SCENE X
mont une armée, c’est un peuple : l’armée , c’est la France !... ce n’est pas seulement un sabre, c’est aussi un flambeau! Paysans, artisans, manufacturiers, commerçants, savants, artistes, poètes, philosophes, nobles et prêtres même, nous sommes le faisceau de toutes les forces vives de la nation... Aussi, le long de notre glorieuse route de Paris à Milan, par-dessus les acclamations des foules accourues pour voir passer nos soldats, y avait-il comme une voix prophétique qui criait au dedans de tous et de chacun : Regardez, voilà , libre de ses vieux fers, voilà l’osprit humain qui passe !
(U est descendu sur l'avant-scène, la marquise a remonte et est descendue
à droite.)
LK MARQUIS , goguenard. *
Et du pain ?
MAURICE , avec une ironie mesurée.
On finit toujours par en trouver.
LA MARQUISE, piquée.
D’ailleurs, c’est là une conquête un peu bien matérielle et grossière pour en vainqueur sublime monseigneur l’espril humain !
MAURICE
Madame la marquise, après Montenotte et Millesimo, et Plaisance et Lodi, les soldats français, l’estomac creux et les habits en loques, imposent au tluc de Parme, comme appoint d’une contribution de guerre, savez-vous quoi? vingt tableaux de maîtres, dont un Saint Jérôme, du Corrége... petite toile que ledit duc offrait de racheter la bagatelle d’un million... Vous voyez, madame la marquise, qu’il faut sa part à... monseigneur l’esprit humain !
BEATRIX
Quel amour des arts!
Maurice.
Mais vous-même, madame la comtesse, vous aimez la peinture, et tout à l’heure, en arrivant à la villa del Dongo, j’entendais le son d’un clavecin... du vôtre, sans doute... Eh mais, voici de la musique française ! vous avez le Devin du village ?
BEATRIX
Et j’en fais cas, monsieur... Mais parmi toutes vos romancés, voici ma préférée...
MAURICE
Plaisirs d’amour! Oui, cela ne manque pas d’une certaine naïveté. (Béalrix joue l’accompagnement.) Kst-CO que VOUS la jouez dans ce mouvempnt-là ?
Mais oui...
* Beatrix, Maurice, le marquis, la marquise.
*• Le marquis, la marquise, Beatrix, Maurice.
LES VAINQUEURS DE l.ODI
Pardon, c’est que...
MAURICE
BEATRIX
C’est que?
MAURICE
C’est que vous la jouez presque comme un deux-quatre... c’est un six-huit.
fil fredonne en marquant le mouvcnunl.)
Plaisirs d’amour ne durent qu’un moment.
BEATRIX
C’est vrai, c’est plus dans le sentiment... Voulez-vous la chanter?
Je le yeux bien, si cela n’ennuie pas madame la marquise...
I.A MARQUISE s’iuclinc en signe d’assentiment. — Au marquis, pendant
le prélude.
Mais il n’est pas mal, ce garçon.
' LE MARQUIS
Marquise, faiblissez-vous?
(Maurice citante la romance moius le mineur.; BEATRIX, stupéfaite.
Mais c’est très-bien cela, monsieur; vous chantez avec un goût.... on vous prendrait pour... un Italien!
(Elle remonte.)
MAURICE
Vous êtes trop indulgente, madame la comtesse.
LA MARQUISE
J’ai entendu chanter cet hiver cette romance par la comtesse Fieramosca...