‹ Les variations du corps humain. Illustré de 104 figures dans le texteChapitre 14 sur 36 · VII. — Les variations buccales · texte numérisé non relu

VII. — Les variations buccales

La -bouche, première dilatation du tube digestif, avec ses lèvres, ses parois, ses organes et ses annexes, occupe tout l’étage inférieur de la face.

Bertillon a parfaitement fixé les différentes particularités morphologiques de l’ouverture buccale et nous avons déjà parlé de l’atrésie et de F augmentation de cette ouverture en rapport avec une anormale coalescence des bourgeons de la face.

Nous n’avons ici qu’à signaler, parmi les très nombreuses variations de cet appareil complexe, celles qui ont le plus d’intérêt. . >

a) Le maxillaire inférieur. — Le maxillaire inférieur peut faire défaut chez l’homme. C’est Yagnalhisme, variation incompatible avec la vie, et qui ne nous arrêtera pas.

L’os peut présenter des variations de volume importantes. Le volume réduit du maxillaire ou micro-

gnalhie donne à la face un aspect spécial en « visage d’oiseau » ; l’éminence mentonnière est effacée et le menton est fuyant ; le diamètre bigoniaque est rétréci^ les dents sont très obliques et projetées en avant.

La macro gnalhie est le développement excessif du maxillaire, dont la hauteur et l’épaisseur sont exagérées. Le diamètre bigoniaque est très augmenté et la face paraît très large. Il y a généralement un prognathisme accusé avec allongement et proéminence - des mâchoires. Le menton est saillant.

Le gonion, dans certains cas, présente une saillie en dehors par le grand développement que peut prendre I’àpophyse d’Albrecht. C’est la malformation , lémurienne caractérisée sur le vivant par l’anormale largeur- du maxillaire. Les muscles masseters qui s’insèrent sur le gonion et au-dessus, prennent une . épaisseur considérable et forment des reliefs de chaque côté de la face. Ordinairement, les glandes parotides et sous-maxillaires sont hypertrophiées, si bien que l’ensemble de ce complexe caractéristique donne au visage un aspect bestial.

b) Les fistules labiales. — Sur le bord libre, ou sur la face muqueuse de la lèvre inférieure, on peut voir parfois de petits pertuis donnant accès dans des conduits cylindriques enfoncés dans l’épaisseur de la lèvre et se terminant en cul-de-sac après un trajet de 1,5 à 2,5 centimètres: La paroi de ces canalicules a la structure du revêtement labial avec épithélium pavimenteux stratifié. Dans leur trajet peuvent s’ouvrir des glandes, ce qui fait que souvent on voit sourdre, à leur orifice, un liquide séreux. L’origine de ces conduits labiaux paraît être due à un trouble évolutif des bourgeons qui apparaissent sur le bord supérieur ou crânien de l’arc maxillaire aux dépens duquel se forme la lèvre inférieure. Si la prolifération

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de ces bourgeons devient exagérée, ils pourront se souder entre eux en formant un canal qui n’est autre que la fistule.

Généralement il existe deux canaux symétriquement situés. C’était le cas dans l’observation du D r Roy, présentée à la Société médicale de Tours, en 1920.

c) La voûte palatine. — La forme du palais est souvent examinée en médecine infantile parce qu’on a voulu y trouver des symptômes pathologiques. Le palais osseux a la forme générale d’une voûte régulièrement concave dans ses diamètres antéro-postérieur et transverse. Il est fréquent de la voir prendre une forme ogivale ; il est alors plus profond. La forme du palais est déterminée d’une part par l’état de l’arc dentaire du maxillaire supérieur et d’autre part, par l’état physiologique de l’appareil respiratoire nasal. Aux maxillaires étroits correspondent dés voûtes palatines étroites, profondes, en ogive. L’atrésie des narines s’accompagne aussi de voûte palatine ogivale. Enfin la forme générale de la face influe sur l’état du palais. Les faces larges ont des palais régulièrement concaves, les faces minces, des palais en ogive. Mais, il serait peu scientifique de considérer le palais ogival comme étant la conséquence d’une dystrophie hérédo-tuberçuîeuse, ou hérédo-syphilitique. Prenant la cause pour l’effet, certains auteurs ont prétendu que la forme ogivale du palais était la conséquence de l’hypertrophie amygdalienne-chez l’enfant; ce qui est vrai, c’est que le palais rétréci qui s’accompagne souvent d’atrésie des fosses nasales favorise la production excessive du tissu lymphoïde bucco-pharyngo-nasal.

d) La langue. — La langue, cet organe à fonctions si complexes, a d’étranges variations qui n’ont pas fait l’objet d’études approfondies.

