‹ Les vacances du docteur drame en quatre actes en versChapitre 7 sur 61 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BHÜNEL.

C’est moi ! Vous allez bien? Pas mal, et vous? Merci! Tout le monde va bien! — trop bien même; j’abdique. Je crois que la santé devient épidémique.

Ma parole d’honneur, j’ai quitté la maison;

Personne ne meurt plus... c’est ma morte-saison!

ATÎMANDE.

Pauvre docteur !

BRUNEI..

Aussi voyez les conséquences; Il faut que je m’amuse et prenne des vacances.

ARUANDE.

Les médecins sont bien malades I

CLAIRE^ riant.

C’est leur tour.

ARM AN DE

Vous nous tâtez le pouls?

BRUNEL

Pour vous dire bonjour.

(a part.)

Tiens! tiens!

ARMANDE, riant.

Vous avez l’air d’un docteur de Molière.

BRUNEL

La médecine alors n’était qu’une écolière;

Messieurs Fleurant, Purgon, Thomas Diafoirus,

Vous traitaient, traitabant, avec des mos en ms Kisiblement tirés du creux de leur cervelle;

Mais nous avons changé tout cela. — Sganarelle Pressentait l’avenir Que ressentez-vous?

JEANNE

Rien !

BRUNEL

Bon ! vous cachez le mal !

ARMANDE

Si nous nous portons bien !

BRUNEL

C’est qu’il est dans vos cœurs, s’il n’est pas dans vos têtes!

JEANNE

Mais...

BRUNEL

Nous savons pourquoi nos filles sont muettes A présent! C’est fâcheux! Vous pouvez tout cacher;

LES VACAiVCES Dü DOCTEUR.

Cela me donnera le plaisir de chercher!

(a Armtnde.)

Sérieusement ?

ARUANÜE.

Quoi V

BRONEL.

• Tu n’as pas la migraine ?

ARHANDE.

Point !

BRGNEL, i Jeann'.

Ni maux d’estomac ?

JEANNE

Non.

ItKUNELj a Annandt.

Ni chaleur soudaine?

ARMANDE

Aucune.

BRUNEL) à Jeanne.

Ni lourdeur?

CLAIRE

Oh ! mon Dieu ! que de ni !

Tirez-lui donc la langue et que ce soit fini!

BRCNEL.

Gamine!

(il prend Armande et Jeanne sous le bras.)

Ça, voyons, que chacune soit franche!

Raillez le médecin, j’y consens; en revanche. Si je fais bon marché du titre de docteur,

Ne voyez oue l’ami; je fus votre tuteur,

Kt j’avais droit jadis à votre confidence :

Ai-je jamais manqué de tact et de prudence?

Non !

ARMANDE

Non!

JEANNE

BRUNEI,.

Souvenez-vous t (a Jeanne ) Ton père, Albert Moreau, Riche banquier, mourut te laissant au berceau Sans parents — Je devins le tuteur de sa fille,

Ayant été jadis l’ami de sa famille.

(a Armande.) '

Environ cette époque, un autre compagnon De collège mourut aussi, Paul de Grignon,

AC T K PUEMIKH.

Ton père ; tu n’avais pour unique héritage

Qu’un grand nom ; c’était trop ou trop peu pour notre âge.

Le sort me fit ainsi père de deux enfants,

Deux filles, dont Vaînée avait alors cinq ans.

Je vous fis élever tout comme si chacune Avait le môme sang et la môme fortune.

(a Jeanne.)

Toi plébéienne et riche,

(Montrant Amiande.)

Elle noble, sans rien,

Vous donnant à chacune une sœur, un lien.

Un amour fraternel, à vous qui dès l’enfance *

N’aviez plus de parents, peut-être une défense Pour l'avenir, enfin un mutuel appui.

Ai-je eu tort ou raison? répondez aujourd’hui.

ARMANDE^ serrant U main de Jeanne.

Si vous eûtes raison !

JEANNE

La nature est bien forte,

L’amitié plus encore ; entre nous deux qu’importe Ma fortune et le nom que son père a porté :

Nous sommes sœurs; le cœur a fait la parenté.

BRUNËL, assit.

Bien! et pour accomplir complètement ma tâche.

J’étudiai vos goûts, votre esprit, sans relâche.

N’ai-je pas exaucé vos plus secrets désirs?

(a Amiande.)

Toi, tu rêvais, enfant, le monde et ses plaisirs;

Pauvre, tu convoitais un nom et la richesse.

Et c’est grâce à mes soins que te voilà duchesse!

(a Jeanne.)

Toi, riche, dont le rêve était moins exigeant.

Tu n’ambitionnais ni le nom, ni l’argent.

Car il faut à ton cœur un cœur qui te comprenne.

Et dont la loyauté soit égale à la tienne.

Je crois donc avoir eu complètement raison De te faire épouser le comte d’Ormaison,

Cœur ardent, volonté faible, d’une faiblesse De poète et d’enfant, qui n’est pas la mollesse;

Mais en qui ce défaut est vite racheté Par un esprit très-large et plein d’honnêteté.

Eh bien ?

ARMANDE

Mais nous n’avons nul secret à vous taire.

Aucun.

JEANNE

ARMANDE

Pourtant, docteur, s’il vous faut un mystère, En y rèflécliissant nous pourrons l’inventer.

Est-ce ma faute, à moi, si sans vous consulter Ce pouls qui vous offusque a le tort ridicule D’étre trop capricant ou trop duriuscule?

DUTNEL) se levunt.

Vous plaisantez? très-bien ! à votre aise ! le mal Est mille fois plus grave alors, il est moral.

CLAIRE, tencbnt s,»n bras à Brone).

Monsieur le médecin...?

BRUNEL

Oh! quant à toi, petite.

Si le pouls bat si fort, c’est que le cœur bat vite.

On sait ta maladie, et l’on t’en guérira

Dès qu’au menton d’André la barbe fleurira!

Mais il en a, docteur !

BRUNEL

Vraiment, mademoiselle !

— Autant que de cheveux avait Cadet Rousselle !

CLAIRE

Hou ! le vilain docteur !... vous me paîrez cela.

BRUNEL, à pari.

Pour qu’on le cache tant, c’est que le mal est là!

— Raoul se porte bien ?

JEANNE

Il est un peu malade.

Sans se plaindre pourtant; mais il devient maussade. Triste, préoccupé, sans qu’on sache pourquoi.

La science!

ARMANDE

BRUNEL

Parbleu !

ARMANDE

Je le disais bien, moi !

Raoul travaille trop I — Depuis qu’il s’imagine Posséder le secret de faire une machine

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