‹ Les vacances du docteur drame en quatre actes en versChapitre 8 sur 61 · I.e comte m’a fait peur, et · texte numérisé non relu

I.e comte m’a fait peur, et

RÂOUL, vivemeiiL

Le fait n’est pas rare

Quand l’esprit est plongé dans la réflexion ;

Un mot brusque produit une commotion...

BRUNET

Oui, ce n’est rien !

ARMANDE

J’en ris maintenant la première.

RAOUÎ , embarrassé.

c’est une émotion qui semble singulière Dès le premier abord...

10 • LKS VACANCKS DU DOCTEUR.

BRDNEL.

C’est un tressaillement Du système nerveux surpris, tout bonnement !

ARMANDE

Oui. N’est-ce pas, docteur?

RAOUL

Mon Dieu ! pas autre cbosc.

BRUNEI., il part.

Mais les tressaillements n’ont jamais lieu sans cause; Est-ce qu’Armande?... Ohl non! quelle accusation!

Et cependant Raoul est plein d^émotion.

(Bant, k Raoul.)

Causons de tes travaux !

ARMANDE

Encor l’agriculture!

Semer et récolter ! La charmante posture Four un fils des croisés!

RAOUL

Pourquoi non?

ARMANDE

Ah! bravo!

Alors aux laboureurs apprenez le piano !

Quand les nobles feront la besogne des rustres.

Ce seront les bouviers qui danseront aux lustres.

Ma chère, ouvre au hasard les journaux, tu liras : Concours régional, premier prix de verrats.

Le vicomte de B...; mention honorable.

Marquis de Z.,.

ARMANDE

Mais c’est affreux ! c’est déplorable !

BRUNEL

D’accord ! mais c’est la mode, et Haoul a compris Qu’il faut suivre la mode à peine de mépris.

On ne demande plus aujourd’hui qui vous êtes,

Comme par le passé, mais bien ce que vous faites. Soyez agriculteur ou marchand ; ce qu’on veut.

C’est que chacun travaille et fasse ce qu’il peut.

Etre noble à présent signifie : être utile;

— Au temps de mes vingt ans on était plus futile:

Les jeunes gens n’avaient qu’un seul but, le plaisir; Mais ils avaient un art, ils savaient le choisir. Aujourd’hui la jeunesse est une lettre morte;

ACTK Plîl' MlliR.

Nous naissons sérieux ; le siècle nous emporte Avec tant de furie et de rapidité,

Que la Jeunesse touche à la caducité !

ARMANDE

Soit ! — Ce sont des travaux bien dignes de sa race !

RAOUL

Pourquoi non, s’il vous plaît? Que faut-il que je fasse A moins d’user mes jours, tapi dans un comptoir.

Au drame palpitant au doit et de l’avoir?

— La noblesse n’est pas encor décapitée ;

Frappons du pied le sol, nous sommes fils d’Antée!

Au lieu de colporter de salons en salons

Des regrets à celte heure indignes de grands noms,

Regardons sur le mont, dans le val, dans la plaine,

Cet homme patient, sobre, dur à la peine.

Qui marche la faucille ou la serpe à la main.

Aujourd’hui notre égal, notre maître demain :

C’est le paysan lourd qui vaillamment essuie Le chaud, le froid, le vent, la poussière, la pluie;

C’est le noble en sabots, né d’hier seulement :

La terre est sa maîtresse, il l’aime rudement !

Aussi rien ne repaît sa convoitise austère ; fl a soif d’acquérir, il a faim de la terre :

L’usure et les procès ne le rebutent pas,

Il sait qu’il a pour lui tète dure et bons brasl Il fait beau contempler ce mangeur de domaines;

Vieux donjons, parcs royaux, forêts contemporaines De la Gaule latine et des temps féodaux.

Rien n’a rassasié cet avale-chàteaux,

Rien ne rassasîra son appétit vorace,

Kt nous verrons demain ce paysan tenace.

Si nous nous endormons dans notre oisiveté,

Refaire à son profit la féodalité !

BRUNEL

C’est ce que ne voient pas les gens à courte vue.

ARMANDE

Voilà de beaux discours qui sentent la Revue Des tieux-Mondes; mais comme ils sont très-longs...

RAOUL

Alore ?

ARMANDE

C’est un moyen poli de nous mettre dehors !

RAOUL

Ah ! duchesse, restez !

Viens-tu, Jeanne? Il me semble Que ces agriculteurs ont à causer ensemble.

CLAIRE

C’est bien faitl Nous allons, nous, parler de chiffons,

El c’est plus sérieux que vos discours bouffons !

(Jeanne, Armande et Claire sortent.)

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