‹ Les vaincusChapitre 16 sur 21 · RUCCELLAÏ, POPOLESCHI, MORGANTE ET MACHIAVEL · texte numérisé non relu

RUCCELLAÏ, POPOLESCHI, MORGANTE ET MACHIAVEL

Tous!... Tous!..

LEONARD G DELl' ANTELLA, se levant

Que vos Seigneuries me permettent de faire entendre une autre voix... Quand j'écoute de semblables choses, je ne sais ce que je dois préférer ou de la vie ou de la mort. Et, certainement, si nos pères, fondateurs de notre cité, avaient cru qu'on traiterait ici de pareilles questions, ils n'auraient eu cœur à rien faire. Je crains que par notre attitude nous n'ayons à subir des railleries, oui, peut-être du monde entier, où le frère Jérôme est tenu pour un homme saint et honorable, surtout si l'on vient à connaître celui qu'on veut lui opposer. Ce n'est pas la faute du Frère si le vin pur tourne en vinaigre, et nous ne devons pas oublier quïl a fondé la République. Mais notre ville est tombée plus bas que je ne l'avais jamais vue, dans mes années déjà trop

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longues, et l'on n'y entend plus que des murmures ... Je supplie donc vos Seigneuries de mettre fin à cette aflaire par tous les moyens convenables, sans qu'il en résulte un malheur, un don\mage pour cette cité.

Il se rassied parmi les murmures et les haussements d'épaules. Seul le vieux Girolamo Gini l'approuve de la tête en silence et lui serre fortement la main.

RIDOLFI

Le seigneur dell' Antella exagère. Son grand âge le rend trop craintif. Je ne vois pas où tendent ses paroles. La gloire de Florence est notre souci comme le sien...

RUCCELLAÎ ET MORGANTE

Sans doute !

LEONARD G DELL' ANTELLA

Je dis, messire Gonfalonnier, que c'est une chose misérable quand la parole de l'honnête homme ne prévaut pas devant le peuple contre celle du charlatan !...

POPOLESCHI, a demi- voix

H radote ! . . .

CARLO GARD ANC, se levant

Mon avis est qu'une brouille de moines ne devrait pas nous occuper. C'est affaire de Rome, où l'on canonise; nous ne devons songer qu'à la paix publique. Si l'épreuve du feu y pouvait grand chose,

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je serais i:»our l'épreuve du feu; je n'y vois qu'un tison de discordes. Quand nous aurons brûlé Savonarole, que diront demain ses partisans?... Si vous voulez faire une épreuve, qu'on plonge les deux moines dans une cuve d'eau tiède ! Nous verrons celui qui sortira sec!...

Rires.

MACHIAVEL

C'est une idée...

RIDOLFI

Vous perdez la tète!... Vous oubliez que le peuple est là, attendant qu'on lui serve pâture!... S'il ne s'en prend pas à Jérôme, c'est à nous qu'il demandera compte !... L'heure des disputes est passée, il n'est plus que d'avoir raison!... La loi, pour condamner Jérôme, exige notre vote unanime... Je vous demande de le condamner !... Il sera trop tard tout à l'heure...

Un silence. Sur un signe de Ridolû, Ceccone présente l^lrne à la ronde. Chacun y dépose une fève. Ceccone donne Turne à Machiavel.

MACHIAVEL, comptant les fèves

Cinq fèves nouées et trois blanches !

Ils se regardent avec méfiance.

RIDOLFI, frappant sur la table

Je ne supporterai pas cet affront!... Je vous le dis, ii6

même malgré vous, je livrerai Jérôme s'il recule... Je l'ai promis à Romolino... Mais je me rappellerai les traîtres... S'il y a du tapage dans la foule, si elle réclame des victimes, nous saurons les demeures à désigner... Prenez garde, cette fois, à vous-mêmes, à vos femmes et à vos enfants !... Pour ce vote, voilà ce que j'en fais!...

n balaie du revers de la main les fèves blanches et les fèves noires. L'urne circule de nouveau. Un profond silence.

