‹ Les vainquers de Lodi comedie en un acteChapitre 6 sur 35 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

BEATRIX

Vous faites bon marché, mon oncle, de votre honneur et de votre dignité.

LE MARQUIS

Enfin, je ne vous ai pas tout dit.

BEATRIX

Eh ! mon Dieu ! qu’y a-t-il de plus'.’

LA MARQUISE, sc levant.

Parlez !

LE MARQUIS

Eh bien! c’est que... les Français...

Eh bien?

LE MARQUIS

Nous allons en avoir à loger !

LA MARQUISE

Ici?

LE MARQUIS

Ici !

LA MARQUISE

Et vous avez consenti?...

LE MARQUIS

Je vous trouve charmante, et le moyen de faire autrement?

LA MARQUISE, avec indignation.

Oh ! un régiment, sans doute?

LE marquis.

Non, deux...

LA MARQUISE, l'interrompant.

Deux régiments !

LE MARQUIS

.Mais non, deux Français...

BEATRIX

Des officiers, probablement...

Probablement... Du reste, la villa del Dongo étant assez loin de la ville, entourée de bois et parfaitement isolée, j’espère qu’elle inspirera peu de confiance à ces messieurs et qu’ils n’oseront pas s’y hasarder... et puis...

LA MARQUISE

Quoi ?

LE MARQUIS

Rien... une idée qui me vient...

BEATRIX

Et laquelle ?

LE MARQUIS

Si les Milanais voulaient faire ce qu’ont fait jadis les Siciliens...

LES VAINQUEURS DE LÜDI

BEATRIX

Des Vêpres Milanaises!

LE MARQUIS

J’ai déjà mes domestiques, mes paysaus...

BEATRIX, allant au clavecin.

Oh I mon oncle, ce n’est pas sérieusement que vous parlez...

(La marquise remonte.)

LE MARQUIS, à pari.

lit s’ils ne sont que deux...

BEATRIX

En somme, je crois que ce qu’il y a de mieux à faire pour le moment, c’est de porter dignement notre défaite, (riant) et de faire mettre quelques volailles à la broche I

(Elle prélude.)

LE MARQUIS

Pourquoi ne dites-vous pas tout de suite que vous êtes bien aise d’avoir du monde à dîner !

BEATRIX

Ah ! mon oncle !... C’est égal, quand je pense qu’il a fallu vaincre une armée, prendre trois ou quatre villes, conquérir une province... pour qu’il y ait deux couverts de plus à la villa del Dongo ! ah ! ah ! a"h !

(Elle rit.)

LA MARQUISE

Riez, ma chère, à votre aise... quant à moi, je vous déclare que je me retire chez moi, et que je n’en bouge plus...

LE MARQUIS, après avoir longuement ruminé on projet.

Oui, c’est cela !

Vous m’approuvez?

LE MARQUIS

Hein? quoi? Non ! je ne sais pas, je pensais...

BEATRIX

Ma tante veut s’enfermer dans sa chambre.

LE MARQUIS

(fardez- vous en bien!... Il importe à mes projets...

LA MARQUISE, avec dédain.

Vous avez donc des projets?

LE MARQUIS

Vous les connaîtrez quand il en sera temps, n montre Beatrix d’un air de défiance.) LaiSSCZ-moi faire. (Avec préoccupation.) H faut recevoir convenablement ces Français, s’ils se présentent. (A Réatrix.) Ce n’est pas leur faute à ces pauvres diables, n’est-ce pas?

fBéatrix s'est approchée, la marquise est remontée.)

BEATRIX

Pourquoi me dites-vous cela à moi... et avec un ton de garde-malade qui veut faire avaler une médecine à un eri-

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