LES PH AN ÈRES
Les variations des ongles sont assez rares. Chamaillard a étudié Y Anonychie, c’est-à-dire l’absence de ces phanères à un seul doigt ou à tous les doigts. Ces doigts sans ongle sont légèrement élargis, leur extrémité est renflée en baguette de tambour ; leur physiologie n’est pas modifiée et les individus ainsi privés se servent de leurs mains avec aisance et adresse. Most a vu cette disposition se transmettre dans une famille pendant trois générations. C’est là le résultat d’un trouble dans la formation des ongles survenant vers le 3 e ou 4 e mois de la vie embryonnaire.
Dubreuilh et Jabard ont, en 1920, signalé l’hérédité d’ongles bombés et creux en dedans.
L ’Onychogryphose est une augmentation de l’ongle en épaisseur avec accroissement démesuré ; ses bords se rapprochent, sa largeur est diminuée, la face inférieure est creusée en gouttière, la face supérieure convexe est striée transversalement. Balzer a bien étudié ces hypertrophies onguéales, dont Pirès de Lima vient de publier un bien curieux exemple. Il s’agit d’une vieille femme qui, à tous ses orteils, avait des ongles exagérément longs, déviés en valgus, aux hallux, en varus aux autres orteils et atteignant
respectivement les longueurs suivantes : 25, 35, 50, 20 et 10 millimètres au pied droit, et 40, 10, 35, 40 et 8 millimètres au pied gauche.
Les Jaunes ont des ongles plus ou moins épais et durs. Chez certains peuples et en particulier en Chine et en Annam, l’habitude était de porter ces ongles très longs à la main gauche. Ceux-ci pouvaient atteindre une longueur de dix et même de vingt centimètres, tantôt rectilignes, tantôt enroulés en spirale. Holbé constate que cet usage tend à disparaître de plus en plus, « cette habitude tyrannique, fille de la vanité, qui limitait considérablement l’usage d’une main n’était et ne pouvait du reste être suivie que par les gens de qualité possédant un nombreux personnel domestiqué ».
Les Cornes. — La présence de productions cornées sur le tégument cutané a été connue très anciennement. Les faunes et le dieu Pan étaient représentés avec des cornes frontales. Michel-Ange a donné des cornes à son Moïse pour symboliser la sagesse et la force.
Ces excroissances peuvent être congénitales, mais on les trouve de préférence sur des sujets déjà âgés, aux points où le tégument est soumis à des irritations continuelles. Dans la moitié des cas elles sont situées à la tête ; dans un tiers des cas, aux membres ; quelquefois, au tronc ; exceptionnellement au voisinage des organes génitaux, grandes lèvres et pénis.
Leur forme est ordinairement conique ; tantôt droite, tantôt spiralée. Quelquefois elles se bifurquent.
Il peut n’exister qu’une corne sur le corps ; mais il est des cas où il y en avait plusieurs ; elles peuvent alors être symétriquement placées au front, aux cuisses, aux jambes.
Kaposi, d’après Branca, a montré qu’elles étaient constituées par un axe de papilles hypertrophiées, à vaisseaux dilatés, autour duquel est une enveloppe constituée par un épiderme stratifié malpighien.
Au xvm e siècle, la famille Lambert fournit plusieurs générations a d’hommes porc-épic », avec productions cornées disséminées sur tout le corps. Il
Fig. 104. — Corne cutanée (Obs. de Amancio Leâo).
existait, en 1904, dans le service des vieillards de l’Hospice général de Tours, une femme dont le front s’ornait de deux cornes spiralées symétriquement placées, l’une de 30, l’autre de 37 millimètres.
Amancio Ferreira Leâo de Moura, dans sa thèse de Porto, a relaté plusieurs cas portugais de cornes digitales, nasales, préputiales, et spécialement celui d’une corne frontale en début de spirale, dont la face
c onvexe avait un développement de 131 millimètres, a vec une largeur de 33 millimètres et un poids de 29 grammes (fîg. 104).
L’ichtyose est, suivant Gaucher, une difformité cutanée, congénitale, caractérisée par un trouble de kératinisation de l’épiderme qui produit une desquamation incessante et donne aux téguments l’aspect de la peau des poissons.
Assez discrète à la naissance, elle devient apparente et s’aggrave dès les premiers mois. Elle constitue une dystrophie essentiellement héréditaire.
La peau des ichtyosiques est sèche ; elle est couverte de lamelles épidermiques desquamées, adhérentes par un point limité de leurs bords ou par toute l’étendue de leur face profonde ; quelquefois ces lamelles paraissent imbriquées. L’épiderme est comme craquelé.
On distingue avec Gaucher diverses variétés.
L’ichtyose nacrée, la plus commune, est caractérisée par des écailles assez minces, nacrées, brillantes, tantôt blanches (ichtyosis alba), tantôt grises sales ou brunes (ichtyosis nigricans). L’ichtyose- cornée présente des squames à saillies pleines, coniques, dures et assez volumineuses. Dans l’ichtyose hystrique on a des saillies plus volumineuses encore, de véritables épines, qu’on a comparées à celles du porcépic ; la peau est dure et épaisse.