‹ Les œuvres poetiques d'André de RivaudeauChapitre 34 sur 39 · POETE CHRESTIEN · texte numérisé non relu

POETE CHRESTIEN

\k plus part, Babinot, des hommes de présent Premier qu'auoir reueu leurs vers entièrement Par yn soing plus exquis, et premier que la lime Ait yn peu repoli leur raboteuse rime, Aueugles en leur fait , ne se peuuent tenir De fairid'4ncontinent entre nos mains venir Leurs liures auortés qui, premier qui les presse, Meritoient d'endurer Tesponge eflTaceresse.

Ces hâtifs» Babinot, pour néant désireux D'afranchir leur renoié du temps iniurieux , Reculent s'auanceans» si que la Parque noire Clost en la mesme tombe et eux et leur mémoire. Ceux-là ne font pas mieux qui traînent si longtemps Leurs stiles paresseux et leurs longs iugemens Sur vn papier moisi iusques à tant qu'vn rheume , Vne fieure , vne mort leur facent sur l'enclume Laisser Tœuure imperfait, qui du proiet premier, Raclé par tant de fois , n'a pas vn trait entier. Qu'est-ce à dire cela? Le fol fait le contraire Du vice qu'il fuit plus; l'vn veut du tout se taire ,

SO SECOND UTRB

Fuyant le trop parler , et l'autre moins honteux

De peur d'estre muet, se rend plus ennuyeux,

lasant incessamment : Quelqu'vn sent la eyvette,

Et l'autre le fouin ; quelqu'vn veut Antoinette

Du meilleu d'Albiac; et tel n'en youdroit pas

Qui outre son renom , n'aporte des ducats.

Yn vieillard veut la ieune , et un ieune, plus chiche.

Veut espouser la dot de quelque vieille riche.

Tel à trauers les trous d'vn pertuisé manteau

Monstre le faste enflé de son gauche cerueau;

Yn autre, ambitieux, fait mieux paroistre encor

Son orgueil aux habits, et le fait luire en l'or.

L'vsurier serre tout d'vne dextre taquine.

En peu d'ans vn Brinon s'est aquis sa ruine,

Quand de cent mille escus son esprit despensier

Aux femmes y masques, ieux ne sauue yn seul denier.

Tout extrême est donc vice, et la vertu diuise

Les deux bords vitieux , dans le meilleu assise.

C'est assez , fiabinot, que ton coffre enuieux *

Nous ait tant estuié tes escrits ia trop vieux.

Qui t'empesche monstrer auec vne asseurance

Ce qui aportera de l'esbale France , ^

Et à l'Europe encor' nouueau estonnement?

Pourquoy tiens-tu caché si fort auarement

Ce thesor d'Euclion , qui , le faisant paroistre

Te pouuoit aisément l'éternité promettre I

Ce n'est point à toy , non , de celer tes escris.

Ce n'est point à celui qui mérite le prix

Du laurier couronneur , mais à ces poetastres

Qui mentent que leurs vers sont inspirés des astres.

Ces braues , ces enflés , leurs vers et leur orgueil

D'ARDBS DE UVAYDEAV. 131

Seront enseuelis dans un mesme cercueil.

Ces escorcheurs de mots , lesquels ne voulant rendre

Leur langue en son entier, nous veulent faire entendre

Vne parolle aisée » vn populaire mot ,

Yn vocable commun estre fascheux et sot »

Et appellent rimeurs ceux qui font vn ouvrage

Qui approche fort près du plus commun usage :

Marot leur est rimeur , car sa simplicité

D'vn poète le nom n'a pas bien mérité.

Rien , rien , car si Marot eust eu de la doctrine

Il seroit sans second, ceux-cy n'ont que la mine »

L'enflure , le caquet ; ie suis poète moy ,

Car ie sçay force grœc , car ie sçay bien la loy

Des pindariques vers ; ie sçay ma langue accroistre

De cent mille bons mots que ie feroy paroistre

Soubs vne imprimerie ; et qu'est-ce de sçauoir,

S' vn autre ne le sçait? le leur veux faire voir

Gomment il faut escrire , et le tour que i'esUme

Qu'il vaut le mieux donner à la nombreuse rime.

