CHAPITRE X
TRAITE
La traite ou muhiqn est l'opération qui consiste à extraire ou à faire couler tout le lait contenu dans la
TRAITE - ' l
mamelle. Si simple qu'elle soit en apparence, la manœuvre à mettre en pratique est toujours délicate et
demande des soins particuliers.
Traite a la main.
La personne, chargée de la traite, doit, avant tout, laver soigneusement à l'eau bouillante les vases dans lesquels le lait doit être recueilli; elle doil ensuite laver le pis tout entier cl particulièrement les trayons il l'eau tiède afin qu'il ne reste après eux aucune impureté pouvant tomber dans le seau <i traire.
D'une main douce, caressante, elle malaxe le pis avant d'opérer la mulsion proprement dite. Puis, ces préliminaires indispensables exécutés, elle saisit le trayon à pleine main, le pouce étendu et dressé- en haut et, en appuyant doucement, elle l'ait couler le lait. D'ordinaire on trait deux tétines il la lois, une de chaque main. M. Corncvin conseille d'agir sur les trayons opposés en diagonale, pour la raison que l'excitation nécessaire à la sécrétion lactée se l'ait sur chaque viande mammaire plus complètement. L'opération n'est terminée que lorsqu'il ne coule plus une seule goutte de lait des tétines. 11 importe que l'opération soit aussi complète, aussi parfaite (pie possible. 11 est en ell'et de remarque que, plus on laisse de lait dans la mamelle, et c'est le meilleur*, moins la sécrétion de la "lande est active.
Nous réprouvons absolument le procède, assez cmployé par les vachers suisses et qui consiste à saisir le trayon à pleine main, le pouce replié, comprimant
fortement ce trayon. C'est une habitude fâcheuse occasionnant une douleur inutile à la vache, douleur telle que certaines vaches devenues difficiles à traire ne le sont plus si le pouce est étendu ou relevé et appuyant légèrement en haut.
Il est des vaches qui retiennent leur lait, c'est-à-dire dont le lait ne s'écoule qu'en très petite quantité à la trarte. Cela tient souvent à la brutalité de la personne chargée de l'opération, et aussi à une certaine sensibilité de la vache dont, par action réflexe, se contracte le sphincter qui ferme l'orifice du travon. On prétend aussi que la rétention du lait provient d'une contraction volontaire des muscles abdominaux, de l'arrêt également volontaire de l'expiration, d'où la plénitude du poumon et la tension du diaphragme produisant un obstacle au retour du sang par l'es veines mammaires abdominales et un engorgemement des vaisseaux amenant, passivement, une turgescence de la tétine qui empêche le lait de s'écouler.
Ordinairement, quand on procède avec douceur, quand on malaxe la mamelle avec précaution avant là traite, celle-ci a lieu sans difficulté et le lait s'écoule abondamment. Le meilleur moyen de faire cesser la constnetion du sphincter, qui n'est pas sous la dépendance de la volonté du sujet, c'est d'approcher le veau de la vache ou, au besoin, comme cela se pratique dans beaucoup de contrées, et particulièrement en Auvergne, d'attacher le veau, même un veau quelconque, au cou ou à un membre antérieur de la vache à traire.
E. Tisserant dit avoir vu réussir les moyens les plus bizarres pour faire donner le lait à une vache
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qui le « retient ». Mais il dit aussi que la douceur, « voire l'affabilité », sont des conditions indispensables de la traite. « Les gens brusques, violents, excitent la crainte et suspendent l'écoulement et la sécrétion. »
Une autre condition nécessaire est celle de la régularité des traites qui doivent être laites chaque jour aux mêmes heures. En effet, la traite ponctuelle favorise la production. Tandis qu'avec la ponctualité dans l'opération, on est sûr d'obtenir, chaque jour, la même quantité de lait de la même vache, la production diminue pai- l'irrégularité.
Le nombre des traites journalières n'est pas non plus sans influence sur la quantité de lait donné. Lue vache laitière doit toujours être traite au moins deux fois par jour, le matin et le soir. Maison a remarqué que, pendant les premiers mois de la lactation, au moins, on obtenait une plus grande quantité de lait, toutes choses égales d'ailleurs, en trayant trois fois. Nous n'avons fait, personnellement, qu'une seide expérience qui n'a pas été favorable il cette opinion pour la raison très probable que la gestation ('tait trop avancée et que le lait tendait à diminuer par la force même des choses. Mais, d'après les expériences de W'olf, de Rudolf lloll'er, on aurait obtenu des différences moyennes de un dixième en plus par jour en trois traites. 11 résulte aussi d'analyses sérieuses et renouvelées que le lait n'a pas la même richesse en beurre à toutes les heures de la journée. Le lait de midi serait moins riche que celui du matin qui, lui-même, l'est un peu moins que celui du soir. Voici les résultats moyens de sept analyses de Wicke :
Beurre pour 1000
Lait du matin 46, 07
— de midi 41, 46
— du soir 52, 14
Ces recherches et les constatations acquises incliquent la nécessité, au double point de vue de la quantité et de la qualité du lait, de vider à chaque traite les mamelles aussi complètement que possible. Elles se vident d'autant mieux que ces traites sont plus nombreuses (A. Sanson).
M. Cornevin est arrivé aux mêmes conclusions que M. A. Sanson dans les expériences qu'il signale.