Gazelle eucborç
raient ces vastes pelouses en décrivant de larges cercles ; on y voyait des bandes de couaggas et des troupes de zèbres qui sont plus beaux encore; le léopard s'y cachait dans Therbe ou rampait à la lisière des taillis, et l'on pouvait y découvrir la robe fauve du lion, cet effroyable tyran, qui prélève une dtme sanglante sur les bordes inoffensives*
Quel contraste avec le désert monotone qui, de l'autre côté des mokhalas, s'étendait jusqu'aux dernières limites de l'horizon !
Nos chasseurs, trompés dans leur attente au sujet des autruches, et peu satisfaits de leur chasse au renard qui avait à peine duré quelques minutes, résolurent de se dédommager en allant poursuivre quelques-uns des animaux qui parcouraient la prairie ; ils étaient bien sûrs d'y trouver au moins des springboks. La veille au soir, ils avaient mené paître leurs bœufs à la lisière du bouquet d'arbres où était leur bivouac, et en voyant cette plaine féconde ils avaient pensé avec raison qu'elle devait être giboyeuse.
Aussitôt donc que nos amis eurent fini de déjeuner; ils remontèrent à cheval, et suivis des chiens, ils se dirigèrent du côté de la prairie, laissant le bushman et le zoulou pour surveiller les bœufs.
Ils n'eurent pas beaucoup d'espace à franchir avant d'apercevoir le gibier. A peine avaient-ils fait cent pas, que celui d'entre eux qui marchait le premier,
arrêta son cheval tout à coup en faisant signe aux autres de s'arrêter également ; chacun lui obéit ; et du haut de leurs montures nos chasseurs, regardant à travers la feuillée, car ils n'étaient pas sortis du petit bois, eurent sous les yeux un tableau qui aurait fait battre le cœur du vieux Nemrod luimême.
Précisément en face de nos boërs se trouvaient dans la prairie quelques antilopes d'une espèce admirable; ce n'étaient pas des kaamas, des springboks, ni des gnous ; aucun de nos chasseurs n'avait jamais vu ces magnifiques animaux, et c'était seulement par leur ensemble et par la nature de leurs cornes qu'ils avaient pu reconnaître à quelle famille appartenaient ces herbivores.
Ces belles antilopes n'avaient pas moins d'un mètre vingt centimètres de hauteur ; leurs cornes, ayant la forme d'un sabre, s'incurvaient légèrement en arrière et présentaient une série d'anneaux jusqu'à environ quinze centimètres de leur extrémité Quant à la couleur générale de ces charmants quadrupèdes, elle était gris de cendre, avec un reflet bleu pareil à celui qui miroite sur les ailes du corbeau, reflet qui provenait de l'épiderme dont la teinte noire et luisante brillait à travers le poil de l'animal.
Bien que ce fût la première fois qu'ils eussent l'occasion d'apercevoir cette antilope, Hans, Hen-
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drik et Willem n'ignoraient pas son nom. Elle parcourait jadis le territoire de Graaf-Reinet et descendait alors jusqu'aux environs du Cap, où cependant elle n'a jamais été commune. A celle époque nos jeunes gens n'étaient pas encore au monde ; mais ils se rappelaient aujourd'hui avoir entendu leurs pères causer mainte fois de cette espèce d'antilope, de sa robe à reflets* bleus, de ses grandes cornes incurvées en arrière, de la beauté de ses lignes, de son courage et de sa fierté. La description des vieux chasseurs était exacte, et les animaux qui frappaient les regards de nos amis, ne pouvaient être que des bîauwboks, ainsi que les boërs appellent Yégocère bleu.
Hans confirma l'opinion du gros Willem et d'Hendrik et ajouta que les savants modernes ont donné au blauwbok le nom à'egocerus leucophea.
Cinq espèces d'antilopes constituent le groupe que l'on a désigné sous le nom à! egocerus; toutes les cinq, formées d'animaux pleins de grâce et de noblesse, habitent le midi de l'Afrique, principalement la région qui est traversée par la rivière d'Orange.
Il y a d'abord le waterbok (egocerus eUipsiprymnm) qui a près d'un mètre vingt centimètres de hauteur et dont la robe est d'un gris bleuâtre ; il fréquente le bord des rivières, prend l'eau volontairement, d'où lui vient son nom de waterbok
(antilope aqtmtique). Plein de force et d'une hardiesse qui s'exalte jusqu'à la fureur, il est dangereux de l'approcher quand il est blessé ou réduit aux abois.
Vient ensuite le tahetsé (egocerus barbatus) qui est à peu près de la taille du waterbok, dont il se distingue par sa crinière et sa longue barbe ; il partage l'audace et la nature violente du précédent, et tous les deux sont rapides à la course. Le tahetsé néanmoins s'éloigne de l'eau beaucoup plus que le waterbok et fréquente les régions accidentées, où comme les chèvres, il broute les feuilles de l'acacia.
La troisième espèce du genre est l'égocère chevalin (egocerus equinus)^ animal plein de vigueur, d'un caractère violent, dont les cornes s'incurvent en arrière comme celles du blauwbok, mais dont la courbe est plus prononcée et plus brusque. 11 habite les pays de montagnes et ne se rencontre pas dans la plaine.
Mais la plus belle espèce du genre est assurément l'antilope noir (egocerus niger). Découverte dans le midi deJ'Âfrique par un habile chasseur anglais, il y a peu d'années qu'elle est connue du monde savant. C'est (Pune de^ plus grandes espèces de toute la famille des antilopes ; sa taille est d'un mètre trei\te-»cinq centimètres, et ses cornes, recourbées comme un cimeterre, ont plus de quatre-^ingt-dix centimètres de longueur. Elle est d'un noir lustré
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sur toute la partie supérieure du corps, blanche sur rabdomen et la poitrine, et marquée de blanc sur le cou et sur la tête.
Il est assez rare de rencontrer Tune ou l'autre de ces espèces d*antilopes, même dans leur pays natal; à proprement, dire elles ne vivent pas en sociélé ; du moins elles ne se rassemblent jamais par troupes nombreuses comme les springboks, les gnous, les bonteboks ou les hartebeesls; quelquefois cependant elles forment de petites hordes composées d'une douzaine de familles ; mais elles se montrent plus souvent par couples séparés ou même par individus solitaires.
De tous les égocérus, le blauwbok est aujourd'hui l'un des plus rares ; c'est au point que certains naturalistes ont pensé que la race en avait disparu ; mais il est probable que non; l'Afrique est si grande et renferme encore tant de régions inexplorées!
Tous ces détails furent transmis à nos chasseurs par le jeune naturaliste; mais ce ne fut pas au moment où les blauwboks apparurent aux boërs que notre savant discourut à loisir sur les egocerus; je suppose qu'il n'y songea même pas, et il est certain que personne ne l'aurait écouté.