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BRIZEUX ET MISTRAL

Le rapprochement de ces deux belles et sereines personnalités poétiques s'impose au lecteur attentif de leurs œuvres. Leur parenté d'âmes se révèle à chaque page. Versificateurs consommés et maîtres joaillers en poésie, Brizeux et Mistral ont tiré de leurs langues respectives des trésors de grâce et de sentiment. Les usages locaux, les traditions provinciales leur ont fourni des thèmes poétiques où la mise en oeuvre est à la hauteur de l'inspiration.

C'est là le propre des poètes de race. Qu'une petite pierre brute , offrant quelque particularité curieuse , leur tombe sous la main ; ils la polissent, la taillent en facettes et le caillou devient un diamant d'inestimable prix. Ainsi a fait Brizeux pour la Soupe blanche (1). Cette coutume rabelaisienne a inspiré au poète breton un hymne antique où circule un large souffle de spiritualisme chrétien.

(1^ On appelle ainsi, en Bretagne, la soupe au lait qu'on porte aux nouveaux mariés , la première nuit des noces. Nos Méridionaux la remplacent par la soupe à l'ail et à l'huile connue sous le nom d'eau bouillie.

Ainsi a fait Mistral pour la fameuse chanson de Magali, la plus brillante perle de son riche écrin poétique. Le sujet n'était point nouveau. La donnée de Magali existait dans les traditions méridionales ; mais le chantre de Mirèio l'a développée et ornée de telle sorte qu'il peut la revendiquer comme lui appartenant en propre. Cette aubade ou ce réveillez-vous d'amoureux se chantait au pavs de Talion, vers la fin de la Restauration, il y a près d'un demi-siècle. Les survivants de cette époque pourraient la retrouver dans leurs souvenirs avec son rhvthme étrange, son style baroque et le manque de logique de son développement.

Voici ce que la mémoire de l'autenr de ce recueil en a conservé :

— Bonjour, chère mionne, mon tendre cœur ! Je te donne cinq cents livres de mon argent S'il te plaît de me rendre le cœur content.

— Si tu me donnes cinq cents livres de ton argent, Je me mettrai la dame dans le couvent ;

Galant, tu n'auras pas contentement.

— Si tu te mets la dame dans le couvent, Je me mettrai en forme de moine blanc ; J'irai confesser la dame dans le couvent.

— Si tu te mets en forme de moine blanc, Je me mettrai la carpe dans le vivier ; Galant tu n'auras pas mes amitiés.

— Si tu te mets la carpe dans le vivier, Je me mettrai en forme de poissonnier ; J'irai prendre la carpe dans le vivier.

— Si tu te mets en forme de poissonnier, Je me mettrai la biche courant au bois ; Galant, tu ne m'auras pas cette fois.

— SI tu te mets la biche courant au bois, Je me mettrai en forme chasseur du roi ; J'irai prendre la biche courant au bois.

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