Les vacances d'Élisabeth
« Viens ici, Francis, que je te lire un peu les oreilles, afin de l'apprendre à n'arriver, une autre fois, qu'à l'heure réglementaire.»
Ainsi parlait, en grossissant sa voix, Pierre Reauquebou, propriétaire de l'auberge de la Croix- Blanche, la principale auberge d'Orgelet, bourg important du département du Jura.
Il s'adressait à Francis Jolivert, jeune gars de dix-sept ans à peine, qui, ce jour-là, remplaçait son père dans les importantes fonctions de conducteur de la diligence faisant le service de L. à Saint-Claude.
Simon Jolivert et le Père Reauquebou se connaissaient depuis tantôt trente ans; depuis tantôt trente ans aussi, ils étaient les meilleurs amis du monde. Tous deux d'ailleurs étaient bien faits pour s'entendre :
La gaieté de l'un ne le cédait qu'à la jovialité de l'autre, et, si la probité du conducleur était reconnue à vingt lieues à la ronde, l'honnêteté de l'aubergiste était devenue proverbiale.
Ce n'est pas tout. Les deux amis avaient encore entre eux un autre point de ressemblance : ils étaient exacts par tempérament, par devoir et par habitude.
Trois fois par semaine, à onze heures précises, en même temps que la diligence du bonhomme Jolivert s'arrêtait devant l'auberge du père Reauquebou, le père Reauquebou faisait servir un déjeuner des plus succulents aux voyageurs du bonhomme Jolivert.
Les choses se passaient ainsi depuis plus d'un quart de siècle, lorsque, le 4 Août 187., celle entente si admirable se trouva pour la première fois en défaut.
Francis Jolivert étant de trois quarts d'heure en avance, le déjeuner des voyageurs n'était pas prêt.
Forcément, ils devaient attendre.
En présence de ce fait inouï, incroyable, dans
les faste? de l'auberge de la Croix-Blanche, le p( re Reauquebou se troubla. De rouge qu'il était babituellement, il devint cramoisi; alors, cédant à son juste courroux, il résolut d'infliger, devant tous, un châtiment exemplaire au jeune conducteur en herbe, auteur d'un désordre sans nom.
Déjà, l'oreille droite de Francis, une oreille dont le prodigieux développement devait être le résultat des corrections paternelles, se trouvait à portée de la large main de l'aubergiste, lorsqu'un voyageur s'écria soudain :
« Arrêtez, Reauquebou ; car si Francis Jolivert est en avance aujourd'hui, c'est par mon ordre. »
Pour le coup, la face de l'aubergiste tourna au violet; le pauvre homme faillit tomber à la renverse.
Il regarda avec un ébahissement comique le personnage qui se permettait de déranger ainsi les traditions d'exactitude quelque peu routinière de la diligence et de l'auberge, et ne trouva pas d'abord un seul mot à répondre.
Mais, remarquant bientôt le grand air de ce jeune homme, dont la fière attitude imposait le respect, il s'inclina devant lui en disant :
« Monsieur est le voyageur du coupé , sans doute?
— Oui, mon ami; et j'ai deux services à vous demander.
— Je suis aux ordres de Monsieur.
— En premier lieu, je désire que vous épargniez les oreilles de Francis. Je vous l'ai déjàdil,
en se trouvant ici avant Tlieure prescrite, il n'a fait que m'obéir.
— L'enfant n'étant pas coupable, je serais injuste de le punir.
— Fort bien. En second lieu, je vous prie de me procurer immédiatement une voiture quelconque. J'accompagne ma mère qui est souffrante; l'un et l'autre, nous sommes fort pressés d'arriver, et nous voudrions continuer notre route sans la plus légère interruption.
— Une voiture! s'écria l'aubergiste, impossible! Monsieur, impossible ! Nos moindres chars à bancs ont été retenus dès hier pour la foire de Y.... qui a lieu demain.
— Ne pourrais-je pas à prix d'or.... » reprit le voyageur.
Le Père Reauquebou ne le laissa pas achever: « Rompre un de ces engagements! Non, non, ^j dit-il.
