‹ Les vacances du docteur drame en quatre actes en versChapitre 2 sur 61 · A MADEMOISELLE THUILLIER · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE THUILLIER

Je prends la liberté de vous dédier ce drame, chère et grande artiste, afin de vous donner une marque de l’estime toute singulière dont je fais profession pour votre beau talent. Vous ôtes bien la sœur des poètes, vous dont le geste est un rlij thme,la voix une musique, la démarche, l’attiludc, toute la personne une poésie. Môme après la Mimi de notre regretté Mürger, la Petite Fadette deG.Sand et Madame de Mont arcy de L.ÿouWhel, la création du rôle de Jeanne restera comme une de vos plus belles créations. Et ce n’est pas pour moi un médiocre honneur que d’avoir vu mon œuvre interprétée avec un art si magnifique par l’interprète aimée des vrais poètes de ce leinps. Recevez donc avec l’assurance entière de ma gratitude la sincère expression de mon admiration.

Amédée ROLLAND.

PRÉFACE

Les Vacances du docteur ont donné lieu à un débat qui n’est pas nouveau. Je m’honore d’avoir soulevé une fois encore des questions d’art pur. Je suis de ceux qui reconnaissent pleinement le droit de la critique, et je la remercie en général de sa bienveillance à mon égard el de son indulgence pour une œuvre aussi défectueuse que peut l’être la mienne. Néanmoins on me permettra de n’accepter point l’opinion de ceux qui répugnent à l’emploi du vers dans le théâtre moderne et de citer à ce propos quelques lignes d’un homme dont le nom fait autorité en pareilles matières ;

« L’auteur de ce recueil n’est pas de ceux qui recon-

* naissent à la critique le droit de questionner le poète

* sur sa fantaisie et de lui demander pourquoi il a choisi « tel sujet, broyé telle couleur, cueilli à tel arbre, puisé

* à telle source. L’ouvrage est-il bon ou est-il mauvais? « Voilà tout le domaine de la critique. Du reste, ni « louanges, ni reproches pour les couleurs employées,

PREFACE

« mais seulement pour la façon dont elles sont employées. « A voir les choses d’un peu haut il n’y A en poésie ni « bons ni mauvais sujets, mais de bons et de mauvais t poêles. D’ailleurs tout est sujet, tout relève de l’art, « tout a droit de cité en poésie. Ne nous enquérons donc « pas du motif qui vous a fait prendre ce sujet, triste ou « gai, horrible ou gracieux, éclatant ou sombre, étrange « ou simple, plutôt que cet autre. Examinons comment « vous avez travaillé, non sur quoi et pourquoi.

t Hors de là, la critique n’a pas de raisons à demander, • le poète n’a pas de compte à rendre. L’art n’a que faire « des lisières, des menottes, des bâillons; il vous dit ; » Val et vous lâche dans ce grand jardin de poésie où « il n’y a pas de fruit défendu. L’espace et le temps sont « au poète. Que le poète donc aille où il veut en faisant « ce qui lui plaît : c’est la loi. Qu’il croie en Dieu ou aux « dieux, à Plulon ou à Satan, à Canidie ou à Morgane, « ou à rien; qu’’ü acquitte le péage du Styx, qu’il soit t du sabbat, qu’il écrive en prose ou en vers, qu’’il sculpte « en marbre ou coule en bronze, qu’il prenne pied « dans te! siècle ou dans tel climat, qu’il soit du Midi ou « du Nord, de l’Occident, de l’Orient, qu’il soit antique « ou moderne, que sa muse soit une muse ou une fée, « qu’elle se drape dans la colocasia ou s’ajuste la coUe « hardie : c’est à merveille; le poète est libre. Mellons- « nous à son point de vue et voyons.

« L’auteur insiste sur ces idées si évidentes qu’elles « paraissent, parce qu’un certain nombre (YAristarques « n’en est pas encore à les admettre pour telles. Lui-même,

PRÉFACE

« si peu de place qu’il lienne dans la litlérature contem- » poraine, il a été plus d’une fois l’objet de ces méprises « de la crilique. Il est advenu souvent qu’au lieu de lui « dire simplement : Votre livre est mauvais, on lui a « dit : Pourquoi avez-vous fait ce livre ? Pourquoi ce « sujet? Ne voyez-vous pas que l’idée première est horï rible, grotesque, absurde (n’importe 1) et que le sujet « chevauche hors des Imites de l’art? Cela n’est pas joli, * cela n’est pas gracieux. Pourquoi ne point traiter des « sujets qui nous plaisent et nous agréent? Les étranges « caprices que vous avez là ! etc., etc. A quoi il a toujours « fermement répondu que ces caprices étaient ses ca- « prices ; qu’il ne savait pas en quoi étaient faites les li- « mites de l’art; que de géographie précise du monde « intellectuel il n’en connaissait point, qu’il n’avait « point encore vu de cartes routières de l’art, avec les « frontières du possible et de l’impossible tracées en rouge « ou en bleu; qu’entin il avait fait cela parce qu’il avait « fait cela. »

Qui a écrit ces lignes ? l’auteur des Orientales.

Il ne me reste plus qu’à demander pardon d’employer un si grand nom à la défense d’une si petite chose.

El maintenant je me croirais ingrat de ne pas adresser aux artistes qui ont si vaillamment joué les Vacances du docteur les remercîments et les éloges qu’ils méritent.

Plus que jamais je dois à mon cher Tisserant, qui est aussi parfait ami qu’excbllcnt comédien, les félicitations

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