MACHIAVEL

Les huit fèves, cette fois, sont noires...

RIDOLFI

Maintenant le Frate peut venir ! . . .

MACHIAVEL

Il siérait peut-être, en attendant, d'introduire le frère Francesco. Nous avons intérêt à l'entendre.

RIDOLFI

C'est juste. Fais-le venir, Ceccone.

Ceccone sort par la porte de gauche et revient au bout d'un instant suivi de Francesco di Puglia. C'est un gros moine à face rubiconde, vêtu de la robe grise des Franciscains. Deux frères de Tordre l'accompagnent. Il salue obséquieusement et regarde autour de lui avec inquiétude.

FRANCESCO DI PUGLIA

Révérendissimes Seigneurs, Dieu vous tienne en joie... Je suis votre serviteur très humble...

117 Savonarole. — •].

RIDOLFI

C'est toi qui as défié Jérôme de subir l'épreuve du feu?

FRANCESCO DI PUGLIA

C'est... sans doute, votre Seigneurie... c'est moi... Je l'ai fait... dans mon zèle...

RIDOLFI

Es-tu prêt, en ce qui te concerne, à tenir le défi ?

FRANCESCO DI PUGLIA, balbutiant

A... tenir?...

RIDOLFI

Sans doute ! ... à tenir le défi que tu as porté ?

FRANCESCO DI PUGLIA, avec épouvante

A entrer... en chair et en os... moi, le fils de ma pauvre mère. . . vêtu de cette souquenille. . . à entrer. . . dans le feu dévorant?... à marcher pieds nus... sur la braise?... Mais je serai brûlé tout vifî... brûlé comme un poulet qu'on plume!... Votre haute Seigneurie... plaisante?...

RIDOLFI

N'est-ce pas ce que tu as proposé ?

FRANCESCO DI PUGLIA, avec désespoir

Je ne l'ai pas proposé... pour mon compte !... C'était pour faire pièce à Jérôme... Je ne croyais

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pas qu'on ferait tant de bruit... Être brûlé vif!... Ah! Jésus!... Ah! mon doux patron saint François!... Moi qui n'ose même pas, la nuit, moucher de mes doigts une chandelle!... Grâce, Seigneurs révérendissimes ! . . . Je ne suis ni un sorcier ni un saint... Gomment voudrais-je quitter cette vie?... Je sais bien que je prendi^ais feu comme une tonne de cervoise... Je suis un honnête et paisible moine... Je m'emporte, comme cela, en paroles, quand beaucoup de monde m'écoute... mais je n'ai jamais fait de mal à personne, homme ni bête sur la terre... pas même au petit chien d'une dévote... J'aime trop la bouteille, peut-être, surtout au moment des vendanges... c'est mon seul péché... Grâce!... grâce !... Seigneur Machiavel, vous me connaissez... Ne me mettez pas une pierre au cou!... Grâce, mon cher Seigneur!... Miséricorde!... J'embrasse vos nobles chaussures !...

n se jette à genoux en larmoyant aux pieds de Machiavel qu'il baise avec ferveur,

MACHIAVEL

Relève-toi donc, animal, et ne fais pas cette laide grimace !... Tu n'es pas encore en enfer !...

RIDOLFI

Machiavel, qu'est-ce que signifie?...

FRANCESCO DI PUGLIA, toujours à genoux

Bon Seigneur, je vous prends à témoin!... Le seigneur Machiavel m'avait dit : « Va de l'avant!... Crie à pleine gorge ! . . . Invente tout ce que tu voudras !... je te tirerai toujours d'affaire... » Je l'ai cru, voilà mon seul crime... j'ai eu trop de simplicité !...

Éclat de rire général. Machiavel hausse les épaules, sans pouvoir s'empêcher de sourire.