Et, avec une certaine dignité, il ajouta : ce Monsieur n'est certainement pas du pays; sans cela, il saurait que, dans nos montagnes, la parole d'un homme a plus de poids que l'or.
— C'était ainsi il y a vingt ans encore, je le sais, murmura l'étranger; mais aujourd'hui »
Alors, quittant l'aubergiste, il alla ouvrir la portière du coupé où se trouvait une dame de cinquante ans environ, aux traits fins, réguliers, à l'air souffrant, et qui portait dans toute sa personne un incontestable cachet d'élégance et de distinction.
« Ma mère, lui dit-il, vous me voyez bien dû
soie : impossible de vous procurer une voiture.
— En ce cas, répondit la voyageuse, nous attendrons dans le jardin de l'aubergiste le départ de la diligence. »
Et, se couvrant le visage d'un épais voile de gaze :
« Aidez-moi à descendre, mon cher Olivier, » ajouta-elle.
Au même instant, de vigoureux coups de fouet se firent entendre, et une calèche de voyage entra rapidement dans la cour de l'auberge.
Le père Reauquebou se précipita au devant des nouveaux arrivants, que les voyageurs de la diligence, occupés jusque-là à deviser entre eux, entourèrent aussitôt. Seul, le jeune homme, que nous désignerons désormais sous le nom d'Olivier, et sa mère se tinrent un peu à l'écart.
La calèche de voyage, conduite par un majestueux cocher à livrée de couleur sombre, ne contenait que deux personnes : une femme entre deux âges, d'une apparence modeste et convenable, et une ravissante petite fille de dix à douze ans.
a Bonjour, père Reauquebou, dit cette dernière, en se soulevant à demi, comme pour mieux voir ceux qui faisaient cercle autour d'elle. Je ne déjeunerai pas chez vous aujourd'hui.
— Nous avons pourtant de bien beaux poulets à la broche, s'empressa de répondre l'aubergiste qui, de longue date, connaissait le goût prononcé de l'enfant pour le poulet rôti.
— C'est bien tentant, ce que vous me dites là, reprit la fillette avec un sourire; mais n'importe.
D'abord, je ne suis pas gourmande, et puis, je ne veux pas perdre une minute, tant j'ai iiàte de voir grand-père et grand'mère. Regardez ce que je leur apporte. »
Et l'enfant prenant dans ses mains quatre beaux volumes dorés sur tranches et quatre couronnes de feuilles de laurier les montra au père Reauqucbou avec un naïf orgueil.
L'aubergiste fit un geste d'admiration profonde.
« Que c'est beau! s'écria-t-il. Que c'est beau! Monsieur le vicomte et madame la vicointcsse seront bien heureux.
— C'est ce que je pense aussi, dit la petite fil'?, et c'est pourquoi je suis si pressée d'arriver au Grand- Chàtel. «
Un murmure approbateur circula parmi les spectateurs de cette scène enfantine.
« 11 faut avouer, déclara un jeune homme vêtu avec autant de laisser aller que de mauvais goût, un commis voyageur en vins, que, pour une permière année de pension, ce sont de beaux succè". »
Tout en parlant ainsi, il s'approchait curieusement de la voiture, afin d'examiner les livres que la fillette avait posés sur ses genoux,
« Voyons voir! «dit à son tour un gros commer. çant en fromages, se servant de cette locution si familière aux gens de la montagne.
Puis, tous deux tendirent leurs mains vers l'enfant. — Mais elle, les regardant toute surprise : « Je parlais à mon vieil ami Reauquebou, et
non à vous, Messieurs, que je ne connais pas », répondit-elle avec quelque hauteur.
Le commis voyageur en vins et le gros commerçant en fromages se retirèrent un peu confus, tandis qu'Olivier s'approchait au contraire.
Bientôt, s'adressant à un vieux monsieur, à l'air fort respectable, et dont le nez proéminent était orné de lunettes à branches d'or :
« Pourriez vous me dire. Monsieur, lui demanda-t-il, le plus courtoisement du monde, quelle est cette charmante enfant ?
