Qui mange des œufs
J. Qui pond des œufs.
chance de salut que de se blottir au fond d'un terrier, si par hasard il s'en trouve dans le voisinage, de se glisser dans un épais buisson, ou bieû encore dans une fente de rocher, que ne puisse pas envahir son ennemi , car un coup de pied du vigoureux bipède suffirait pour mettre fin à ses rapines.
C'est pour cela que le bushman avait emporté le fennec et l'avait placé en évidence ; il était impossible que les autruches ne le vissent pas ; elles ne manqueraient point alors d'accourir avec d'autant plus d'empressement, qu'exaspérées par la dévastation de leur nid, elles prendraient le petit fennec pour l'auteur du désastre.
« Voilà les autruches ! s'écria Jan après un long silence.
— Où les vois-tu donc? lui demanda Klaas, dont la vue était moins bonne.
— De l'autre côté du nid, bien loin, bien loin, répondit Jan.
— C'est vrai, poursuivit Klaas , elles reviennent par la môme route qu'elles ont prise ce matin. J'en vois trois, un mâle et deux femelles ; ce sont bien stir les mêmes qu'hier.
— Elles approchent, s'écria Jan, elles arrivent à leur nid.... Mais que font-elles donc? les vois-tu courir en cercle comme des folles , elles agitent la tète comme un cheval qui encense, et frappent le sable à coups de sabot.
— Je croîs, Dieu me pardonne, qu'elles brisent leurs œufs^ répondit Klaas.
— Cela ne fait pas le moindre doute, répliqua le naturaliste, les autruches ne manquent jamais de casser leurs œufs toutes les fois, qu*à leur retour, elles s'aperçoivent qu'un homme, ou un animal V a touché. »
Hendrik et le gros Willem coniSrmèrent cette assertion.
« Elles ont quitté leur nid et viennent en droite ligne vers l'endroit où est caché Facetanné, s'écria Jan; mon Dieu! comme elles courent! les voilà sur le fennec. Oh! elles l'ont renversé d'un coup de pied; sont-elles furieuses! le frappent-elles du bec et du sabot! Hourra! hourra! que c'est amusant de les voir !
— Mais ce vieux Facetanné que fait-il donc? les autruches sont à portée de ses flèches I
— Patience, répondit Klaas, le voilà qui se remue; il bande son arc...
— Il fait partir une flèche ; les autruches se sont enfuies, et cette fois, elles ne reviendront jamais.»
Le petit Jan était dans l'erreur; les autruches, il est vrai, en entendant vibrer la corde de Tare ' avaient immédiatement détalé ; mais à peine avaientelles franchi 400 mètres, que le mâle laissa tomber ses ailes et se mil à courir en décrivant des cercles,
que les femelles répétaient derrière lui; ses mouvements devinrent bizarres; il fut dès lors certain quil était sous Tinfluence du poison de Facetanné ; la pauvre bête chancela comme un homme ivre , s'agenouilla deux ou trois fois, se releva, fit quelques pas en courant, battit des ailes, agita son long cou de droite à gauche, tomba en avant et s'étendit sur le sable.
Elle continua pendant quelques minutes à lancer des ruades puissantes qui soulevaient la poussière, comme l'aurait fait un buffle; puis ses muscles perdirent leur vigueur, ses convulsions s'éteignirent, et son cadavre resta sans mouvement à la place où il était tombé.
Les deux femelles ne s'étaient point éloignées du mâle, et ne témoignaient pas moins d'effroi que de surprise ; cependant elles ne songèrent h s'enfuir qu'en voyant le bushman, qui, sorti de sa cachette, se dirigeait de leur côté; mais dès qu'elles TeuVent aperçu elles se sauvèrent à toute vitesse et ne tardèrent pas à disparaître.
Klaas et Jan dirent alors que le bushman était penché au-dessus du mâle, et que probablement il s'occupait de le dépecer.
En effet , au bout d'une heure environ Facetanné revint au bivouac, rapportant sur ses épaulés la dépouille de l'autruche, et passa devant le Zoulou
..^ï^.,, ,3-*>^<^'ïes 7^
DES JEUNES BOÉRS. 161
avec un air de triomphe qui voulait dire, sans qu'on pût s'y méprendre : *
« Eh bien! Congo, pourrais-^-tu en faire autant î *•