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CHAPITRE XIV

Les blauwboks.

Si le renard du midi de l'Afrique est un pauvre animal sans jarret et sans haleine, qui procure peu de plaisir au chasseur, nos amis, le jour même de la mort du fennec, devaient trouver l'occasion de faire une de ces chasses entraînantes qu'ils rêvaient depuis longtemps.

Il y avait de l'autre côté du bouquet de bois où campaient nos jeunes gens une vaste prairie, séparée du désert par une ceinture de grands arbres, et dont la verdure paraissait d'autant plus fraîche qu'elle contrastait avec les teintes fauves de la plaine aride qui la bordait à l'ouest.

Bien que cette prairie fût imoiense, elle n'était pas sans limites; un bois d'acacias de la girafe se

Mendrik échappe sa bisw-bok.

déployait à rhorizon» et plusieurs massifs de ces arbres aux feuilles pennées, et d'un vert pâle, çà et là dispersés dans la plaine, donnaient au paysage un aspect intéressant. On croyait voir un parc dont les prés d'herbe fine avaient été parsemés de bosquets et de taillis disposés avec art.

D'aussi magnifiques pâturages ne pouvaient pas être sans possesseurs; on n'apercevait ni château, ni maison, rien qui annonçât la présence de l'homme, et cependant cette terre féconde avait de nombreux habitants; des oiseaux de mainte espèce, de légers quadrupèdes aux formes gracieuses, aux pieds agiles, avaient fait leur séjour de cette admirable prairie.

Le secrétaire, mangeur de serpents, y cherchait dans l'herbe sa proie venimeuse et rampante. Sans faire usage de ses ailes, le noble oiseau n'a rien à craindre des carnivores; ses longues jambes suffisent pour le sauver des hyènes, des léopards et des chacals; presque aussi rapide que l'autruche, il est tellement vite à la course que les Arabes l'ont surnommé le cheval du diable.

Non loin du secrétaire se voyait un oiseau également de belle taille, mais de forme et d'habitudes bien différentes; c'était la grande outarde, que les boérs ont nommée paon sauvage, et que les savants désignent sous le nom à*otis kori.

Pâturant dans les prés, ou vaguant de bocage en

bocage, des troupes de pintades, à la robe perlée, faisaient entendre leur babil incessant, qui grince à Toreille comme le bruit d'une lime dont on aiguise une scie.

Des perroquets aux vives couleurs, des pigeons verts, des colombes gémissantes volaient d'un arbre à l'autre; et de nombreux niellisuges, qui représentent en Afrique la famille des colibris, voltigeaient autour des arbrisseaux chargés de fleurs.

Quelques arbres portaient, suspendus à leurs branches, des nids de l'oiseau tisserand, qu'on appelle ploceusy tandis que le moineau républicain {loxia socia) avait établi sur l'acacia de la girafe l'énorme toit de chaume à l'abri duquel il niche en société.

Mais les oiseaux, nous l'avons dit, n'étaient pas les seuls habitants de ce beau domaine; de charmants quadrupèdes en fréquentaient les prairies verdoyantes, et se reposaient à l'ombre de ses massifs d'acacias.

Il suffisait d'une promenade de quelques heures pour rencontrer des troupeaux de springboks * rassemblés dans la plaine, et qui, à la moindre alarme, faisaient des bonds d'une hauteur prodigieuse; le hartebe est orangé, le sessébé pourpré, le gnou bizarre, à la crinière épaisse et grisonnante, parcou-

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