— Monsieur vient sans doute, ici pour la première fois, répondit aussitôt le vieillard, avec non moins de politesse, autrement il ne ferait pas une semblable question.
— En effet, je suis étranger.
— Et vous avez eu raison, jeune homme, de vous adresser à moi, car, étant le juge de paix du canton d'A...., je connais toutes les familles honorables de la province. »
Olivier s'inclina.
Après un court silence, le vieillard reprit :
« L'enfant est Mademoiselle Elisabeth Ycrnani, la petite fille du vicomte de Grand-Chàtel. »
Le jeune homme laissa échapper un geste de surprise.
Sans paraître le remarquer, le juge de paix continua :
« Elle est aussi jolie que sa mère était bonne, et, ce qui ne gâte rien, elle est appelée à être un jour l'une des plus riches héritières delà contrée.
« Quanta la personne qui l'accompagne, ajouta
le complaisant voyageur, c'est dame Gertrude, la nourrice de l'enfant, aujourd'hui femme de charge au Grand-Châtel.
— Je vous remercie, Monsieur, répondit Olivier; c'est tout ce que je désirais savoir.»
Puis, après avoir échangé encore quelques paroles avec son interlocuteur, il le quitta pour aller rejoindre sa mère.
ce Ah ! chère Mère , dit-il en l'abordant , voici une singulière rencontre : cette enfant est Elisabeth Yernani.
— Comment ! la sœur de Maurice?
— Elle-même.
— C'est singulier, en effet. »
Et la mère el le fils continuèrent à causer à voix basse.
De son côté,Élisabeth ne perdait pas son temps. Elle était un peu curieuse; mais quelle petite fille ne l'est pas?. . Aussi, accablait-elle de questions son vieil ami Reauquebou.
« Quel est celui-ci ? quel est celui-là? » lui demandait-elle, en désignant, l'un après l'autre, chacun des voyageurs qui, réunis en groupes dans la cour de l'auberge, causaient avec animation en attendant le déjeuner.
L'aubergiste répondait à tout : il savait « sur le bout du doigt » disait-il lui-même, l'histoire de chaque habitant du pays.
« Et cette dame voilée qui s'appuie sur le bras de ce jeune homme blond, quelle est-elle? » demanda tout à coup la fillette, remarquant enfin la voyageuse.
Pour cctle fois, la science du père Reauqucbou se trouva en défaut.
« Sur mon honneur, je Tif^nore absolument, répondit-il un peu confus.
— Quoi ! insista la petite curieuse, vous ne savez rien, absolument rien sur le compte de ces deux voyageurs?
— Oh ! si peu de chose !
— Dites toujours. »
Le Père Reauquebou obéit
« Ce sont les voyageurs du coupé, débita-t-il (ont d'une haleine; la mère et le fils, j'en suis certain; des étrangers, sans aucun doute, du moins leur accent l'indique; à coup sûr, ils doivent être riches, cela se voit à leur générosité, et nobles, cela se devine à leurs manières.
« Ils m'ont prié de leur procurer une voiture quelconque pour continuer leur route; malheureusement il ne se trouve pas aujourd'hui, dans toute la ville (l'aubergiste disait toujours la ville en parlant d'Orgelet), le plus misérable char à bancs.
— Alors, que vont-ils faire? demanda encore la fillette.
— Ils attendront le départ de la diligence.
— Où s'arrèlent-ils?
— Le coupé est retenu pour eux jusqu'à Saint- Claude; mais ceci ne prouve rien, »
Elisabeth demeura pensive.
Bientôt, frappantjoyeusement dans ses mains : « Oh! une idée! une excellente idée! s'écria-telle : je vais leur proposer la voilure de grandpère.
— Et Mademoiselle prendra leur place dans le coupé; c'est, en effet, une idée excellente, affirma gravement l'aubergiste. »
Elisabeth haussa légèrement les épaules : « Vous n'y êtes pas du tout, père Reauquobou, dit-elle. La calèche de grand-père est large; nous y avons tenu six quelquefois ; à plus forte raison, devons-nous pouvoir y tenir quatre.
