ACTE PREMIER
HARDOCHËE, Iyif, «oant-puiant.
^sT-iL donques ainsi que tous ceux-là qui suyuent ; La trace du Seigneur, et selon ses loîx viuent ) Sont tousiours affligés? Et les injurieux Sont tousiours en repos , tousiours victorieux , Biches à nos dépens, rehaussés de nos pertes, Et des biens emportés de nos maisons désertes, Forts par nostre foîblesse , et par nos maux heureux, Et par notre vergongne hautement glorieux.
Et souuent reuestus des despouilles sanglantes Du sainct peuple de Dieu par leurs mains violentes ? Est^il donques ainsi , 6 peuple de Sion !
Auecque toy nasquit la persécution ^ Et sera pour iamais sur tous ceux qui , paisibles , Cheminent au Seigneur par les sentiers pénibles. Le monde encore neuf, et à peine bien né , Veit ruisseler le sang d'vn Abel adonné Au seruice de Dieu, et les âmes cousines Se partializer pour les choses diuines.
Et des ce premier temps le plus iuste au Seigneur Demeurer désconfit, et le mëschant vainqueur. Qui ne sçait vn Noé (que la bonté soigneuse De son Dieu sauua seul de Tonde furieuse) , Moqué de son fils Cham, qui, au lieu de couurir La honte de son père, osa le descouurir Par risée à laphet et à Sem , ses deux frères? De là cent nations furent toutes entières Maudites à iamais, et des peuples estaints, Peuples venus de Cham , et issus de ses reins. Si l'ennemi défaut, Dieu autrement esprouue Des siens la patience, et mille moyens trouue De reueiller leur foy, ne leur donnant loisir De s'adonner long-temps au repos et plaisir, Nourriciers de tous maux; l'ordonnance terrible Faite au père Abraham sembloit bien impossible. Et non gardable aux deux, et au QIs de souffrir, Et au père grison faire son Gis mourir, C'est là également la tentation dure.
Et à celui qui fait et à cil qui endure, Elle fust toutes fois , sans reculer, des deux
TRAGEDIE SAINGTK. »7
Portée également ; mais la faueur des cieux
Suruint et destourna le sanglant sacrifice,
Et la Grâce empeschea la diuine iustice.
« Us souffrirent pourtant , car l'exécution
a N'est tuer ni mourir, mais Taprehension. »
 ce prophète sainct vn prince de Gerare
Auoit deuant volé sa bien-aimee Sare.
Puis lacob, héritier de ses possessions,
Tout ensemble hérita des persécutions ,
Et ouit d'Esaû l'ennemie menace ,
Fasché d'auoir perdu la paternelle grâce ,
Alors qu'on luy auait finement empoigné
Le bonheur, Fauantage et droits du premier né :
le feroy, disoit-il , vn iour plorer mon père ,
Et teindroy mon couteau dans le sang de mon frère.
Il n'y eust pas failli , si , de peur du danger,
lacob n'eust prins la fuite en pays estranger.
Encor' fut cela peu , car sa force hochée
Fut bien d'autre façon , quand la cuisse asséchée
Et un nerf offencé , un champion des cieux
Pour marques luy laissa d'vn combat glorieux.
Depuis , ceux d'Israël le sainct lieu honorèrent.,
Et pour l'amour de luy plus de nerfs ne mangèrent.
Quoy ! loseph n'eut-il pas vn pareil traitement
Que ses père et ayeux eurent premièrement?
Quand de ses frères grans les volontés despites
Bruslerent contre luy, et aux Ismaélites
IjC liurerent esclaue, et ceux-cy tout soudain
Rencontrant Putiphar, le mirent en sa main.
Que vay-ie discourant les tristes infortunes
De ces particuliers? Les misères communes
Furent pires encor', et les tourmens cruels , Les aigres chastimens, et les ennuis nK>rtels Et les fléaux douloureux , et le piteux seruage. Et Testrange rigueur que deuant le passage Les enfans d'Israël souffrirent , mal-heureux Soubs vn iniuste Roy qui ordonna sur eux Maint fâcheux commissaire en vn grand édifice , Et des maistres de Tœuure , et de ceux Tiniustice , Les torts et les fouets, et les pesans fardeaux : Sentit le peuple alors, sentit les derniers maux Et les derniers malheurs, et cruautés dernières. Mille cuisans souspirs, mille larmes ameres Tesmoignerent Tennuy, le dueil, le creuecœur Qu'ils eurent en ce temps de vuider, ô l'horreur ! La gadoue d'Egypte, et les tayes puantes, Et porter sur le dos force briques pesantes : Tout cela n'auait pu rassassier pourtant L'ire de Pharaon, duquel le mandement Feit noyer tous les fils du peuple israelite Dans le Nile voisin , fors Moyse , lévite , Qui estoit près sentir de ce roy le courroux, Si l'infante d'Egypte à point ne Teust rescous. le ne di point qu*apres leurs peines renforcèrent Et des maux trop plus grans encores endurèrent lusques à leur passage , après lequel encor' Pour auoir adoré l'idole du veau d'or, Trois mille d'eux tuez furent par les leuites Deuenant peu à peu leurs troupes plus petites. Car de six cens milliers d'Aegypte rançonnes. Deux seuls sentirent l'heur des païs destines , losué et Caleb, qui par mainte victoire
TRAGEDIE 8AINGTE. M
Eurent en Israël yne immortelle gloire.
Peuple qui regretois d'Aegypte les pourreaux ,
Les cailles, la chaudière, et la chair et les aulx ,
Qui t'ennuiois du man, la chair te fut donnée
A ta perte et ruyne; vne mesme journée
Ensemble te donna les cailles et la mort ,
Et te feit ressentir ta reuolte et ton tort. * *
Tu courus vn désert durant quarante années »
loignant et esloignant les terres ordonnées
Du riche Ghanaam, et d'vn tour incertain
T'essayant de toucher les promesses en vain :
Là leurs cœurs endurcis ^ et leurs dures ceruelles
Nourrirent iustement maintes ourses cruelles ,
Et furent les déserts héritiers de leurs os ,
Indignes de remplir la terre du repos ,
Que Moyse et Aaron de tout loing saluèrent ;
Mais pour auoir grondé, en chemin demeurèrent.
Maintenant quel repos, quelle paix eurent ceux
Qui ioignirent en fin ce climat si heureux?
Trouuans mille ennemis à peine les vainquirent ,
Et rien moins les vainqueurs que les vaincus souffrirent
Ils trouuerent en flront plus de trente tyrans
Et veirent contre soy cent peuples fort vailians
Qu'ils deffeirent en fin ; la coûteuse victoire
Feit suyuir toutes fois vne imparfaicte gloire.
le me tay qu'Âmalec et les Ghananeens
Furent après seigneurs de leurs corps et leurs biens ?
Durant sept ans entiers , quand leur Dieu pitoyable
Poussa de Gedeon la vaillance indomptable.
Somme, ceux d'Isra,ôl n'estoyent en aucun temps
D'enhuy, de desplaisir^ ni de malheur exempts,