Certaines personnes ont une langue très réduite, qui est loin de remplir tout l’espace intermaxillaire. Ce ne sont pas, hélas, les moins bavardes.

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D’autres, au contraire, ont une langue énorme. C’est la macroglossie, disposition très gênante et qui oblige à garder la bouche ouverte, la pointe de l’organe passant entre les arcades dentaires : la déglutition, la parole, le sens du goût sont entravés.

Le frein lingual, suivant qu’il est long ou court, détermine des variations de mobilité. Une tradition populaire veut que la rétraction du frein soit un obstacle à l’enfant pour téter sa mère, et plus tard, un empêchement à bien parler. De là ce dicton :

« Celle qui lui a coupé le lignou «. N’a pas volé ses six sous. »

Le lignou est l’appellation vulgaire du' filet ou frein lingual. On a vu des personnes avoir une langue si mobile qu’elles pouvaient la faire passer en arrière du voile jusqu’au niveau des choannes.

Mais la forme même de la langue est sujette à de grandes difîérencés morphologiques. Son extrémité peut être pointue ; elle est le plus souvent ogivale ou en arc roman ; parfois elle est large et a son bord antérieur rectiligne avec des angles arrondis. Quelquefois, ce bord antérieur est concave, avec des parties latérales formant saillie en avant. Cette concavité peut s’exagérer à des degrés divers représentés sur la figure 11, et au stade le plus accusé on a une langue bifide qui ressemble — de loin —- à celle d’un phoque ou d’un saurien.

Les plis et les sillons de la langue. — La langue, sur sa face dorsale, présente souvent des sillons ou des plis, dont nous avons fixé les caractères.

Il faut remarquer que l’enfant naît avec une langue absolument lisse, et • cet état se continue jusqu’à l’âge adulte. A partir de la trentaine, généralement, on voit apparaître des rides d’abord sur

Taxe médian de l’organe, puis sur toute la surface, sauf sur les bords, et ces rides augmentent de nombre, d’amplitude, de largeur et de longueur au fur et à mesure que le sujet avance en âge. Le vieillard a presque toujours une langue ridée. C’est ce que nous avons appelé les plis physiologiques de la langue. M. Brocq a voulu donner à ces plis ou rides qui se caractérisent par une extrême irrégularité et par

Fig. 12 et 13. — Rides physiologiques de la langue chez les sujets âgés.

beaucoup de superficialité, le nom de sillons de Dubreuil-Chambardel.

Mais parfois, rarement, la langue de l’enfant peut être échancrée et sillonnée dès la naissance. Ce sont des échancrures profondes situées surtout sur le bord de la langue et par extension, sur la face dorsale. Ces sillons sont assez souvent symétriques, réguliers, et gardent la même topographie pendant toute l’existence^ Ils sont héréditaires et nous avons observé leur transmission à plusieurs générations dans nombre de familles. C’est ce que nous avons appelé les sillons

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anatomiques de la langue ; ils constituent ce qu’on nomme la langue scrotale.

langue scrotale, avec ses sillons, fait partie syndrome dont les autres caractères constants sont l’augmentation de largeur du maxillaire inférieur, l’hypertrophie très nette du système des glandes t la bonne conservation du

de la langue.

^système dentaire. La langue scrotale est large et humide ; la langue ridée physiologique du vieillard est étroite et sèche.

Enfin nous signalerons les plis ou rides ou sillons pathologiques de la langue, qui accompagnent certaines lésions tuberculeuses ou syphilitiques ou lépreuses de l’organe. Leur diagnostic est facile. M. Brocq a signalé un processus morbide caractérisé par de l’hyperplasie des. couches superficielles et

surtout de la couche papillaire de la langue avec production de sillons assez profonds, le tout donnant à cette face dorsale un aspect cérébriforme.

e) Les parotides. — Les glandes parotides peuvent avoir, dès les premières années, un développement exagéré, sans qu’on puisse attribuer à cette variation une origine pathologique. Cette hypertrophie salivaire fait que, les deux glandes parotides forment de chaque côté de la face de-fortes saillies rénitentes, visibles à distance. Nous avons, en 1908, publié quelques, cas, de ce genre et montré que la variation glandulaire, souvent associée à des variations semblables des autres glandes salivaires, s’accompagne ordinairement de cette curieuse disposition plicaturée de la langue que nous venons d’étudier sous le nom de langue scrotale.

Il faut distinguer ce syndrome congénital purement anatomique, du syndrome pathologique de la maladie de Mickulicz, caractérisée par une tuméfaction acquise du système lacrymo-salivaire.