Il est certain que ce pauvre diable serait victime de son zèle si on lui infligeait malgré lui le désagrément qu'il redoute. 11 y a moyen d'arranger les choses en ne les poussant pas trop loin. Après tout, que voulons-nous de lui?... Qu'il fasse bonne contenance. Il n'est pas tout à fait nécessaire de brûler ce corps bien nourri. De deux choses l'une : ou Jérôme refuse l'épreuve, et l'autre est sauvé. Ou Jérôme l'accepte, mais on exige qu'il la subisse le premier. Si, comme il parait fort probable, il y trouve une mort désastreuse, l'humanité réclame de nous que nous prévenions une seconde catastrophe et que nous sauvions ce héros. La populace y trouve son compte, et la soldatesque, au besoin, est là pour nous prêter main-forte... Tout le monde est content de cette façon.

FRANCESCO DI PUGLIA, qui a écouté bouche béante et s'est relevé peu à peu, maintenant debout

Ainsi... l'affaire est toute différente... Je suis votre homme pour ce métier-là...

LEONARDO DELL' ANTELLA, à Girolamo Gini

Supporter cela. . . quelle honte ! . . .

MACHIAVEL

Il serait même juste, il me semble, de témoigner à saint François notre gratitude envers son ordre. Les dons terrestres ne le touchent guère, mais les pauvres ont besoin d'argent. Je propose de promettre à ces dignes Frères une somme de mille écus...

Signes d'assentiment des Seigneurs.

FRANCESCO DI PUGLIA

Ah ! divin Seigneur ! . . . Salomon lui-même ! . . .

MACHIAVEL

Tais-toi, pleutre!... et tâche d'être plus brillant tout à l'heure...

FRANCESCO DI PUGLIA, se rengorgeant

Vous allez voir ! . . .

On entend au dehors le chant d'un Te Deinn et une grande clameur : le Frate !... Les Seigneurs se la répètent à voix basse.

MACHIAVEL, se levant, va à la fenêtre

C'est bien lui... Comme toujours, tête haute... Un frère vêtu de rouge l'accompagne... Dominique Buonvincini... Des têtes se découvrent... beaucoup de têtes... Ah! des poings tendus!... Il paraît ne rien voir... La foule s'ouvre sur son passage... Il est presque arrivé à la porte... Il va monter...

Il revient s'asseoir. Un silence. Tous regardent vers la porte de droite qui s'ouvre et laisse entrer Savonarole appuyé sur le frère Dominique vêtu d'une chape couleur dé feu. Quelques dominicains ferment la marche. Savonarole s'avance d'un pas ferme au-devant du Conseil des Huit, s'arrête sans le saluer et fixe les yeux sur Ridolfi.

RIDOLFI

Tu connais le défi, Frate ? Tu as vu que l'épreuve était prête. Ton adversaire est devant toi. On n'attend plus que ta réponse...

SAVONAROLE

Ce défi était venu jusqu'à moi, mais je ne l'avais pas relevé, jugeant l'embûche trop grossière. Le frère Dominique, que voici, a répondu sans mon aveu, dans l'élan d'ime colère pieuse. Je l'en ai blâmé publiquement.

FRANCESCO DI PUGLIA

Admirez, Seignem^s, l'impudence!... Le renard est tiré de sa tanière par le bout pointu de ses

oreilles... Il voudrait bien y rentrer encore... Mais les poules l'en empêcheront !...

RIDOLFI

Réponds en paroles nettes et claires !

SAVONAROLE

Ma réponse est faite : c'est non! Dieu ne m'ordonne point de subir une épreuve impie... Lui cependant (Montrant Dominique) sc croit appelé à témoigner au lieu de son maître. Je ne l'en détourne point. Il a prié.

DOMINIQUE

Je suis prêt à entrer dans le feu !

FRANCESCO DI PUGLIA

Non content de trembler pour son corps d'infirme, il pousse en avant un novice !... Qu'à cela ne tienne ! . . . Rondinelli peut bien faire face à Dominique !... (Il montre un de ses acolytes.) Moi, c'est à Jérôme que j'en veux!...

MACHIAVEL

Bien, ad hominem !... Coup pour coup !...

FRANCESCO DI PUGLIA

Et je demande à vos Seigneuries, pour mettre à nu toute l'imposture, des armes contre le sorcier !...