Yoy là pas bien promis ; il viendra de ce feu

Vne fumée après, et celuy qui a leu

Ce prometteur exorde , après ceste asseurance ,

Se trouue bien fort loing de sa faulse espérance.

Leurs vers, au premier coup, semblent de fort grand prix,

Le nouueau plaist ; l'enflé , mais ce tourne en mespris,.

 la coupelle , au fer, a pas belle apparence ,

Un ducat de faux or; la fertile abondance

D'vn Theopompe Grœc , son style sourcilleux

Auoyent à l'aborder force traits merueilleux ;

Mais après, rien de bon; le fouet d'Aristote,

Le sophiste venteur ayant sa langue sote,

SBGOND UYRE

Enflée de fiel roux, a longtemps fait penser

Qu'il estoit habile homme en voulant s'auancer;

Mais c'est l'asne comain, et la grand' corpulence

Fait plus de peur que mal ; la venteuse bombance

De ceux-cy n'est en l'art mais en miracle vieux ,

En fables sans profit, et ils n'ont rien de mieux ;

Ostés-les leur du poing, leur rime isera firoide :

Yn arc se lasche plus d'autant qu'il estoit roide

Deuant que de bander : or, le grand Yendomois

Auoit fait pour les siens les plus gardables lois

De nostre Poésie , et sur nostre frontière

Auoit comme serui de l'ongle fonteniere;

Mais cent pourceaux bourbeux ont de leurs grouins fouillé

Geste source sacrée , et le saint lieu souillé ;

Singes imitateurs de ses obscurs oracles ,

Ont vomi , furieux , des vers dœmoniacles ,

Horribles , inouis , et tels qu'il les faudroit

Quand reueiller des morts les âmes on voudroit ,

Ou bien tuer les vifs. La modeste asseurance

D*vn poète hardi a ouuert leur licence ;

Mais son dernier labeur luy-mesme a surmonté,

Quand il a la nature et Dieu mesme chanté;

Qu'il a rendu le Ciel, les élémens, les signes,

Les astres , les dœmons en ses merueilleux hymnes

Si cognus à chascun , que les secrets plus grans

Il a bien fait entendre aux plus lourds ignorans;

Il a donc surpassé les vieux tons de sa lire,

Puis resserrant l'archet a commencé de rire ,

Yoyant ces chauds rimeurs, ces cuidereaux chercher

Ce Parnasse nouueau sans leur soif estancher.

Il est donc deuant eux , de la première cueille ,

D'ANDRE DE EIYAYDEAY. S3

Et donne son aisé bien fort mauuaise fùeille A iobscar de ceux-cy : Poôte bien-heureux , L'honneur de nostre temps ; si mes vers vitieux Ne peuuent mériter d'eux-mesmes à consuyure Les vieux siècles , ie pense éternellement viure En faueur de ton nom, car, s'ils portent au front Geste marque tant riche, aisément ils viuront. De façon que le temps et sa grise seigneuse De tant de noms occis , et Lethe iniurieuse Qui, par tant de longs ans, a son los ennobli Pour des rides siller d'vn sommeilleux oubli Tant d'hommes, seruiront de suiet à ma gloire , Me faisant triompher d'vne braue victoire.

A. DE RIVAVDEAV

A FRANÇOIS BAEDONIN, ITBIgCONSVLTE

ùv ai de Ciceron,B8rdonïn, l'eloqueDce, I Le.sçauoir de Scœuote et la sévérité ; Des deux Catoas Romains; tu as la pieté De quelque Père saiot, la taille et l'apparence

D'td capitaine grande la diuine puissance Ne t'ouurit à demy sa libéralité ^ Au corps et en l'esprit tu eus en quantité Les plus rares presens de sa beneScence.

Heureux perfeitement si ta condition Seulement respondoit à ta perrection , Et si l'on t'auançoit aux aOaires publiques

Et aux estroits conseils des Princes et des Roys, Sans charger les barreaux de canons et de loys. Pour traiter des priués les rioteuses piques.

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