« J'emmène les voyageurs étrangers avec moi. » Dame Gertrude crut bon d'intervenir :
« Ma chère mignonne, dit-elle, (c'est ainsi qu'elle appelait toujours l'enfant qu'elle avait nourrie) si ces étrangers ne se rendent pas comme nous au Grand-Chàtel, comment ferons-nous?
— Nous les conduirons d'abord où ils désirent aller, répondit la petite fille.
— Mais, s'ils vont loin?
— Nous irons loin aussi.
— En ce cas, se permit de faire remarquer la bonne nourrice, nous arriverons fort tard chez monsieur le vicomte, et je vous croyais pressée de lui offrir, ainsi qu'à madame la vicomtesse, vos prix et vos couronnes? »
Elisabeth n'avait pas songé à cela.
Elle resta un instant interdite, et dame Gertrude se félicitait déjà de voir « sa chère mignonne » renoncer à un projet qui lui paraissait, pour le moins, fort extravagant, lorsque l'enfant, relevant la tète, lui dit avec malice :
« Je te comprends, nourrice; tu ne te soucies nullement de courir les grandes routes par celte chaleur étouffante; mais, que veux-tu.... 11 faut
bien savoir se gôncr quelquefois pour faire plaisir aux autres. »
Alors, sautant lestement à terre, elle alla droit aux deux étrangers.
« Admirable! admirable! » s'écria le père Reauquebou en regardant de tous ses yeux la petite espiègle, qui lui paraissait, ainsi qu'à tant d'autres, une merveille de grâce, de gentillesse et de beauté.
Quant â dame Gertrude, elle se mit en devoir de suivre la fillette, en murmurant à part elle :
« Elle sait bien, la chère mignonne, que j'irais jusqu'au bout du monde, sur un signe de son petit doigt. »
Olivier et sa mère causaient encore, lorsqu'Élisabeth, s'approchant de cette dernière, lui dit avec une volubilité charmante :
« Madame, le père Reauqueboum'a appris que vous cherchiez une voiture. Voulez-vous me permettre de vous offrir la moitié de celle de mon grand-père; elle est très-bonne; nos chevaux sont de parfaits trotteurs; et puis, vous me ferez plaisir en acceptant. «
Et, le regard fixé sur l'étrangère dont, malgré le voile qui lui cachait le visage, elle était parvenue à surprendre le doux sourire, Elisabeth attendait une réponse.
Ne la recevant pas assez vite à son gré, elle reprit :
« Oh! Madame, ne me refusez pas. Je vous le répète, la voiture de grand-père est bonnequatre personnes peuvent s'y trouver à l'aise;
d'ailleurs, je me ferai toute petite, et, au besoin, je resterai sans bouger sur les genoux de ma nourrice. Dites, le voulez -vous? »
La voyageuse regarda son fils :
« Qu'en pensez- vous? lui demanda-t-elle.
— !Me permettez-vous, ma mère, de répondre pour vous?
— Faites, mon fils.
— Mademoiselle, dit alors le jeune homme, en s'adressant à la fillette, veuillez recevoir nos remercîments et nos regrets; comme les autres voya geurs, nous attendrons, ma mère et moi, le départ de la diligence.
— Pourquoi ne voulez-vous pas m'être agréable? s'écria vivement l'enfant.
— L'offre que vous nous faites de si grand cœur, Mademoiselle, Monsieur votre grand-père la ratifierail-il? demanda l'étranger, répondant par une autre question à la question de la fillette.
— Mon grand-père m'approuve toujours lorsque je fais quelque chose de bien, déclara Elisabeth avec une fière assurance.
« Demandez plutôt à ma bonne nourrice, » ajoutal-elle, en se tournant vers dame Gertrude.
Ainsi interpellée, dame Gertrude se lança dans une phrase un peu diffuse, et, au milieu de circonlocutions de toutes sortes, dit, en effet, que monsieur le vicomte lui-même parlerait exactement comme « sa chère mignonne » avait parlé.
