SCÈNE
BEATRIX
Vous faites bon marché, mon oncle, de votre honneur et de votre dignité.
LE MARQUIS
Enfin, je ne vous ai pas tout dit.
BEATRIX
Eh ! mon Dieu ! qu’y a-t-il de plus'.’
LA MARQUISE, sc levant.
Parlez !
LE MARQUIS
Eh bien! c’est que... les Français...
Eh bien?
LE MARQUIS
Nous allons en avoir à loger !
LA MARQUISE
Ici?
LE MARQUIS
Ici !
LA MARQUISE
Et vous avez consenti?...
LE MARQUIS
Je vous trouve charmante, et le moyen de faire autrement?
LA MARQUISE, avec indignation.
Oh ! un régiment, sans doute?
LE marquis.
Non, deux...
LA MARQUISE, l'interrompant.
Deux régiments !
LE MARQUIS
.Mais non, deux Français...
BEATRIX
Des officiers, probablement...
Probablement... Du reste, la villa del Dongo étant assez loin de la ville, entourée de bois et parfaitement isolée, j’espère qu’elle inspirera peu de confiance à ces messieurs et qu’ils n’oseront pas s’y hasarder... et puis...
LA MARQUISE
Quoi ?
LE MARQUIS
Rien... une idée qui me vient...
BEATRIX
Et laquelle ?
LE MARQUIS
Si les Milanais voulaient faire ce qu’ont fait jadis les Siciliens...
LES VAINQUEURS DE LÜDI
BEATRIX
Des Vêpres Milanaises!
LE MARQUIS
J’ai déjà mes domestiques, mes paysaus...
BEATRIX, allant au clavecin.
Oh I mon oncle, ce n’est pas sérieusement que vous parlez...
(La marquise remonte.)
LE MARQUIS, à pari.
lit s’ils ne sont que deux...
BEATRIX
En somme, je crois que ce qu’il y a de mieux à faire pour le moment, c’est de porter dignement notre défaite, (riant) et de faire mettre quelques volailles à la broche I
(Elle prélude.)
LE MARQUIS
Pourquoi ne dites-vous pas tout de suite que vous êtes bien aise d’avoir du monde à dîner !
BEATRIX
Ah ! mon oncle !... C’est égal, quand je pense qu’il a fallu vaincre une armée, prendre trois ou quatre villes, conquérir une province... pour qu’il y ait deux couverts de plus à la villa del Dongo ! ah ! ah ! a"h !
(Elle rit.)
LA MARQUISE
Riez, ma chère, à votre aise... quant à moi, je vous déclare que je me retire chez moi, et que je n’en bouge plus...
LE MARQUIS, après avoir longuement ruminé on projet.
Oui, c’est cela !
Vous m’approuvez?
LE MARQUIS
Hein? quoi? Non ! je ne sais pas, je pensais...
BEATRIX
Ma tante veut s’enfermer dans sa chambre.
LE MARQUIS
(fardez- vous en bien!... Il importe à mes projets...
LA MARQUISE, avec dédain.
Vous avez donc des projets?
LE MARQUIS
Vous les connaîtrez quand il en sera temps, n montre Beatrix d’un air de défiance.) LaiSSCZ-moi faire. (Avec préoccupation.) H faut recevoir convenablement ces Français, s’ils se présentent. (A Réatrix.) Ce n’est pas leur faute à ces pauvres diables, n’est-ce pas?
fBéatrix s'est approchée, la marquise est remontée.)
BEATRIX
Pourquoi me dites-vous cela à moi... et avec un ton de garde-malade qui veut faire avaler une médecine à un eri-