AMAR
De ses Prœuosiz.
LA TROVPE.
Âmy, ie vous vplain bien , Car Yostre long labeur ne vous seruira rien.
Vous tombez d'vn escueil dangereux en vn pire , Car le mescbant Aman qui gouuerne Tempire Nostre race destruit •, mais dictes-nous pourquoy Plutost n'auez cerebé la présence du Roy ?
SDŒON.
Pour ce qu'au temps du gratieux roi Daire , Le gouuerneur n'estoit pas si contraire.
le vous suppli ) mes Dames , dictes-moy Pourquoy Aman bait si fort nostre loy?
LA TROVPE.
Le discours est bien long , bien fort longue Tiniure
Pour laquelle ces maux le panure peuple endure :
Vous entendrez pourtant depuis le premier trait
Pour quelle cause Aman nous persécute et bait.
AssvERE donnait vn banquet magniflque
A tous les Princes grans de la terre Persique :
La cour de son palais^ à quatre rancs entiers,
Estoit bordée autour de forts grans piliers,
L'estoffe d'or massif, et la façon antique
Dont iadis abondoit le Temple ludalque :
Au sommet cent tapis , pleins d'autant de couleurs
Qu'au printemps les verds prés nous descouurent de fleurs ^
La rose, ni le lis, ni la fleur immortelle,
La pourpre , le coural , ni l'arc qui nous decelle
L'ordonnance du Ciel , ni l'oyseau excellent
TRAGEDIE BAINCTE. lOT
Qui vente a sa compagne un pannacbe brillant, Portent couleur en eux dont les tentes polies Incomparablement ne feussent embellies ; L'artifice de loing nature deuanceoit , Et en quelques endroits soy-mesme surpassoit; Tout autour paroissoit yne peinture vifue , Et enseignoit comment nostre gent fut captiue. Là , par TAssyrien nostre malbéureux Roy Voyoit égorgeter ses enfans deuant soy ; Le Cbaldœen , soldat d'une dextre sanglante , Bouillant, écarteloit mainte teste innocente. Quelqu'vn pilloit le Temple et l'autre le chasteau , Tel geinoit vne femme et l'autre vn enfant beau. C'est assés de cela dont triste est la mémoire : D'autre part se lisoit des Rois Persans la gloire , Cynis tetoit la louue , et Harpacte esprouueoît Le fiel d'yn Âstyaga et ses enfans mangeoit, Et reuenchoit après la vengeance félonne Faisant iustement perdre à son Roy la couronne : Là y Cyrus se baussoit, sur mille Roys, vainqueur! Mais du fait de sa mort Tonurier estoit menteur, Par l'ignorée mort du désastreux Cambyse La seigneurie estoit à vn vilain acquise.
Soudain par son bon sens Daire la saisissoit, Et premier au soleil son cbeual bennissoit; On l'aperceuoit bien en vtie œuure muette, La ruse estoit pourtant clairement descouuerte. Xerxe sur terre ferme vne grand mer creusoit , Et ailleurs de la mer vn lieu ferme faisoit ; Mais la fuite estoit teue, et sa honte étemelle, Et celle tant de fois mal vengée querelle,