‹ Les œuvres poetiques d'André de RivaudeauChapitre 28 sur 39 · DE L'ESPERANCE · texte numérisé non relu

DE L'ESPERANCE

Sk DiHE, VOUS voulés donc entendre l'essence, l La nature et l'estat de la douce espérance. >. le loue la vertu qui vous faict désirer De cognoistre et sçauoir que c'est que d'espérer : Car tout le fait de rbomme et sa vie mortelle Ne gist tant seulement qu'en l'espérance belle. Or, ie vous discourray, sans en oublier rien, • Que l'on trouve en l'espoir ou de mal ou de bien. Il nous fault commencer par vne vieille Table En l'apparence fauce, en elTait véritable.

Si nous adioustons foy au Boétien vieux, Jupiter, qu'on feint père et chef des autres Dieux ,

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Feit Vulcain formateur de la première femme , A laquelle il dom[ia yn tel corps et telle ame , Que rvn fût accompli de cent mille beautés , Et l'autre tout ainsi : toutes les Deltés A sa perfection ensemble coniurerent Et chacune le plus de leur mieux luy donnèrent. De Pallas la sagesse alors elle receut , D'Apollon la musique, et de Venus elle eut L'atirante beauté, qui tous les hommes dompte , Et les plus braues cœurs radouscit et surmonte. De Mercure elle aprint la diserte façon D'entonner sur la lyre vn doux ou graue son, Et de fleschir les cœurs d'vne excellente grâce D'vn Prince ou d'vn grand Roy ou d'vn fier populace. Somme elle eut tout de tous, et Pandore son nom Luy fait pour ses vertus vn étemel renom.

Ce lupiter fasché contre l'humaine race , Et pour punir vengeur de Promethé l'audace , Yne boiste bien close il feit soudain porter Au sot Epimetbé , et luy feit présenter Par Pandore, sçachant qu'vne main peu rusée lamais ne renuoiroit la boiste refusée.

Et qui eust de Pandore esconduit la beauté?

Et quelle beauté n'eust prins la siniplicité De ce pauure idiot? il receut la largesse Et le présent mortel de la fauce Déesse , Guidant estre bien riche, et ouurit , curieux , Le couuercle, ô fureur 1 du don pernitieux.

De la boiste soudain au dehors se lancèrent Mille et mille malheurs, et hâtifs s'enuolerent

D'ANDRE DE RIVAYDEAV. Mt

Parmi le monde tout : la fleure empoisonna Les hommes immortels, et triste les traina Aux cercueils charoigneux; et eut pour compagnie La langueur, la maigreur, la iaunisse et manie : Et là peste rampant sur yn ventre écumeux , Embraua les cités, et des ieunes et vieux Feit tout incontinent bossues les campagnes, Egalant les lieux bas aux plus hautes montagnes. Ce ne sont pas assez que les tourmens du corps. Car queue à.queue aussi volèrent au dehors Le mensonge et larcin , la fraude , l'imposture Qui de rhomme , iadis perfaite créature , Feirent vn cruel monstre : et puis les passions , Les craintes , les désirs et les tentations , L'amour, la folle ioye et mille choses telles Saisirent promptement les humaines ceruelles. Somme il faudroit auoir vne langue d'airain Et vn palais d'acier, vne ferrée main Pour dire ou pour escrire vne tourbe infinie Des maux dont ce grand Dieu nostre terre a punie , Et qui sortirent tous de ce fatal estuy Pour remplir les humains de malheur et d'ennuy. Et quand tout fut sorti , la douteuse Espérance Se traina sur le bord , d'vne foible puissance, Qui resioult vn peu les hommes demi-morts , Et les feit pour souffrir plus vigoureux et forts. Quand on peut espérer de ses maux la ressource , Et que le temps fuyard en son isnelle course Changeroit leur estât; et que le languissant Et plaintif amoureux deuiendroit iouissant, Et le malade sain, le craintif hors de doute ,

flai SECOND UVRS

Et le passionné franc de passion toute ,

Dont l'agréable espoir au milieu des dangers

Feit Tennemi plus doux et ses maux plus légers :

Et certes sans cela, tout cest humain lignage

Ne seroit qu'yne horreur» qu'vne fureur et rage.

De là, les anciens ont tenu longuement

Que Tesperance n'est passion nullement

Pour ce qu'elle adoucist d'vne atendante aleine

Des autres passions la longueur et la peine.

L'amour vit d'espérance, et le désir aussi ,

Et le fascheux trauuail et l'importun souci.

Puis donc qu'est par l'espoir toute playe empiree ,

Qui la pourra iuger d'vne mesme liuree

Que ces tristes langueurs? Mais quelques vns ont dit

Qu'espoir est passion, et baissant son crédit

L'ont osé comparer à la doute et la crainte

Qui est aux lasches cœurs et aux couards emprainte.

Bon Dieu! quel faux cuider? on espère le bien,

Le mal se craint et doute : il n'y a doncque rien

Semblable entre ces deux ; or c'est chose trës-seure

Qu'entre deux bouts mauuais vne vertu demeure.

On blasme l'auarice et prodigalité,

On tient comme vertu la libéralité.

a Tout extrême est donc vice, et la vertu diuise

a Les deux bords vitieux dans le meilleu assise.

« De mesmes en ce fait il n'est bon s'asseurer,

« Il ne faut craindre aussi y mais il faut espérer,

n Or, quelqu'vn me dira, quoy? le port salutaire,

« Ne vaut-il pas trop mieux qu'vn orage contraire

« De l'irritée mer? combien qu'on s'atendist

« Que tantost la bonace au haure nous rendist.

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« Die ce qu'on voudra, la preste îoulssance

« Surmonte le bonheur de la longue espérance.

Voire, quelle fureur? yn Epicurien

luge heureux celuy-Ià qui ne désire rien ,

Qui est saoul de plaisir et yure des délices

Qui nourrissent le mal et les infâmes yices.

Epicure estoit sot , et certes ne sçauoit

Gomme la volupté bien fournir l'on pouuoit.

Ceux qui ont à plaisir les choses souhaitées ,

Les ont incontinent , ennuies, rebutées :

Le rassasiement engendre desplaisir,

Mais ont est iamais las d'vn atendu désir.

Gomme communément vne chose espérée

Plus attendue elle est plus elle est désirée.

Et quand ce qu'on souhaite aussitost aduiendroit,

Ce gouffre de plaisirs le plaisir esteindroit :

Et aux viures l'on voit qu'vne abondance grande

Degouste beaucoup plus que le bien peu de viande.

De la douceur du bien trop mieux Ton s'aperçoit,

Quand on en est priué que quand on le reçoit.

Quand on le recevoit il estoit agréable.

L'on espère à venir, il est plus désirable,

11 est plus de plaisir en l'aprehension

Et gratieux espoir qu'en l'exécution ;

Et tant plus que s'estend la longueur de l'attente,

Plus à cil qui l'atend de bien elle présente.

Regardons aux tourmens : quelqu'vn attend la mort,

11 endure, atendant, le suplice plus fort

Qu'en souffrant sur le coup : ainsi quand on espcre,

L'atente du bien est plus que la chose chère.

Certes , si l'on auoit fort à commandement

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