I.e comte m’a fait peur, et
RÂOUL, vivemeiiL
Le fait n’est pas rare
Quand l’esprit est plongé dans la réflexion ;
Un mot brusque produit une commotion...
BRUNET
Oui, ce n’est rien !
ARMANDE
J’en ris maintenant la première.
RAOUÎ , embarrassé.
c’est une émotion qui semble singulière Dès le premier abord...
10 • LKS VACANCKS DU DOCTEUR.
BRDNEL.
C’est un tressaillement Du système nerveux surpris, tout bonnement !
ARMANDE
Oui. N’est-ce pas, docteur?
RAOUL
Mon Dieu ! pas autre cbosc.
BRUNEI., il part.
Mais les tressaillements n’ont jamais lieu sans cause; Est-ce qu’Armande?... Ohl non! quelle accusation!
Et cependant Raoul est plein d^émotion.
(Bant, k Raoul.)
Causons de tes travaux !
ARMANDE
Encor l’agriculture!
Semer et récolter ! La charmante posture Four un fils des croisés!
RAOUL
Pourquoi non?
ARMANDE
Ah! bravo!
Alors aux laboureurs apprenez le piano !
Quand les nobles feront la besogne des rustres.
Ce seront les bouviers qui danseront aux lustres.
Ma chère, ouvre au hasard les journaux, tu liras : Concours régional, premier prix de verrats.
Le vicomte de B...; mention honorable.
Marquis de Z.,.
ARMANDE
Mais c’est affreux ! c’est déplorable !
BRUNEL
D’accord ! mais c’est la mode, et Haoul a compris Qu’il faut suivre la mode à peine de mépris.
On ne demande plus aujourd’hui qui vous êtes,
Comme par le passé, mais bien ce que vous faites. Soyez agriculteur ou marchand ; ce qu’on veut.
C’est que chacun travaille et fasse ce qu’il peut.
Etre noble à présent signifie : être utile;
— Au temps de mes vingt ans on était plus futile:
Les jeunes gens n’avaient qu’un seul but, le plaisir; Mais ils avaient un art, ils savaient le choisir. Aujourd’hui la jeunesse est une lettre morte;
ACTK Plîl' MlliR.
Nous naissons sérieux ; le siècle nous emporte Avec tant de furie et de rapidité,
Que la Jeunesse touche à la caducité !
ARMANDE
Soit ! — Ce sont des travaux bien dignes de sa race !
RAOUL
Pourquoi non, s’il vous plaît? Que faut-il que je fasse A moins d’user mes jours, tapi dans un comptoir.
Au drame palpitant au doit et de l’avoir?
— La noblesse n’est pas encor décapitée ;
Frappons du pied le sol, nous sommes fils d’Antée!
Au lieu de colporter de salons en salons
Des regrets à celte heure indignes de grands noms,
Regardons sur le mont, dans le val, dans la plaine,
Cet homme patient, sobre, dur à la peine.
Qui marche la faucille ou la serpe à la main.
Aujourd’hui notre égal, notre maître demain :
C’est le paysan lourd qui vaillamment essuie Le chaud, le froid, le vent, la poussière, la pluie;
C’est le noble en sabots, né d’hier seulement :
La terre est sa maîtresse, il l’aime rudement !
Aussi rien ne repaît sa convoitise austère ; fl a soif d’acquérir, il a faim de la terre :
L’usure et les procès ne le rebutent pas,
Il sait qu’il a pour lui tète dure et bons brasl Il fait beau contempler ce mangeur de domaines;
Vieux donjons, parcs royaux, forêts contemporaines De la Gaule latine et des temps féodaux.
Rien n’a rassasié cet avale-chàteaux,
Rien ne rassasîra son appétit vorace,
Kt nous verrons demain ce paysan tenace.
Si nous nous endormons dans notre oisiveté,
Refaire à son profit la féodalité !
BRUNEL
C’est ce que ne voient pas les gens à courte vue.
ARMANDE
Voilà de beaux discours qui sentent la Revue Des tieux-Mondes; mais comme ils sont très-longs...
RAOUL
Alore ?
ARMANDE
C’est un moyen poli de nous mettre dehors !
RAOUL
Ah ! duchesse, restez !
Viens-tu, Jeanne? Il me semble Que ces agriculteurs ont à causer ensemble.
CLAIRE
C’est bien faitl Nous allons, nous, parler de chiffons,
El c’est plus sérieux que vos discours bouffons !
(Jeanne, Armande et Claire sortent.)