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CHAPITRE I

Le camp des jeunes boêrs ■.

Près du confluent de la rivière Jaune et de la rivière d'Orange, ces deux grands cours d'eau de l'Afrique méridionale, voyez-vous uq groupe de jeunes chasseurs î

Ils sont campés sur la rive gauche du fleuve, dans un bouquet de saules de Babylone , dont le feuillage argenté, s'inclinant avec grâce des deux côtés de la rivière , présente une frange qui s'étend à perte de vue.

1. On appelle boêrs les anciens colons d'origine hollandaise qui sont établis dans la province du Cap.

C'est un arbre d'une beauté rare que le salix Babylonica; les palmiers , ces princes des forêts , ont à peine une forme plus gracieuse. Lorsque nous le regardons en Europe, une teinte de mélancolie vient assombrir nos pensées ; nous sommes habitués dès l'enfance à le considérer comme un emblème de tristesse ; nous l'avons nommé saule pleureur et nous avons drapé les tombes de son pâle feuillage comme d'un linceul brodé d'argent.

Mais le sentiment qu'il nous inspire au milieu des karrous* de l'Afrique méridionale, est d'une nature' bien différente ; là-bas, les sources et les rivières sont peu nombreuses , très- éloignées les unes des autres, et Je saule pleureur, qui est un signe certain de la présence de l'eau , fait naître la joie au lieu d'éveiller la tristesse.

La plus franche gaieté règne en effet dans ce bivouac abrité par les saules qui couvrent les bords de la rivière d'Orange, ainsi que le prouvent les éclats de rire continus qui retentissent dans l'air et que se renvoient les échos des deux rives.

« De qui donc proviennent ces éclats de rire si joyeux et si bruyants?

— De nos jeunes chasseurs?

— Et de quels chasseurs? »

1. Plaines stériles, situées entre les chatnes de montagnes qui traversent de l'est à l'ouest la pointe méridionale de l'Afrique.

DES JEUNES BOÈRS. 3

Approchons de Tendroit où ils sont campés , nous les verrons ; il fait nuit » mais à la clarté du feu qu'ils entourent il nous sera facile de distinguer leur visage et de décrire leur personne.

Ils sont six, la demi-douzaine est complète, et pas un des membres de cette bande joyeuse ne parait avoir accompli sa vingtième année. Leur âge est entre dix et vingt ans; néanmoins, il en est parmi eux deux ou trois, peut-être davantage, qui ont la prétention d'être des hommes faits.

Au premier coup d'œil, vous reconnaissez dans le nombre, trois de vos anciens amis : Hans, Hendrick et Jan nos ci-devanl bush-boys^.

Plusieurs années se sont écoulées depuis la dernière fois que nous les avons vus; ils ont beaucoup grandi , bien qu'ils ne soient pas arrivés au terme de leur croissance; le dernier, que nous appellions autrefois le petit Jan , reçoit encore aujourd'hui cette qualification qui n'a pas cessé de lui être applicable; il faut qu'il se tienne bien droit pour qu'en le mesurant, on lui trouve un mètre vingt ; je crois même qu'il ne peut y arriver qu'en se mettant sur la fine pointe de ses orteils.

Hans est plus grand qu'à l'époque où nous l'avons quitté ; peut-être a-t-il maigri ; dans tous les cas, il est plus pâle; car il a été pendant deux ans

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