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Qu'on le fouille, qu'on le déshabille !... Je veux changer de froc avec lui !... Qu'on ne lui laisse ni rosaire, ni amulette, ni hostie bénite !... Vous daignerez ordonner aussi, pour qu'on le connaisse bien à ses œuvres, qu'il marche sur la braise le premier!... Je veux bien me sacrifier, moi, pauvre homme, mais non pas pour la gloire de Satan !...

RIDOLFI

Réponds, frère Savonarole !

SAVONAROLE

J'ai répondu... Satan toi-même, tu ne tenteras point le seigneur ton Dieu !

RIDOLFI

Tu criais si fort au miracle, et tu n'oses pas l'accomplir ?

SAVONAROLE

J'ai redit les x^aroles secrètes des Visions qui m'ont visité. Je sais qu'elles venaient d'en haut. Elles seront un jour justifiées : je n'ai pas le pouvoir de hâter ce jour...

RIDOLFI

L'une au moins de tes prophéties pourrait être en effet bientôt mûre : le martyre, dont tu fais tant d'éclat ! A celle-ci n'espère point échapper !

Il dépend de vous en ce moment de me condamner au supplice, mais on ne dira pas que Savonarole a déshonoré sa dernière heure par une parodie volontaire. Je vois clair dans toutes vos manœuvres...

RIDOLFI

Ah ! tu vois clair dans nos manœuvres ! . . . Nous peut-être aussi dans les tiennes, plus et plus loin que tu ne penses !... Qu'on fasse entrer Botticelli!...

(Un silence coupé de rumeurs. Ceccone introduit Sandro, qui vient sur le devant de la scène, faisant face au Conseil des Huit. Les Franciscains remontent à gauche. Savonarole, à la vue de Sandro, fait un geste aussitôt réprimé. Ridolfi à Sandro, lui montrant des lettres) C'est sur toi qu'on a pris ce message ?

SANDRO

C'est sur moi. . .

RIDOLFI

Des lettres adressées au roi de France et signées de Savonarole ! . . . Voici le gage de la trahison ! . . . Jugea-en, messires !... Lisez!...

Il donne les lettres aux Seigneurs, qui se penchent avidement pour les lire, avec de confus commentaires.

SANDRO, allant à Savonarole

Mon Père! je fais votre perte !... Pourtant, je me suis bien défendu ! . . . j'ai été surpris à Milan, la nuit,

par plus de vingt hommes d'armes... Ah! j'aimerais mieux être mort ! . . .

SAVONAROLE, lui serrant les mains

Pau\a"e enfant!... je t'entraîne dans ma ruine !...

LES SEIGNEURS, après avoir lu, le poing tendu vers Savonarole

Traître!... Gueux!... Félon!... Faux prophète!...

RIDOLFI

Reconnais-tu ces lettres ?

SAVONAROLE

Oui... C'est moi seul qui les ai écrites, celui-ci ignorait leur contenance...

MORGANTE ET RUCCELLAÎ

Il l'avoue ! — Il s'en glorifie ! — Il voulait déchaîner la guerre ! . . .

SAVONAROLE

Certes, j'ai appelé la guerre, pour la liberté de Florence et pour le salut de l'Eglise!... la guerre, plutôt que la paix honteuse serve de toutes les tyrannies!...

RIDOLFI

Dis plutôt que tu rêvais d'être pape !...

SAVONAROLE

Si mon rêve s'était accompli, j'aurais été bien plus que pape ! . . .

RIDOLFI

Bientôt tu seras moins que novice ! . . . Tu vas être chassé de l'Église!...

De la militante, peut-être... de la triomphante, non pas!...

Ouragan de cris au dehors : le Frate!... l'Épreaçe!... A mort!... A mort!...

RIDOLFI

Écoute les cris qui te saluent ! . . .

SAVONAROLE, avec angoisse

Eh bien, si la mort me réclame, laissez-moi donc aller vers elle!... J'accepte l'épreuve du feu !...

RIDOLFI, triomphant

Trop tard!... nous avons mieux à faire... Le peuple vient de se prononcer. .. Tu mouiTas, mais lentement et sans gloire, et tu gémiras sous la roue entre les mains d'experts geôliers !...

