SOUVENIRS
« Pour mon compte je tiens qu'à l'équivoque il prête, Car tant que l'on fait l'ange on ne fait pas la bête. »
En face de la proposition de Pascal, ce dernier vers ressemble tout d'abord à une pétition de principe. Il en est autrement quand on y regarde de plus près. Pascal a dit que qui veut faire l'ange fait la bête, et non point que qui fait l'ange fait la bête. La différence est capitale. S'il est vrai que, de parti pris, l'homme ne peut s'abstraire de ses sens et revêtir la nature de l'ange, il est également vrai — l'expérience le démontre — que, sous l'empire d'un sentiment profond, il peut, par moments et pour un temps, se dégager à son insu des entraves de l'animalité, et se spiritualiser jusqu'à l'extase et jusqu'à l'oubli de toute sensation. N'est-ce point là l'image affaiblie, imparfaite, de cette béatitude que la philosophie spiritualiste, d'accord en ce point avec les livres saints, promet à l'homme affranchi des liens corporels, au sein d'une admiration extative, dans la contemplation du Vrai, du Bien et du Beau par essence, c'est-à-dire Dieu ?