JEANNE, RAOUL
JEANNE
Maintenant nous pouvons causer avec franchise, Raoul, nous voilà seuls. Il faut que je vous dise
Le plaisir que me fait la croix que vous portez.
Nul ne sait mieux que^oi que vous la méritez.
— Ce ruban-là vous rend superbe ! — Je soupçonne Que c’est moins le ruban encor que la personne Qui me charme, Raoul !
RAOUL
Jeanne!... je suis touché...
JEANNE
Seulemenl...
RAOUL
Seulement?...
JEANNE
Il est mal attaché !
RAOUL, riant.
.Ah I bah !
JEANNE
Ces choses-là sont de ma compétence.
C’est un petit détail de beaucoup d’importance.
Je vais en un instant vous renouer cela.
Vous serez beaucoup mieux! — Tenez, mettez-vous là!
(Raoul t'aaaiad près de Jeanne.)
J’aurais bien plus tôt fait d’en attacher un autre.
{Raoul ae recule )
Oh 1 qui sera dix fois plus joli que le vôtre 1 Le vôtre est bien trop large, il s’étale! il a l’air De dire ; Regardez! cela choque!... c’est clair!
RAOUL, à p«rte
Moi qui viens de jurer...
(Haut, ae ie*ant.) C’est uu enfantillage !
JEANNE, le faisant asseoir doucemenU
Oui, c’est vrai : que veux-tu! c’est encor de mon âge. Et je te sais trop bon pour me rien refuser.
Tu sais que l’on permet aux enfants d’abuser:
La femme est un enfant sur bien des points; j’abuse. Mais monamour pour toi doit me servir d’excuse.
RAOUL
Jeanne, exigez de moi tout ce qu’il vous plaira.
Et ce que vous voudrez qui soit fait se fera;
Je vous le jure ici sur ma foi d’honnête homme!
Mais laissez-moi porter ce ruban !