SAVONAROLE

Bourreau!... avant de torturer mes membres, laisse-moi me justifier devant eux!...

RIDOLFI

Tu te justifieras devant tes juges... Nous saurons bien apprendre au peuple ta défaite et ta trahison ! . . .

Il quitte sa place aiùsi que les Seigneurs.

SAVONAROLE

C'est bien... vous tuez une corneille... un cygne viendra, que vous ne tuerez point!...

LES SEIGNEURS, l'entourant, le soufflettent et lui crachent au visage. L'un d'eux lui tord les doigts, l'autre le frappe du pied.

— Tiens!... Tiens!...

— Prophétise qui te frappe ! . . .

— Donne maintenant un tour de clef!...

— Tu seras brûlé, toi qui brûles !...

— Voilà le siège de ses prophéties !...

RIDOLFI, du seuil de la porte

Venez-vous, messires ?. . .

Ils le suivent et sortent ensemble.

FRANCESCO DI PUGLIA, avec emphase, montrant le poing à Savonarole

Judas !... (Il éclate de rire.)Tu vas sauter dans la poêle à frire, mon petit frère, tu vas sauter!... (S'inciinani très bas) Salut, Frate!... (il le soufflette.)

SANDRO, voulant s'élancer sur lui

Brute!...

SAVONAROLE, lui tendant la joue

Frappe sur l'autre ! . . . (Déconcerté, Francesco ricane et sort avec les Franciscains. Des hommes d"armes gardent les

portes.) O Dieu, tu t'es détoui*né de moi!... Abrège, mon Dieu, l'agonie!...

DOMINIQUE ET LES AUTRES MOINES, l'entourant

Nous voulons mourir avec toi !.. .

Au dehors clameurs redoublées, qui ne cessent plus jusqu'à la fin de l'acte. Des cris forcenés s'entrecroisent : Tne!... tue!... Palle!... Palle!... A mort le Frate!... Viva Gesn!...

SAVONAROLE, se tordant les mains

Hélas!... que t'ai-je fait, mon peuple?... je suis devenu fou pour toi î

SANDRO, qui a ouvert la fenêtre, s'accrochant des mains aux barreaux avec une exaltation folle

Les Seigneurs sont sous la ringliiera....Ridolfi harangue le peuple... On agite le gonfalon... Quelle tempête furieuse!... partout des cuirasses, des piques ! . . . des hommes courent avec des lanternes ! . . . Dolfo lève l'épée... Assassin!... Il frappe devant lui au hasard ! . . . Ah ! . . . ah !.. . les Piagnoni se défendent!... je les vois autour de Valori... Ils se battent comme des ombres, sans ouvrir la bouche... C'est beau!... Si je pouvais descendre, et me battre!...

SAVOXAROLE

Mon Dieu, pitié pour ceux qui frappent!... Miséricorde à ceux qui meurent !..

SANDRO

La porte!... entendez- vous la porte?... On la bat en brèche, on l'enfonce î... elle cède, elle tombe sous les coups!... Ils montent!... ils montent!... Qui estce?... (Un silence. Voix plus rapprochées : Viea Gesn!... Viva Gesii !...) Viva Gesu ! . . . des Piagnoni ! . . .

Lutte confuse dans la salle voisine. Des hommes d'armes sont renversés. Valori fait irruption, suivi d'une poignée de partisans.

VALORI, brandissant son épée et se retournant vers ceux qui le suivent

Savonarole vit encore ! . . .

Cri répété de proche en proche : le Frate vit'.... le Fraie vit!... ■

SAVONAROLE, avec horre'ir

Valori!... les mains toutes sanglantes !...

VALORI

Du sang de Bernardo Ridolfi !... Il ne goûtera pas sa victoire!...

SANDRO

Ridolfi mort!... Et Francesca?...

VALORI

Aux armes, vous tous ! . . . Elles Iratuent par terre!... Feu!... Feu!... Hardi, les Piagnoni ! . . .

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