ACTE TROISIÈME
Ne la dérangera dans sa dolente paix,
Epouse sans défauts... mais amante, jamais t D’un homme tel que vous sa tendresse est indigne !
Est-ce que comme moi sur un mot, sur un signe.
Sans chercher à comprendre, elle vous donnerait Tout, son honneur, sa vie et puis vous sourirait ?
Car je n’ai qu’un désir et qu’un espoir, vous plaire!
Car vous me frapperiez dans un jour de colère,
Je baiserais vos mains, heureuse sous les coups De sentir votre amour encore à ce courroux !
RAOCL.
Mais je vous aime, Armande !
ARMANDE
Oh ! je devais m’attendre
A cette parole, oui ! — Je ne peux pas comprendre La fin de notre amour, je ne crains pas la mort.
Et je puis tout braver pour vous jusqu’au remord.
Mais je ne puis dompter la terreur invincible.
Qu’éveille en mon esprit celte idée impossible,
Toi sans moi ! — Comprends-tu ? c’est comme une stupeur Qui m’engourdit, et rien que d’y songer j’ai peur!
RAOUL
l'eur? N’emportez -vous pas avec vous ma tendresse?
ARMANDE
Ah! que ne partons-nous ensemble ! La maltresse Et l’amant! (MoaKment de Raoul.)
Oui, je sais! Le monde est envieux.
Moi seule te restant je l’en eusse aimé mieux !
— Cela ne se peut pas! — Les hommes n’ont d’audace Que pour l’ambition, un long bonheur les lasse ;
Ils savent au besoin se battre et parler haut ;
Mais la virilité du cœur leur fait défaut,
Et comme leur orgueil se cabre sous l’outrage.
Devant l’opinion ils restent sans courage!
Enfin ! — Quand je serai toute seule, là-bas,
Loin de loi, triste et morne...
RAOUL
Eh bien?
ARMANDE
Tu m’écriras?
Souvent.
HAOÜI..
ARUANDE.
Bien vrai? — Merci! — Maintenant je te quitte. Adieu, maison cruelle, où mon espoir habite,
Murs qui gardez l’écho de notre ancien bonheur!
(Sur le seuil, h Beoul, en se jeUnl dans ses bras.)
A toi ma vie ! — à toi mon âme ! — à toi mon cœur !
(Raoul disparaît au instant avec elle par une porte latérale.)