La proposition de l'enfant agréait à la voyageuse, qui allait accepter, sans doute, quand Olivier lui souffla à l'oreille :
« No iny dear mother, it is belter, believe me, not tu accept of this obliging offer» ^
Si bas que ces paroles eussent été prononcées, Elisabeth les avait surprises cependant; et, bien qu'Olivier eût eu la précaution, par surcroît de prudence, d'employer une langue étrangère, cette langue étant familière à la petite fille, elle comprit aussi bien que s'il se fût exprimé en français Alors, elle frappa du pied avec impatience, une teinte rosée couvrit instantanément ses joues et son front, et, de bleus qu'ils étaient, ses yeux devinrent verts.
« Ah ! c'est vous qui ne voulez pas ! s'écria-t-elle, en regardant Olivier bien en face. C'est très-mal! » Puis, elle lui tourna le dos.
Mais bientôt, honteuse de ce mouvement d'humeur qu'elle n'avait pas su réprimer, elle revint à la voyageuse :
« Qu'allez-vous penser de moi? lui dit-elle, avec une confusion qui la rendait mille fois plus charmante encore. Pardonnez-moi.»
Pour toute réponse, la mère d'Olivier embrassa la fillette.
A son tour, l'enfant mit un baiser sur la main de la voyageuse.
Et, se tournant vers l'étranger :
« Quels sont donc les motifs de votre refus? lui demanda-t-elle. Ne pouvez-vous pas me les faire connaître?
L Non ma chère mère, il vaut mieux, croyez-moi, ne pas pr» filer de celle offre obligeanle.
— Impossible, Mademoiselle; vous ôtes trop jeune pour les apprécier.
— Trop jeune! reprit Elisabeth en faisant la moue, trop jeune! Voilà pourtant ce que les grandes personnes répondent invariablement à toutes les questions des enfants.
« Mon Dieu, ajouta-t-elle, que donnerais-je pour avoir deux ou trois rides au front et quelques boucles blanches! »
Olivier et sa mère ne purent réprimer un sourire.
ce Oui, s'écria la petite fille, dont les yeux brillèrent; car alors je pourrais, plus facilement qu'aujourd'hui, aller, venir, courir le monde, et, peut-être, faire de grandes choses! »
Puis, avec cette incroyable mobilité d'esprit qui formait un des traits distinctifs de son caractère, éclatant de rire, elle ajouta :
« Des cheveux blancs! mais j'y pense... on peut toujours se poudrer ou mettre une perruque de vieille.
«Quel malheur de n'y avoir pas songé plus tôt! Combien grand-père et grand'mère auraient été surpris en me retrouvant coiffée de la sorte.»
Et la folle enfant, quittant brusquement les voyageurs, prit sa course pour s'élancer d'un bond dans la calèche de son grand-père, où dame Gcr- Irude s'empressa de la suivre.
Sur un signe de sa jeune maîtresse, le cocher du vicomte de Grand-ChAtel, après avoir fait claquer son fouet de dix façons dllTércntcs, enleva vivement ses chevaux.
« Adieu ! » cria alors Elisabeth, tout en envoyant du bout de ses doigts mignons un baiser à la voyageuse.
Le père Reauquebou s'approcha d'Olivier :
« Elle est charmante ! n'est il pas vrai, Monsieur? dit-il; jolie comme un ange; de l'esprit comme un démon, et bonne, et compatissante, et charitable au pauvre monde! La joie, l'orgueil, la consolation de ses grands parents!
ce Mais, Monsieur a pu la juger, ajouta le brave homme, puisqu'il a causé un moment avec elle. Monsieur l'admire, sans doute, autant que moi?
— Plus que vous, mon emi, répondit Olivier; car j'ai découvert sur ce front de onze ans comme une gracieuse auréole. »
L'aubergiste le regarda tout surpris :
a Monsieur est poète, bien sûi , fit-il.
— Peut-èlrc, » répondit l'étranger avec un fin sourire.
Et, otTrant le bras à sa mère, il se rendit avec elle dans le jardin de l'auberge.