LE MÉDAILLON
Le père, rüudement, jeta l'enfan «Dis, m'obéiras-tu, #redin ? Quelle misère, Un petit de douze ans me résister ainsi | coute bien, tu sais : je t'ordonne cecl :
Ce soir, la nuit tombant, quand je viendrai te U seras prêt, 1] faut me suivre pour apprendre Le métier que je veux que tu fasses, sinon !.. M'ertends-tu ? tiens-toi prêt!» L'enfant répondit : e«Nons!
®— Non ? cria l'homme, encor tu refuses mes offres ? Pourquoi ? Je ne ve
UX pas de l'argent que tu m'offres, Père, dit le petit, je ne Peux pas voler |
pas, m'entends-tu, le droit de tant parler | je suis ton père !
Dis oui per 4
t par terre,
prendre,
attendit. L'enfant, au regard angoissé, Leva les Yeux vers lui, «
Tu peux me tuer, père!
Ma fermeté, je le sais bien, te désespère :
ais je ne ferai pas le mal !
J'accepte bien ; mais être Aller au cab:
r mot»? fit il courut au mur,
le frappa Par tout le corps ui, sans nulle Pitié, bat le p
» Comme un brutal auvre animal !
ir, nous le verrons » { rande Souffrance en démence,
; longtemps il résista.
L'homme frappait toujours. Soudain
t son fouet, leurs, POSa dessus son pied,
ramassa l'objet Convoité par le père, dernier ricana : « Qu'est-ce que ce mystère ?
Tu vas me donner ça: c'est de l'argent, parbleu !
Et puis, tu fais le moraliste et tu sers Dieu !
Tu m'appelles un voleur, quand tu voles toi-même ? Car tu l'as bien volé, cet or divin que j'aime!
Donne. — Non. — Obéis, — Cr n'est pas de l'argent ! — Si. Qu'est-ce donc, dis-moi »? homme saisit l'enfant. Alors, ce fut entr'eux comme un combat horrible, De jurons et de cris un mélange terrible,
Après quelques instants l'homme attrapa la main Qui tenait le trésor, et la serra soudain.
L'enfant se débattit et se roula par terre.
« Non, non, je ne veux Pas : tu le vendrais, mon père»! Sanglota le petit : « je ne puis le laisser !
Eh quoi, je ne pourrais jamais plus l'embrasser ! Laisse-moi ce portrait : c'est celui de ma mère
Qui t'aimait tant, alors qu'elle vivait, naguère »! L'homme serrait toujours la main de son petit.
Aux mots de son enfant, tout à coup, il palit.
Son visage changea : son regard fut terrible,
Il serra le poignet plus fort, et, chose horrible,
Le mordit avec rage, et fit couler le sang !
« Donne-moi ce portrait »! fit-il en rugissant !
Un cri lui répondit : « Tu m'as fait mal, Ô père! Quand tu me fis présent du médaillon, ma mère,
Tu ne te doutais pas qu’il faudrait tant souffrir
Pour conserver intact ce dernier souvenir !
Quand, sur ton lit de mort, tu me dis de le prendre. Ce portrait vénéré ; quand, de ta voix si tendre,
Tu murmuras : « Mon fils, garde ce cher objet,
Et si, de ton vivant, quelque mauvais sujet
Te conseillait le mal, te disait de mal faire,
Ouvre le médaillon, et ton père et ta mère
Seront là pour te dire : Enfant, n’écoute pas»!
Je n'aurais jamais cru m'en servir pour papa »!
…… L'homme essuya ses Yeux où brillait une larme.
« Elle t'a dit cela ? fit-il Ah! je désarme !
Petit, je t'ai frappé ; j'étais lâche, vois-tu :
Battre un enfant, son fils, comme j'étais venu !
Je désirais voler et boire, et te l’apprendre :
Ta mère m’a parlé ; j'ai vu son regard tendre !
Je me repens, mon fils, et demande Pardon »!
Et le père, en pleurant, baisa le médaillon ! ANDRÉ JALAGUIER
58 VACANCES pu JEUNE TEMPÉRANT