POVR MINERVE, EN VN BALLET
Vous qui chassiez de vostre Cour Toutes les mollesses d^Amour^ Et les feux dont il se conserue :
D'où vous sont ces attraits venus?
Et depuis quand , belle Minerue , Auez-vous les yeux de Venus?
Les Grâces qui suiuent tousiours La douce Mère des Amours , Vont à vous comme à la plus belle :
Mesme ce Dieu qui sçait voler.
S'il vous voyoit mise auprès d'elle.
Ne sçauroit à laquelle aller.
Si vous eussiez eu ces appas , Lors que vous vinstes icy-bas , Vous faire voir aux yeux d\n homme Sans quitter le seiour des Gieux , Vous eussiez remporté la pomme , Au iugement de tous les Dieux.
Vos charmes ont plus de pouuoir.
Que ceux que nous venons de voir Dans l'enchantement d\ne couppe.
Ils sont bien plus forts et plus doux : Et ie ne sçache en cette trouppe, D'autre enchanteresse que vous.
Cette Gircé, dont les Démons Applanissent l'orgueil des monts ^ Qui remplit la Terre d'alarmes^ Et renuerse Tordre des Gîeux :
A dans ses liures moins de charmes , Que vous n^en auez dans vos yeux.
Elle peut le monde troubler.
Elle feit les Astres trembler.
Et bride le cours de la Lune :
Mais vous, d'vn pouuoir sans pareil.
Dans le milieu de la nuit brune , Vous nous faites voir vn Soleil.
Mille rayons ensorcelez , Sortent de vos yeux estoiilez , Qui percent sans faire ouuerture :
Et redoutée en toutes pars.
Vous faites bransler la Nature, Par le moyen de vos regars.
Aussi faudra-t'il désormais Qu'elle vous cède pour iamais.
Car plus docte Magicienne , Vous méritez le maniment D\ne autre verge que la sienne.
Et qui charme plus puissamment.
STANCES
le me meurs tous les iours en adorant Syluie î Mais dans les maux dont ie me sens périr,
le suis si content de mourir.
Que ce plaisir me redonne la Tie.
Quand ie songe aux beautez, par qui ie suis la proye De tant d^ennuis, qui me vont tourmentant :
Ma tristesse me rend contant^ Et fait en moy les effets de la ioye«
Les plus beaux yeux du monde ont ietté dans mon ame Le feu diuin qui me rend bien-heureux :
Que ie viue ou meure pour eux , Tayme à brusler d'vne si belle fliame.
Que si dans cet estât quelque doute m'agite y
C'est de penser que dans tous mes tourmens ,
Tay de si grands contentemens ^ Que cela seul m'en oste le mérite.
Ceux qui font en aymant des plaintes étemelles. Ne doiuent pas estre bien amoureux.
Amour rend tous les siens heureux , Et dans les maux couronne ses fidelles.
Tandis qu'vn feu secret me brusle et me deuore, Pay des plaisirs à qui rien n'est égal : Et ie vois au fort de mon mal , Les Cieux ouuerts dans les yeux que i'adore.
Vne diuinité de mille attraits pourueuë ,
Depuis long-temps tient mon cœur en ses fers.
Mais tous les maux que i'ay souffers, N'esgalent point le bien de Taucrir veuë.
STANCES
La terre brillante de fleurs.
Fait éclater mille couleurs , D'aujourd'huy seulement connues.
L^astre du iour, en souriant , lette sur la face des nues, L'or et Tazur dont il peint TOrient,
DE MONSiEVR DE VOITVRE. 484
Le Ciel est couuert de saphirs. Les doux et gracieux Zephirs Souspirent mieux que de coustunie.
L'Aurore a le teint plus vermeil :
Et semble que le iour s'allume D'vn plus beau feu que celui du Soleil.
Les oyseaux aux charmantes voix.
Mieux que iamais dedans ces boiS; Se font vne amoureuse guerre.
Sans doute la troupe des Dieux , A quitté le Ciel pour la Terre, Ou la diuine Oronte est en c^ lieux.
Oronte, dont les yeux vainqueurs , Ont assujetti mille cœurs.
Dont elle refuse Thommage; Qui naissant a receu des Cieux Toutes les grâces en partage , Et les faneurs des hommes et des Dieux .
Par la force de ses attraits , Ces vieux troncs, ces noires forets.
Ressentent l'amoureuse flame.
Tout cède à des charmes si chers :
Et ses yeux qui nous ostent Tame, D'vn seul regard la donnent aux rochers.
Ainsi sortant de Fontenay, Dedans le chemin de Gournay, Faisant des vers à Tauenture, Suiuant rhumeur qui Temportoit, L'insensible et le froid Voiture, Parloit d'amour, comme s'il en sentoit.
Les Nymphes des eaux et des bois, Escoutant sa dolente voix.
Ne purent s'empescher de rire.
Mais vn Faune qui Pentendit , Aux Dryades se prit à dire :
Possible est-il plus vray qu'il ne le dit. I. Av
STANCES
Belle Déesse que i'adore^
Ne pleurez pas si longuement.
Si les perles se font des larmes de l'Aurore , Vous perdrez vn trésor bien inutilement.
Ces larmes me rendroient trop heureux et trop riche, Si vous les respandiez pour moy.
Vous perdrez pour vne babiche.
Des pleurs qui suffîroient pour racheter vn Roy.
Celle qui vous ressemble, honnis qu'elle est moins belle^ Et qui dedans le Ciel s'appelle Du nom qui vous conuient si bien :
Jette quelques souspirs de sa diuine bouche ;
Et pleure les matins en sortant de sa couche.
Mais c'est pour vn Amant, et non pas pour vn chien.
Si vous voulez pleurer comme elle.
