‹ Les vacances de la famille PlumetChapitre 1 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Où la famille Plumet se présente.

Ils étaient six petits Plumet, cinq garçons et une fille. Ces cinq petits garçons et cette petite fille se préparaient à partir pour un beau voyage au bord de la mer, comme ils avaient coutume de le faire chaque année. Le lendemain de la distribution des prix, toute la famille se rendait à la gare d’Orléans et, là, on prenait le train pour Biarritz où l’on passait des vacances délicieuses.

M. Plumet était très occupé pendant l’année, mais l’été il se réservait quelques semaines de repos qu’il consacrait entièrement à ses enfants,

laissant de côté tout autre souci. Aussi les petits Plumet aimaient-ils tendrement leur papa, et lorsque chaque soir il rentrait chez lui, revenant du centre de Paris, il était toujours accueilli par des cris de joie poussés par tous ses enfants postés sur les marches de l’escalier — la famille Plumet habitait une villa à Auteuil — et des baisers sonores retentissaient sur ses joues.

« Bonjour, papa chéri!

— Comment allez-vous, cher papa?

— Petit papa, venez vite.

— Papa, papa, encore un baiser.

— Petit papa, je vous aime bien.

— Papa, bonsoir! »

Et M. Plumet avait quelque peine à quitter son pardessus et à accrocher son chapeau à la patère destinée à cet usage.

Les cinq garçons aimaient infiniment leur sœur. C’était une petite reine, une mignonne créature qui avait besoin d’eux et trouvait tout naturel d’être ainsi protégée.

L’aîné, Pierre Plumet, avait quatorze ans; c’était le chef de la bande qui lui obéissait en tout et qui se composait de Jean et Jacques, jumeaux de douze ans, de Paul, âgé de dix ans, de Louis, qui en avait huit, et de Pose,

six ans

Il serait bon de commencer cette histoire, tandis que les jeunes Plumet s’occupent de leurs bagages et vont boucler leurs malles, en traçant leurs portraits physiques. Quant au moral, leurs qualités et leurs défauts seront peu à peu dévoilés à nos lecteurs.

Pierre est grand, mince, brun, avec des yeux qui vous regardent bien en face — comme le font, du reste, tous les enfants Plumet; il en résulte que si les douze yeux des six enfants se fixent sur vous au même moment, vous pouvez passer un mauvais quart d’heure, dans le cas où vous n’auriez pas la consc>3nce très nette. Donc Pierre est brun; il est très bon, très franc et très généreux. Excellent élève, très travailleur, il est toujours le premier ou le second de sa classe et, cependant, il trouve le moyen de s’occuper de ses frères, de jouer avec eux, surtout avec sa petite sœur qu’il gâte atrocement. *

Les jumeaux, Jean et Jacques, sont des batailleurs prêts à « taper » et à « passer à tabac » ceux qui ne leur plaisent pas. Ils n’hésiteraient pas à tenir tête à un charretier qui battrait son cheval avec cruauté, ou à empoigner des gamins qui martyriseraient un chien. Ils veulent être marins, aspirent au Borda , et leur

rêve eût été d’être corsaires s’il y en avait encore sur mer. Ils ne craignent qu’une chose, c’est de faire de la peine à leur mère qu’ils adorent. ‘

Paul, ayant été assez souvent malade, est moins vigoureux que ses frères; aussi ses préférences vont-elles à la lecture et à la conversation. Il n’aime rien autant que de visiter les musées de Paris avec son père. Un de ses frères a découvert dans son pupitre des vers écrits de sa main; aussi pense-t-on dans sa famille qu’il sera un poète illustre, peut-être un Racine ou un Victor Hugo.

Louis, un bon gros joufflu, aux yeux bleus et aux cheveux blonds bouclés, est encore un bébé qui aime particulièrement le chocolat et les crèmes. Il a déclaré que sa vocation serait d’être pâtissier, afin de pouvoir manger beaucoup de gâteaux.

Rose partage ses goûts et, si on n’y prenait garde, elle serait toujours en train de sucer un sucre d’orge ou un berlingot.

Vous pensez bien que dans une famille aussi nombreuse, les amis ne sont pas nécessaires, aussi les petits Plumet n’en avaient-ils pas. Bien entendu, au lycée, les garçons avaient des camarades, avec lesquels ils faisaient de bonnes

parties, échangeaient des livres, et discutaient même politique comme tous les garçons intelligents; mais leurs relations se bornaient là; rien ne plaisait davantage à ces enfants que

Les cinq garçons se bâtaient de faire les malles.

d’être ensemble et de s’amuser entre eux.

