle a plus d'œillets, de roses et de lis.

Quittez donc sans regret ces lieux et vos racines. Pour voir vue beauté, dont les grâces diuines Blessent les cœurs des Dieux d'inéuitables coups :

Et ne vous faschez point, si vous mourez pour elle :

Aussi bien la cruelle Fera bien-tost mourir tout le monde après vous.

AVTRE.

L'avtre iour au Palais des Cieux , En vne feste solemnelle.

Où la triomphante Cybelle, Traittoit ensemble tous les Dieux :

Apres maints discours sérieux.

Sur la Régence vniuerselle.

Tout en rond la troupe immortelle Prit du Nectar délicieux.

Lors on proposa par la table. Laquelle cstoit plus souhaitable Ou crAngclique, ou de Cypris.

Les Dieux furent pour la Pucelle :

Et Venus la mère des Ris>

N'eut que Morne et Vulcain pour elle.

AVTRE.

Des portes du matin l'Amante de Gephale, Ses roses espandoit dans le milieu des airs : Et iettoit sur les Cieux nouuellement ouuers^ Ces traits d'or et d'azur, qu'en naissant elle estale

Quand la Nymphe diuine, à mon repos fatale. Apparut, et brilla de tant d'attraits diuers ; Qu'il sembloit qu'elle seule esclairoit l'Vniuers, Et remplissoit de feux la riue Orientale.

Le Soleil se hastant pour la gloire des Cieux , Vint opposer sa flame à l'éclat de ses yeux , Et prit tous les rayons dont TOlympe se dore.

L'onde, la terre, et l'air s'allumoient à Tentour. Mais auprès de Philis on le prit pour l'Aurore ; Et l'on creut que Philis estoit l'Astre du iour.

AVTRE

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