Il faut deuenir moins cruelle.
Employer mieux vostre amitié :
Et pleurer sur tant que nous sommes.
Mais d'vne bizarre pitié Ne pleurez pas les chiens, vous qui tuez les hommes !
STANCES
A LA LOVANGK DV SOVLIER d'YiNK DAMK.
Moy qui fut pris ce Caresme,
Et qui me vis au pouuoir
D'un beau Soulier iaune, et noir.
Que i'aymois plus que moy-mesme :
le suis maintenant en feu ,
Pour vn Soulier noir, et bleu.
Comme vn criminel , qu'on mena Où son Destin Ta réduit , A la Bastille est conduit.
Sortant du bois de Vincenne :
Ainsi mon cœur prisonnier Va de soulier en soulier.
Le pied qui cause ma peine, Et qui me tient sous sa loy :
Ce n'est pas vn pied de Roy ; Mais plustot vn pied de Reyne.
Car ie voy dans l'auenir.
Qu'il le pourra deuenir.
Sur ce beau pied la Nature , Admirable en ses effets , A sceu bastir vn Palais De diuine Architecture ; Où se trouuent tous les Dieux Mieux logez que dans les Cieux
C'est vn grand temple d'yuoire, Plein de grâce et de beauté , En quelques lieux marqueté DVne ebene douce et noire , Qui sert en ce lieu si beau Comme d'ombre en vn tableau.
Deux flambeaux incomparables.
Plus brillans que le Soleil , Par vn éclat sans pareil, Et des rayons fauorables.
Rendent les lieux d'alentour Pleins de lumière et d'Amour.
La nef de cet édifice
Est pleine d'vn iour très-pur.
Mais le cœur en est obscur ;
Et fait par tel artifice ,
Que les yeux les plus perçans
Ne pénètrent point dedans.
48i POÉSIES
Tout ce que la Terre et TOnde
Produisent de précieux :
Tout ce qu^on voit dans les Gieux,
Et qui paroist dans le monde :
Est fait imparfaitement^
Au prix de ce bastiment.
Mais vn personnage antique^ Parent de Nostradamus, M'a dit en termes confus , Que ce Temple magnifique y Pour estre plus exaucé.
Sera bien-tost renuersé.
STANCES
▲ VIfE DEMOISELLE QVI AVOIT LES MANCHES DE SA CHf RETROYSSÉES ET SALES (I).
Vous qui tenez incessamment Cent Amans dedans vostre manche :
Tenez-les au moins proprement.
Et laites qu'elle soit plus blanche.
Vous pouuez auecque raison, Vsant des droits de la victoire , Mettre vos galans en prison ; Mais qu'elle ne soit pas si noire.
Mon cœur qui vous est si deuot , Et que vous réduisez en cendre.
Vous le tenez dans vn cachot.
Comme vn prisonnier qu'on va pendre.
Est-ce que bruslant nuit et iour, le remplis ce lieu de fumée ,
(1) Mademoiselle Chapelain, sœur du poète de ce nom.
Et que le feu de mon amour En a fait vue ebeminée?
STANCES
<)E DAME DONT LA lUPPE ¥\T RETROYSSÉE EN VERSANT DANS VN CARROSSG A LA CAMPAGNE (1).
Philis, îe SUIS dessous vos loix :
Et- sans remède à cette fois Mon ame est vostre prisonnière.
Mais sans iustice et sans raison^ Vous ni'auez pris par le derrière :
N'est-ce pas vne trahison?
le m'estoîs gardé de vos yeux :
Et ce visage gracieux , Qui peut faire paslir le nostre, Contre moy n'ayant point d'appas^ Vous m'en auez fait voir vn autre, Dequoy ie ne me gardois pas.
D'abord il se fit mon vainqueur :
Ses attraits percèrent mon cœur ; Ma liberté se vit.rauie :
Et le meschant en cet estât, S'estoit caché toute sa vie.
Pour faire cet assassinat.
11 est vray que ie fus surpris.
Le feu passa dans mes esprits :
Kt mon cœur autrefois superbe , Humble, se rendit à Tamour, Quand il vit vostre eu «ur Therbe, Faire honte aux rayons du iour.
ladame de Saintot.
Le Soleil confus dans les deux , En le voyant si radieux^ Pensa retourner en arrière.
Son feu ne seruant plus de rien ; Mais ayant veu vostre derrière.
Il n'osa pas montrer le sien.
En découurant tant de beautez.
Les Syluains furent enchantez; Et Zephyre voyant encore D'autres appas que vous auez, Mesme en la présence de Flore, Vous baisa ce que vous sçauez.
La Rose, la Reyne des fleurs.
Perdit ses plus viues couleurs :
De crainte l'œuillet deuint blesme :
Et Narcisse alors conuaincu, Oublia Pamour de soy-mesme, Pour se mirer en vostre eu.
Aussi rien n'est si précieux ; Et la clarté de vos beaux yeux, Vostre teint qui iamais ne change.
Et le reste de vos appas ; Ne méritent point de louange, Qu'alors qu'il ne se montre pas.
On m'a dit qu'il a des de faux Qui me causeront mille maux.
Car il est farouche à merueilles : Il est dur comuie vn diamant.
Il est sans yeux et sans oreilles.
Et ne parle que rarement.
Mais ie l'aime ; et veux que mes vers Par tous les coins de l'Vnivers En fassent viure la mémoire :
Et ne veux penser désormais.
Qu'à chanter dignement la gloire Du plus beau eu qui fut iamais.
Philis, cachez bien ses appas; Les mortels ne dureroient pas, Si ces beautez estoient sans voiles.
Les Dieux qui régnent dessus nous , Assis là-haut sur les Ëstoilles, Ont vn moins beau siège que vous.