DAMOISELLE DE LA ROYSSELIERE
INVERS vente sa Bourse et Lyon dict son change ; Venise vn arsenal, la grand' Rome son Ange, Ses écluses Calais y Milan son Alciat, Naples un Sannazar, Limoges un Aurat, La court des Turcs Gamelle , et Limueil la Françoise, Une Laure Auignon , vne mer FEscossoise, Thoulouse dict sa Paule , et son peuple Paris , Galice son voyage et mille hommes guéris; Somme , chasque pals , chasque contrée et ville Ha qui la face dire ou superbe ou gentille , Vne tour, vn rempart j vne herse , vn rasteau , Yn seur mache^oulis , vne doue , vn chasteau » Yn temple, vn bastiment, des haies, des escholes, Yn haure , vn porche , vn lac , vne mer, des gondoles, Yn poète , vn philosophe , vn iuge , vn artizan , La beauté d'vne femme, vn propre courtizan.
Mais encor il y a maintes bourgadelettes Qui ont commodité de leurs terres pauurettes
9M SECOND LIVBE
D'en tirer quelque bruit , Gonesse de son pain ,
Yanures de son lait gras , Porcbaire de la main
D*vn excellent ouuriery à fin que ie ne die
Les bourgs de Brie, Auuergne et de la Picardie.
Mais 9 petit Fontenay, tu as ce grand malheur,
Riche sur mille bourgs , qu'on celé ton honneur :
Fontenay bien petit , yillotte trop contrainte
D'vn pauvre circuit , d'vne petite enceinte ,
Petite de maisons , et de rues et de murs,
De rivière 9 de fort, de peuple et de Seigneurs *:
Ville de ton comté à peine la troisiesme,
Tu mérites pourtant qu'on t'estime et qu'on t'aime ,
Et qu'on t'honore encor' dessus mille cités
Qui haussent iusqu'aux Gieux leurs festes euentés.
Si vn bien incogneu t'a tenu malheureuse
Or, cogneu te fera grande , noble et fameuse.
le te feray cognoistre., et aux derniers neueux
De nos arrière fils; de mes vers desia vieux
Sur les ailes du temps lanceray la mémoire
Aux siècles auenir de la très-grande gloire
Du petit Fontenay; et ni l'ire du Ciel,
Ni le feu estaindront son renom éternel.
Et à fin qu'on ne treuue aucunement estrange
D'vn miracle nouueau la nouelle louange :
Vn thesor on retire enfin du ventre creux
D'vn antre qui l'auoit recelé ténébreux :
Des boyaux de Thetys bien souuent on decœuure
L'Vnion de grand prix (qu'on ne prise qu'en œuure)
Âpres que sous l'eau perse elle a mille et mille ans
Nagé de bord en bord par les sablons roulans.
Outre les Déités (suiet des vieilles fables)
D'ANDRE DB RIYAVDBAV. 908
Ont seules goupillé aux forets deuoyables
Aux grottes , aux rochers , aux égarés déserts ,
Fuyant la multitude» ont aimé les bois verds ;
Et les lieux moins bénins, les plages moins heureuses
Nous fournissent souuent des choses merueiUeuses;
L'endroit où le soleiU de ses rayons voisins,
Bazane le cuir dur, etbrazille les crins
Des iEthiopes noirs , nous enuoye la casse >
L'angelicq', le gayac, Texcellente panace.
Et force simples bons qu'on fait de là venir
Pour des hommes d'icy la vie retenir.
Scy thie nous donna le très-docte Anacharse ,
Afrique nostre Plante, et Orphée la Thrace.
Donques il ne se faut nullement estonner
Si Fontenay nous peut quelque chose donner.
Fontenay peut donner vne beauté bien rare
Qu'escharcement il tient en sa closture auare,
Et faudra que le Temps nous decœuure à la fin
Que Fontenay nous cache vn visage diuin ,
Yn tout cœleste esprit, lequel point ne mérite
De demeurer reclus en ville si petite.
Marie, si ton heur t'eust fait naistre à Paris
Quand à ta mère, enfant aux langes, tu souris,
Ou à la cour du Roy, certes la France entière
T'eust ouy renommer des belles la première.
l'ay veu de mille traits mille dames venter
Qui sont plus beaux en toy, tout ce que i'oy chanter
Par les poètes menteurs, et de tant de vers peindre
De beautés t'est tout propre ; et ce qu'ils ont peu feindre
Est véritable en toy, si l'on peut inuenter
Assez de quoy le vray de bien loing surmonter.