L’absence totale ou partielle de la parotide, d’origine congénitale, celle plus fréquente de la glande sous-maxillaire, modifient les reliefs de la face. Elles s’accompagnent de troubles physiologiques asialiques, qu’il faut distinguer de l’asialie des vieillards due à l’atrophie des glandes, ainsi que nous l’avons fait voir après Zagari.

f) Les dents. — Les dents présentent des variations nombreuses et importantes qui entraînent des malformations des maxillaires modifiant considérablement la physionomie.

Absence de toutes les dents. — Fox et Sabathier ont cité des exemples d’absence de toutes les dents et par conséquent des alvéoles des maxillaires. Gue-

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ricke et Thurnam ont remarqué chez certaines familles la transmission héréditaire de cette disposition coïncidant avec une alopécie congénitale. «Ces malformations simultanées du système dentaire et du système pileux, dit Le Double, trouvent leur justification dans cette loi : quand on observe plusieurs anomalies chez un même individu, ces anomalies portent d’ordinaire sur les organes qui ont la même origine embryologique et dont le développement est synchrone. »

Variations par défaut. — L’enfant comme l’adulte peuvent n’avoir pas le nombre normal de dents r 24 pour l’un, 32 pour l’autre. Il n’est auc.une dent, dit Le Double, dont le défaut de présence, soit isolé-, ment, soit conjointement, avec celui d’une ou d’un certain nombre d’autres, n’ait été observé.

Les dents les plus souvent absentes sont la troisième molaire, ensuite les incisives latérales, enfin les pre- ' 'mières bicuspides. Les variations seraient plus fréquentes à gauche. >

Le manque des incisives latérales supérieures est le plus souvent bilatéral. C’est généralement une disposition familiale et héréditaire. A Tours, le C* B. présentait cette variation qui se retrouvait chez ses deux fils grands et athlétiquement constitués et sur les deux enfants du cadet.

Cependant, Cadenat, en 1921,'cédant au goût du jour, a fait de cette agénésie des incisives latérales supérieures un des principaux stigmates hérédosyphilitiques. Rien ne nous permet d’accepter cette façon de voir. Il en est de cela comme de beaucoup d’autres dispositions morphologiques s’écartant du type le plus habituel, sans qu’on puisse incriminer un processus pathologique.

Parmi ces prétendus stigmates hérédo-syphilitiques Gaucher signale le diastème incisif médian. A l’état

habituel, les deux incisives médianes se touchent , par leur bord, mais chez quelques sujets, elles peuvent être séparées par un espace plus ou moins grand. C’est une disposition familiale et héréditaire qui n’a aucun caractère morbide.

Mantegazza a noté l’absence des dents de sagesse au maxillaire supérieur sur 21,93 % des crânes qu’il a examinés et au maxillaire inférieur sur 28,34 %. Il concluait aussi que cette molaire fait plus fréquemment défaut dans les races modernes que dans les races anciennes et ce serait là la conséquence de notre genre actuel d’alimentation. On constate souvent la transmission héréditaire de cette agénésie, soit qu’elle n’existe, qu’à une mâchoire, soit qu’on la rencontre aux deux maxillaires. Dans la race romagnole, brachycéphale très accusée, le défaut de présence de la troisième molaire est la règle.

Darwin n’a donc pas tort de prétendre que les troisièmes molaires sont en voie de disparaître et que l’homme futur n’aura que 28 dents. Déjà ce£ dents çnt bien de la peine à paraître, leur date d’apparition est très variable, leur volume est très différent, souvent elles poussent mal, sont .cause de graves complications pathologiques ét sont les premières à se carier. *

Variations par excès. — L’existence de dents supplémentaires est fréquente. Ces surdents sont tantôt dans le rang des dents normales, tantôt en avant ou en arrière.

. On voit assez souvent, environ deux fois sur cent crânes de Néo-Calédoniens et de Tasmaniens, une formule dentaire de 36 dents par suite de la présence d’une quatrième molaire régulièrement placée en •arrière de la troisième.

Ce sont les incisive^ qui sont le plus souvent mul- ^ tiples et on a compté jusqu’à cinq dents supplémén-

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taires sur un hémi-maxillaire. Les canines, par contre, sont d’une fixité absolue. Les molaires et les prémolaires sont rarement en surnombre. Tous ces types de variation sont héréditaires.

On a vu des sujets ayant une double rangée de dents : l’une normale, l’autre en arrière avec un nombre réduit d’éléments.