Donc, le jour où commence cette histoire, les cinq garçons se dépêchent de faire leur malle. Songez donc, on doit partir le lendemain matin ; on doit prendre le train à huit heures quarante ! La chambre est encombrée de vêtements,

de joujoux épars sur tous les meubles. Les malles sont à moitié pleines ; il y a sur le parquet des cartons dont on trouverait difficilement les couvercles, des boîtes remplies d’objets les plus divers.

« Tu sais, Pierre, dit gravement Rose qui est assise sur un petit tabouret, tu sais, Pierre, je suis décidée; j’emporte toutes mes poupées!

— Non, Rose, tu n’as pas besoin de toutes tes poupées; une seule te suffira; laisse les autres se reposer pendant ton absence.

— Oh! je ne veux pas les laisser ici, elles s’ennuieraient trop.

— Pierre, dit Louis, je mets là, au fond de la malle, le filet que papa m’a donné hier.

— Pierre, je pose ma flûte sur tes livres.

— Moi, mes cannes à pêche d’abord....

— Et puis que je n’oublie pas mes sandales!

— Oh! là! là! la boîte de couleurs qui est renversée !

— Mon Dieu!... mes enfants! s’écrie Mme Plumet en ouvrant la porte et en voyant la chambre transformée en un véritable magasin de « bricà-brac ». Mes chéris, qu’allez-vous emporter? Vous savez bien qu’à la mer vous n’avez pas besoin de toutes ces choses-là puisque vous passez vos journées sur la plage. Vite, vite,

enlevez-moi tout ça; je prends vos vêtements.

— Mais, maman, vous nous aviez promis une malle rien que pour nos jouets, alors....

— Ah! oui, c’est vrai. Tenez, prenez cette mallette et arrangez-vous pour que tout ce que vous voulez emporter y tienne.... Toi, Rose chérie, que fais-tu là? continua Mme Plumet en voyant sa fille qui pliait avec des soins infinis de petits bouts d’étoffe.

— Je fais la malle de ma poupée, répondit gravement Rose, mais je crois que je ne pourrai pas tout caser dedans; les chapeaux surtout tiennent tant de place!...

— Oh! alors, tu les mettras avec ceux de maman », dit une voix qui sortait de derrière un fauteuil.

Mme Plumet se pencha pour se rendre compte de ce que pouvait faire celui dont on ne voyait que les deux pieds dépassant de peu le siège d’un fauteuil, et découvrit Louis en train de confectionner des hameçons au moyen d’épingles qu’il courbait, non sans peine.

Ayant un peu rétabli l’ordre en emportant une quantité de vêtements, de linge et de chaussures, Mme Plumet quitta la chambre afin de terminer la confection de ce qui constituait les véritables bagages de la famille.

« Voyons, mes enfants, dépêchons-nous, continua Pierre. Rose, donne-moi la malle de ta poupée, voici un coin juste pour elle.

— Non! Non! Non! Je n’ai pas encore fini... attends.... »

Et Rose plia délicatement une robe en soie bleue, puis une robe de velours, puis une troisième qu’elle posa avec d’infinies précautions au fond de la malle.

« Je vais rassembler maintenant les chemises, les pantalons, les jupons, les mouchoirs, » et ce disant Rose prenait dans une petite armoire les objets qu’elle énumérait et les rangeait en piles.

— Mes enfants, s’écria tout à coup Pierre qui, à califourchon sur une chaise, essayait de renouer les mailles d’un filet, quel malheur aiîreux! J’allais oublier la boîte de berlingots !

— Dis donc, Pierre, crois-tu que Mme Titichien aura toujours son gros Jupiter? »

Mme Titichien était le nom de la gardienne de la villa — la villa Joyeuse — que M. et Mme Plumet possédaient à Biarritz, et Jupiter, le chien de Mme Titichien.

Ce Jupirer était une bête d’une intelligence extraordinaire. Il se trouvait toujours à la gare lorsque la famille Plumet débarquait; il

surveillait le chargement des malles et prenait place à côté du cocher dès que la voiture se mettait en marche....

Il y eut un moment de silence, puis on entendit la porte d’entrée s’ouvrir et se fermer.

« C’est papa! C’est papa! » s’écrièrent les enfants. Ils coururent dans le vestibule et rentrèrent bientôt, escortant un grand monsieur à la moustache blonde et aux yeux bleus, qui était chargé de nombreux paquets.

« Mes enfants, il ne faut pas perdre de temps. Je porterai les bagages ce soir à la gare. Pierre viendra avec moi. Votre maman a fini ses malles, vite, terminez les vôtres ! »

M. Plumet eut quelque peine à se dégager de ses enfants et à se débarrasser des paquets qu’il portait; il y parvint pourtant et, après avoir dîné, il put se rendre à la gare avec Pierre, tandis que Mme Plumet couchait Rose et ses frères, et que les domestiques rangeaient la

maison.

Page 1