‹ Les œuvres poetiques d'André de RivaudeauChapitre 17 sur 39 · IM AMAN · texte numérisé non relu

IM AMAN

Amy, ie ne sçauroy acoDsuiure en parlant

La merueiUe et beauté de cest ouurage grand.

Sur vn paué de marbre et d'iuoire et porphire

Estoient des lits d'argent ; qu'est-il besoin de dire

La grandeur du seruice et le riche appareil.

L'abondance des mets et l'orâre nompareil ?

Là , le Roy plein de vin, prins d'vn désir infâme ,

Veut à tous faire voir TEmperiere sa femme.

Gomme Thomme iamais n'estime vn bien parfait ,

Si qu'il a ce bien-là tout le monde ne sçait,

La Royne Yastbe estoit en vertu sans seconde ,

Et bien au demeurant la plus belle du monde :

Or, voulant à la loy des Perses se renger

(Que la femme d'autruy ne voye Testranger)

Refuse son mary, qui des l'heure la laisse ,

Suiuant le dur arrest des vieux sages de Perse.

Combien de fois pourtant luy vint la larme à l'œil

Pour auoir de Nochee approuué le conseil I

Or l'éxecution du conseil de Nochee \

Feit la nièce espouser au Roy, de Mardochee, '

Qui surpasse de loing ceste autre en saincteté

Et ne luy cède point en parfaite beauté.

Fort peu de temps après , quand Thare et Bagathee

Eurent la mort du Prince ensemble complotée,

Mardochee descouurit leur coniuration»

Et souffrirent les deux grief ue punition.

Aman y qui n'ignoroit la trame encommencee

Et qui portoit les gens de la Royne laissée ,

De ceste heure conceut vn mortel maltalent

Encontre Mardochee et toute notre gent.

Or, se voyant en Cour fortune si prospère ,

TRAGEDIE 8AINCTE. i09

Il tira ceste loy du cachet d'Assvere ,

Et maintenant cecy le fait désespérer

Que le père d'Estber ne le veut adorer.

Sur tout il a la bride à sa rage lascbee

D'auoir esté contraint de seruir Hardocbee.

Il est impatient, car quand il est au iour,

Il luy tarde beaucoup que la nuit n'ait son tour;

La nuit il veut le iour, car maint songe effroyable

Luy fait redemander la lumière agréable ;

Il oublie son rang , sa charge et maiesté ,

Il porte vn front d'azur et yn œil despité.

Tout son corps est succé d' vne peste secrète ,

Ses dens pleines de rouille et sa face desfaite,

Sa langue a du poison, et du venin son cœur.

S'il sort de chez le Roy, la crainte et la terreur,

La haine et la fureur pas à pas le talonnent.

Et à cruelliser nostre gent l'esguillonnent.

Vous entendes quelle est nostre condition :

Nous sommes tantost près de l'exécution

De ce fascheux Edict; et outre Aman espère

Et se vente par tout d'optenir d'Assvere

La mort de Mardocbee, et le tient-on pour fait,

Car ordinairement il fait ce qui luy plaist.

Il nous reste au Seigneur seulement espérance ,

Qui aux désespérés descouure sa puissance.

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