Beaucoup de dents en surnombre sont hétéroto-* piques avec une forme régulière ou une forme équivoque. On en voit en dedans ou en dehors des arcs dentaires, sur le bord inférieur du maxillaire, sur le gonion, sur la branche montante, ou encore sur le palais, dans le sinus maxillaire, dans la paroi nasale, sur le plancher de l’orbite. De Lapersonne vient de

Fig. 16. — Deux observations de gémination, dentaire {Dubreuii- Chambardel) ; à gauche, gémination de 2 incisives -latérales et.füsiôn avec L’incisive médiane ; à droite, incisive latérale géminée.

signaler un cas de ce dernier mode. Parfois ces dents hétérotopiques peuvent être multiples. '

Une fausse augmentation du nombre des f dents consiste dans la persistance d’une ou de plusieurs dents de lait pendant toute la vie, la dentition permanente étant normale.

La gémination dentaire est une variation par excès assez rare, que nous avons étudiée en 1910, avec A. Herpin. On doit distinguer la fausse gémination qui est la réunion et la fusion de deux dents voisines, . soit sur toute leur hauteur, soit par leursj-acines seu-

lement ; et la vraie gémination qui consiste dans le dédoublement d’un germe dentaire produisant ainsi deux dents qui restent fusionnées plus ou moins intimement. Nous en avons recueilli quelques observations personnelles :

1 o Chez un garçon de 7 ans présentant la soudure de deux incisives supérieures droites avec une incisive supplémentaire ;

2° Chez une fillette de 7 ans présentant, la soudure de l’incisive latérale gauche, avec une dent supplémentaire ;

3° Chez un garçon de 6 ans présentant en haut et à gauche la soudure de la canine, d’une incisive supplémentaire et de l’incisive latérale.

Chompret a communiqué à Le Double le cas d’un garçon de 14 ans présentant deux incisives latérales droites soudées.

Pietkiewitz nous a rapporté deux cas où les deux dentitions furent successivement intéressées : les incisives supérieures géminées furent remplacées par des dents définitives présentant la même disposition.

Signalons rapidement les dents naines et les dents géantes. Le microdontisme consiste dans la petitesse des dents dont la forme devient équivoque et qui sont séparées de leurs voisines par des diastèmes larges ; c’est une tare pathologique. Le macrodontisme est au contraire l’augmentation considérable de certaines dents, surtout des canines et des incisives, qui parfois font saillie en dehors. On connaît des familles « aux longues dents ».

Tubercule de Carabélli. — On a fait grand bruit au sujet des tubercules de Carabélli. A la face interne de la première molaire permanente supérieure et plus rarement aux dents suivantes 1 , se voit parfois une petite saillie, un tubercule mammillaire, un crochet ou ergot, formant un cuspide supplémentaire. Cer-

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tains auteurs, avec Sabouraud, Fournier, ont voulu voir là un signe caractéristique d’hérédo-syphilis et malheureusement,cette vue superficielle a été accueillie avec faveur. Le P r Jeanselme s’est élevé contre cette manière de juger cette disposition anatomique.

Pour notre part, nous avons observé le tubercule de Carabelli chez des sujets généralement de belle stature et d’excellente santé, chez lesquels l’examen du sang ne permettait pas de songer à une syphilis héréditaire. Nous l’avons vu plusieurs fois avec un caractère héréditaire très marqué, et cette transjnission serait même habituelle.

On a voulu aussi attribuer à la syphilis héréditaire certaines dystrophies des dents de première ou de seconde dentition : celles présentant des érosions en sillon, en gradips, en cupule, en nappe, des stries, des échancrures, telle celle semi-lunaire, dite d’Hutchinson, les dents torses, laminées, en tournevis, l’atrophie cuspidienne, le microdontisme, etc. Toutes ces dystrophies dentaires ne peuvent pas être considérées comme des signes exclusifs de syphilis. Toutes les maladies qui atteignent le fœtus ou le jeune enfant pendant l’évolution des dents, et avant la sortie de celles-ci, peuvent marquer leur empreinte par ces caractères morphologiques morbides dont la. cause pathologique est diverse.

Les variations cT évolution des dents sont particulièrement intéressantes.

On a signalé parfois la présence de dents dès la naissance. Le professeur Le Double en cite deux cas. Pour notre part, nous avons vu, à Tours, une fillette qui avait, à sa naissance, quatre incisives médianes et qui présentait, en même temps, une exagération de longueur des cheveux. Ces dents précoces demeurèrent jusqu’à l’âge de six ans.

Il n’en est pas toujours ainsi. Les dents précoces

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