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MARINE

Fac-similé d'une gravure de Baujein, d'après Willem Van de Velde le Jeune.

Willem et la conduite de sa femme devait provoquer maint scandale. Une fois, entre autres, le peintre — sans doute au retour d'une de ses expéditions maritimes — étant revenu assez inopinément, avait voulu rentrer de nuit dans son logis. La dame à ce moment se trouvait en compagnie de quelque galant ; elle laissa son époux frapper vainement à sa porte jusqu'à ce que, rebuté et confus, il se décidât à chercher un autre gite. Cette malencontreuse union ne devait pas durer bien longtemps et nous voyons, dans les Notes biographiques recueillies par M. de Vries ', que, i . Biogrjfische Anteekeningen, p. 89.

6o LES ARTISTES CELEBRES

le 23 décembre 1 656, Willem prenait pour seconde femme une jeune fille d'Amsterdam, Magdaleentje Walrafens, âgée de vingt et un ans, et que son père assistait comme témoin à ce nouveau mariage. Bien qu'il eût fait entrer son fils dans l'atelier de Vlieger, Willem le Vieux n'avait pas cessé de veiller sur lui et de s'intéresser à ses progrès, et c'est probablement de cette direction que le jeune artiste tenait la fidélité consciencieuse avec laquelle il reproduisait les bâtiments de toute sorte qui composaient la flotte hollandaise.

Il trouvait, d'ailleurs, chez ses compatriotes, des appréciateurs de son talent, et ce n'est pas seulement parmi les peintres qu'il les rencontrait ; mieux qu'eux encore les marins pouvaient attester, au point de vue de la vérité technique, la justesse parfaite de ses représentations. Amis de l'exactitude en toutes choses et familiers avec ce qui a trait à la mer, les Hollandais n'auraient pas admis d'erreur ou d'à peu près en pareille matière, et le savoir acquis par Willem lui permettait de satisfaire les plus exigeants. Dans un de ses premiers ouvrages, cette Marine du Musée de Cassel, datée de 1 653, que nous venons de mentionner, le peintre a su exprimer avec un rare bonheur l'impression de ce calme complet, qu'on a si rarement occasion d'observer sur les mers des contrées septentrionales. Des barques groupées avec art élèvent, dans l'air tranquille, leurs voiles qu'aucun souffle ne gonfle, et que l'eau immobile reflète avec une netteté absolue. La douceur du coloris, la tiède moiteur de l'atmosphère, le charme pénétrant de cette lumière douce et caressante, qui par des passages délicats amortit tous les contours, tout dans cette œuvre exquise témoigne d'une étude attentive et d'un amour intelligent de la nature.

C'est là, du reste, un des sujets qu'aflectionnait Van de Velde et que bien souvent il a reproduits avec un égal succès, notamment dans les Marines de la National Gallery mos 149 et 980), dans une autre Marine de la Pinacothèque de Munich (n° 61 3), dans Y Eau calme du Musée de La Haye (n° 168) et dans plusieurs tableaux du Ryksmuseum (nos 1509,

I 5 i3 et 1 5 16). Mais il n'excellait pas moins dans les aspects plus animés, dont la mer de Hollande offre plus fréquemment l'exemple. Nous possédons, au Louvre, un des meilleurs spécimens de ces Brises (n° 2600), qui sont tout aussi nombreuses dans l'œuvre du peintre. L'exécution précise, un peu froide, est d'une merveilleuse justesse.

II semble qu'on sente la fraîcheur et la pureté de cet air vif qui

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souffle librement à travers l'espace, penchant les barques sur la mer grisâtre, soulevant les flots en vagues courtes et pressées, chassant devant lui la troupe légère des nuages qui fuient ou se dissipent dans le pâle azur du ciel. Sans aucun subterfuge, sans aucun de ces repoussoirs commodes auxquels recourent trop souvent les pavsagistes, les distances se suivent des premiers plans jusqu'à l'horizon lointain, et dans leur gamme restreinte les colorations ondovantes et indéfinies sont d'une variété extrême. L'ensemble, il convient de le dire, n'a pas grand éclat et vous pourriez passer souvent à côté de cette petite toile sans songer à la regarder; mais elle retient ceux qui se sont arrêtés devant elle et leur donne la plus haute idée de ce lalcnt discret, ennemi de toute exagération, aussi accompli que modeste. Bien qu'il ait rarement peint des tempêtes, et que le caractère même de son tempérament posé et consciencieux paraisse moins fait pour ces sortes de sujets, il a parfois montré, en les traitant, des qualités pareilles d'observation et de vérité, par exemple dans le Gros Temps delà Pinacothèque de Munich (n° 912', et dans la Tempête de la National Gallery de Londres (n° i5o'.

Les commandes, on le comprend, affluaient chez Van de Velde. Outre ces aspects purement pittoresques de la mer qu'il avait à peindre pour des particuliers, il fut plus d'une fois aussi chargé de représenter quelques-uns des faits de guerre les plus glorieux de la marine hollandaise. Associé à la mission officielle que l'Amirauté avait confiée à son père, il put, en l'accompagnant sur mer, profiter des facilités qui lui étaient accordées pour ses études. Dans le tableau du premier des engagements de la Bataille de Quatre-Jours, que l'on voit au Ryksmuseum, on aperçoit, au premier plan, l'artiste monté sur un canot afin de suivre de plus près toutes les péripéties du combat. Gérard Brandt, dans une vie de l'amiral de Ruyter, rapporte que du 6 au i3 juin 1666, Willem le Jeune se tenait, comme son père, dans le voisinage de la flotte et qu'il se faisait conduire aux endroits d'où il pensait êire mieux posté pour prendre des croquis d'après nature. On raconte même, qu'afin d'étudier plus exactement les effets qu'il voulait rendre, de Ruyter, qui le tenait en haute estime, faisait quelquefois tirer exprès pour lui le canon du vaisseau amiral. C'est là, du moins, le sujet du Coup de canon de la collection Van der Hoop, dans lequel il a représenté, au milieu d'un calme plat, un grand vaisseau dont les voiles, éclairées en plein par le

soleil, se détachent éclatantes sur les fumées épaisses produites par les décharges de l'artillerie de ce bâtiment.

Après le départ de Willem le Vieux pour l'Angleterre, son fils était resté en relations suivies avec lui, et le roi Charles II, ayant vu quelquesunes des œuvres que le jeune peintre avait envoyées à son père, fut si

Réduction de la gravure de W. Baillie (1772), d'après le tableau de Willem Van de Velde le Jeune, de la Collection du comte de Bute.

frappé de leur mérite, qu'il voulut également l'attacher à son service. Par une ordonnance rendue à la date du 16 février 1 6 7 5 , il accorda aux deux artistes le même traitement annuel de 100 livres sterling. A partir de ce moment, Willem II résida en Angleterre où son succès à la coui" et auprès des membres de l'aristocratie alla toujours croissant. Ses œuvres très recherchées étaient payées un prix fort élevé et les châteaux de Saint-James et d'Hampton-Court, ainsi que les collections privées, en possèdent un grand nombre. Biirger n'en signale pas moins d"une

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