CHAPITRE LII
Conclusion.
Il eût été bien plus heureux pour nos amis de ne pas rencontrer Tindicateur, bien plus heureux de ne l'avoir pas suivi, ou d'avoir abandonné au ratel le contenu de toute la ruche.
A peine une heure s'était-elle écoulée depuis l'instant où ils avaient terminé leur repas, qu'ils éprouvèrent la plus vive inquiétude. Un feu dévo* rant leur brûlait la gorge et la poitrine, et d'affreuses' nausées leur soulevaient l'estomac. Les abeilles dont ils avaient pillé la ruche avaient recueilli leur butin sur les euphorbes et les amarylhs, et leur miel était empoisonné.
Il me serait impossible de vous décrire la consternation qui régna parmi nos chasseurs. Depuis longtemps au régime exclusif de la viande, ils avaient eu beaucoup de plaisir à manger du miel, et en avaient absorbé une assez grande quantité. Raison de plus pour en être malade, et chacun d'eux l'était assez pour ne pas pouvoir soigner les autres.
raie
DES JEUNES BOÈRS. , 385
Le naturaliste qui , néanmoins , avait conservé toute sa présence d'esprit, chercha dans le coffre du wagon les quelques drogues qu'il avait emportées, et fit prendre immédiatement à nos pauvres malades de fortes doses d'émétique dont il obtint les meilleurs résultats.
Nos amis étaient sauvés ; mais ils continuèrent
pendant plusieurs jours à souffrir , à se traîner lan-
^^ guissamment aux environs de leur bivouac , ou à
^^ rester en silence autour du feu , réduits à un état
de maigreur excessive , et ne paraissant plus être
que leurs propres fantômes.
Cette crise avait tellement ébranlé leur santé qu'ils jugèrent impossible de continuer leur voyage ; ils attendirent seulement qu'ils fussent assez forts pour revenir à Graaf-Reinet, et ils se préparèrent à rentrer dans la maison paternelle.
Le désir d'Arend allait être exaucé ; il reverrait bientôt Gerlrude et prêterait l'oreille à sa voix harmonieuse; Hendrik lui-même, quelle que fût sa passion pour la chasse , n'était pas moins content de rentrer dans sa famille et de déposer les trophées de ses victoires aux pieds de Wilhelmine qui en rougirait de plaisir. Klaas et Jan rêvaient de galette et de confitures, et le naturaliste avait hâte de placer dans son herbier les nombreuses plantes qu'il rapportait de cette excursion.
Seul entre tous , l'infatigable Willem aurait voulu
franchir les montagnes qui le séparaient de Thabitation des éléphants, de la girafe et des buffles, et il aurait certainement continué son voyage, si ses camarades avaient pu l'accompagner ; mais là chose était impossible, et notre hercule fut obligé de revenir avec ses compagnons. Ce n'est pas sans un vif chagrin qu'il accepta cette dure nécessité ; depuis bien longtemps il nourrissait l'espoir d'essayer son adresse sur les énormes quadrupèdes qui séjournent de l'autre côté de la frontière ; et si quelque chose put diminuer ses regrets , c'était la certitude qu'avant peu , il ferait partie d'une autre expédition qui devait aller chasser l'éléphant sur les rives du Limpopo.
Chaque jour, nos chasseurs recouvraient de nouvelles forces , et quand ils arrivèrent à Graaf-Reinet , tous les effets du poison avaient complètement disparu.
Je n'ai pas besoin de vous dire avec quelle effusion de tendresse ils furent accueillis dans la maison paternelle , combien Gertrude et Wilhelmine furent charmantes, et quel dîner splendide fut donné à tous les riches boërs du pays pour célébrer le retour de nos heureux chasseurs.