‹ Les vaincusChapitre 7 sur 21 · UN ENFANT · texte numérisé non relu

UN ENFANT

Tiens, voilà Renzo, les yeux rouges, les mains vides... Et ta couronne?...

RENZO, pleurant

Des Compagnacci m'ont battu!...

DEUXIEME ENFANT, au groupe d'artisans qui les regarde bouches bées

Messire Antonio, Dieu vous bénisse ! n'avez- vous rien à nous donner?... Aucun objet de luxe impie, contraire à la règle chi^étienne ?

ANTONIO, avec bonne humeur

Non, mon petit ami... ma boutique est \'ide. Je n'ai que des jouets trop lourds pour tes poings blancs. Je suis un honnête armurier.

l'enfant

C'est vrai, et un bon Piagnone !... Et vous donc, messire Manzi?

MANZI, la mine renfrognée

Eh! misère, que pourrais-je avoir? Un pauvre artisan, mon petit frère, songe donc!... Un pauvre artisan ! . . .

l'enfant

Votre femme n'a pas l'air si pauvre... Elle porte, piquées dans ses coiffes, de très belles épingles d'or...

Rire général autour de Manzi. Il se met en travers de sa porte pour que l'enfant n'entre pas chez lui.

MANZI

Ma femme est une folle, c'est possible... Je le lui ai dit assez souvent... Elle nous mettra sur la

l^aille... Mais elle n'est pas là, elle est à l'église... à l'église depuis matines, ma parole, cher Bambino...

PETRUCCIO, à Machiavel

Faites un don à Jésus, messire. Il vous le rendra en Paradis.

MACHIAVEL

Enfant, que veux-tu que je te donne?

PETRUCCIO, hardiment

Votre bague...

MACHIAVEL

Ma topaze verte?... Soit. C'est dommage. Marsile Ficin me l'avait donnée, et je ne serai jamais fixé sur ses vertus astrologales... Mais, si cela te fait grand plaisir... Et puis Jésus me le rendi^a..,

Il donne sa bague à l'enfant qui s'éloigne joyeux. BAUTISTA, soupirant

Seigneur Machiavel, c'est une honte !

MACHIA\TEL

Bautista, mon ami, reste calme! Il faut sourire au parti régnant, même s'il vous caresse avec des orties. Je ne paie pas trop cher de cette bague l'agrément de ce que je vois.

PLUSIEURS ENFANTS, entourant deux jeunes filles qui se rendent à l'église

— Ma sœur, l'anathème est sur toi !...

— Donne-nous ton collier, ma sœur!...

— Ma sœur, ces fleurs dans tes cheveux sont indignes d'une chi^étienne... Ton bon ange en est triste...

— Donne! Donne!...

LES DEUX JEUNES FILLES, effrayées, obéissant à leurs demandes

— Qu'est-ce qu'ils veulent dire?

— Oh ! j'ai peur !

— Donne-leur ton collier, Nella !

— Ah ! Silvio me l'avait acheté !...

— Que va-t-on dire à la maison?...

— Nous ne sortirons plus au carnaval...

Elles se sauvent dans l'église. Les enfants assaillent une matrone prétentieusement parée.

LES ENFANTS

Monna Felicia ! Monna Felicia !

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