‹ Les vacances du docteur drame en quatre actes en versChapitre 16 sur 61 · ACTE PREMIER. il · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. il

Le duc m’offrait sa main, un nom et la richesse,

11 fallait devenir ouvrière ou duchesse:

L’orgueil me conseillant, je n’osai refuser;

Mais c’est le célibat qu’on m’a fait épouser!

Et mainteuaot, plains-toi! car tu me fais sourire!

JEANNE

Avoir rêvé l’amour, ce n’est rien ; le martyre.

C’est l’amer souvenir d’un bonheur regretté :

On ne regrette pas ce qu’on n’a pas goûté !

ARMANDE

Si Raoul te trahit, celle qui souffre et pleure

— Quand elle ose pleurer, — qui regrette à toute heure

— Et qui ne peut montrer au monde son regret, —

C’est la femme qui l’aime et qui l’aime en secret !

Toi, tu peux étaler ta douleur légitime.

Le monde te plaindra! — Sa douleur est un crime.

Vos deux cœurs sont peut-être également épris,

Et le monde n’aura que sévères mépris

Pour cet amour profond que chaque instant efface;

Car elle aura beau faire, à chaque heure qui passe.

L’instant fatal approche où le mari lassé.

Reniera le présent au profit du passé!

On quitte la maîtresse, on revient à l’épouse,

Et triste comme Agar, la maîtresse jalouse.

Promise à l’abandon, maudite par la loi'.

N’a d’autres voluptés que sa haine pour toi!

JEANNE

C’est elle que tu plains! — Toi! — Ta pitié proclame Le droit de la maîtresse au foyer de la femme !

ARHANDE^ tp rcmellant de t>on trouble petit À petit.

Je ne proclame rien, car je n’ai rien osé Qui pût froisser ton cœur ayant tout supposé!

— D’ailleurs, ta jalousie est une fausse alerte :

Tu possèdes le bien dont tu pleures la perle;

Le docteur t’a dit vrai, Raoul est occupé

De ses inventions, et ton cerveau frappé S’efforce à lui créer des torts imaginaires;

11 a tout bonnement les soucis ordinaires A tous les inventeurs : tout inventeur en a;

C’est une chose simple, et je ne vois pais là.

En y réfléchissant, de quoi se mettre en peine Et répandre des pleurs comme une Madeleine!

JEANNE

Que te dire ? Le cœur se trompe rarement !

ARMANDE

Et voilà le motif de ton ressentiment?

Tu n'as, contre Raoul, aucune preuve?

JEANNE

Aucune !

ARHANDE.

Et d’un pressentiment tu lui gardes rancune ?

C’est de l’enfantillage ou de la cruauté.

Pauvre innocente, va! lorsqu’on a ta beauté.

C’est presque blasphémer que de perdre courage !

Ce serait, à t’en croire, un difficile ouvrage Que de se faire aimer avec ce front charmant !

Regarde ton mari, ce sera ton amant !

— Crois-moi, suis mes conseils, sois calme, deviens brave Et coquette surtout 1 Ne te fais plus l’esclave De Raoul!... et c’est lui qui pleurera demain !

JEANNE

Comment?

ARHANDE, à Toix baise.

Ne tiens-tu pas la vengeance en ta main ?

JEANNE

Moi?... — L’amante peut bien se venger, non l’épouse. L’amante a ses fureurs; mais la femme jalouse De l’honneur du mari dont elle a pris le nom Peut le vouloir punir! le déshonorer... Non!

âRMANDE^ Tivement,

Tu ne me comprends pas ! Ce que j’ai voulu dire.

C’est que tu possédais des armes pour séduire Ton mari... Sois coquette !...

JEANNE

Oui ! — Tu m’ouvres les jeux.

Raoul me reviendra !... Je le sens, je le veux ! «

— Puisqu’il ne suffit pas d’aimer pour qu’on vous aime; Puisqu’un trop grand amour est une faute môme. J’apprendrai l’art de feindre et de passer soudain De l’extrôme tendresse à l’extrême dédain ;

Je saurai la science, exécrable et charmante.

D’allumer le désir dans un cœur qu’on tourmente,

Page 1