‹ Les œuvres poetiques d'André de RivaudeauChapitre 9 sur 39 · SO AVANT-PARLER · texte numérisé non relu

SO AVANT-PARLER

en ce qu'escriuent Metasthene et Sleidan , mais bien plus encores des rois Chaldœns et Assyriens, en quoy ils s'accordent fort peu et discordent bien en quelque point de l'histoire sainte , ce qu'il n'est nul besoin de cotter icy. Somme, l'histoire d'Esther escheoit au temps d'Artaxerxe , cinquième empereur des Perses et l'an de la fondation de Rome 266, au commencement de la 73e olympiade, l'an de la création du monde enuiron 3480, et 454 auant la natiuité de lésus-Christ; tout cela se porte ainsi. Quant à la ville de Suse dont il est tant parlé en tout ce discours, c'est la mère ville des Perses , en laquelle Cyrus establit le siège de son empire. Munster dit qu'elle est aujourd'huy appelée Baldacha ; les autres prennent Baldacha pour Babylon. Yn Estienne, qui a escript des villes en langage grœc, dit que Suse est ainsi nommée pour l'abondance des lis, d'autant que les Perses appellent les lis de ce nom. Voilà ce que i'ay à dire pour l'histoire que i'ai tout tiré de bons, fidèles et anciens aucteurs. I'ay cuidé passer soubs silence la misérable ignorance de ceux qui donnent ce discours à Artaxerxe Mnemon, arriere-fils du nostre, dont i'ay bien parlé là haut, et encores le dis-ie à regret pour sentir en le comptant , la honte de celuy qui l'a pensé. C'est abuser des lettres et des Muses et de la patience des hommes quand on tre~ busche si laidement et si deshonnestement. Pour le reste, ie me suis rangé le plus reseruement et es* troitement que i'ay peu en escriuant ceste tragédie à l'art et au modelle des anciens Grœcs , et n'ay esté ny trop superstitieux , ni trop licentieux , ni en la rime

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ni ès autres parties de la poésie. Cela peux-ie bien asseurer, et quelques vns de mes familiers me sont fidèles tesmoins que deuant que me contenter de moy-mesmes en ce genre d'escrire , i'ai fait des tragédies en toutes les langues qu'on en list auiourd'huy. Quant à mon intention » ce n'a pas esté pour en rapporter louange (que ie ne cbercheroy pas en si petit que quand l'en serois désireux comme ie ne le suis nullement) ni autre quelconque mentionnable. Car i'auoy presque fait deuant qu'auoir pensé pourquoy ie faisoy. Enfin ie me suis résolu que l'ayant escripte en ma grande ieunesse en vn style si rare à nos François, et argument si sainct, ellepourroitestre leûe auec plaisir et contentement de ceux qui aiment les sainctes lettres, et ne sont ennemis des Muses que Marc Giceron appelle gratieuses. Et est encores cestecy la première besoigne à qui i'ay fait humer l'air et prendre le vent de beaucoup de choses que l'ai escriptes sur la langue grœcque et les sainctes lettres, que i'ay laissé denteler aux rats philosophes , craignant deux sortes d'hommes. La première est de ces superstitieux et renfroignes qui veulent bannir du monde la plus gentile et polie part de la Doctrine , voire de la vie humaine, et qui cuident tout le zèle chrestien consister en mines, morgues, rechignement et incivilité, vsure d'accoustrements mal-propres, enfoncement d'yeux, en faces plombées et saturniennes, et pour ce qui touche ce propos, en vn stile ni docte, ni gaillard, ni eueillé, mais qui sente son vieux trépassé et sa charoigne de trois sepmaines. L'autre est de ces malins refroignés et esuentés cen-

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seurs de qui les bisarres iugemens et les troignes ont despesché et renuoyé en moins d'vn quartd'heure ce qui a esté élaboré en beaucoup d'ans. Yne autre cause a fait tomber mes liures sur Tesponge, qui est la tourbe espaisse de tant de millions d'escrîpts et de tant de sortes , que ie croy la masse du monde en estre toute moulue et enniuree. Outre , ie n'esperoy pas les petites œuures d'vn nouueau né, et fraîchement eclos des Entre-mondes d'Ëpicure poussent tenir quelque ranc parmi le faste de ces pals fortunés , ou il ne faut que penser estre sauant pour Testre incontinent; comme i'ay escript quelque part ailleurs en yne epistre qui est au iour. Et pour dire vray, il m'eust fasché que tant de liures indignes et pemitieux , comme les Àmadis, Tristans et autres de mesme farine; c'est-à-dire ou inutiles, ou indoctes , ou deshonnestes, tant en vers qu'en prose , eussent eu plus de crédit et de vogue que telle chose que mes longues veilles et mon bien grand et bien long travail eussent taillé pour seruir à la chose publique. Au reste > ie me sentiroy suffisamment satisfait et recompensé de mon labeur, si vous et vos semblables l'approuvés et prisés, le iugement et la louange desquels ie recourez mieux que du demeurant de tous les hommes.

le prie Dieu, Monseigneur, qu'il augmente les grâces qu*il vous a largement reparties.

A la Groizardiere , le premier iour de may 1565.

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