‹ Les variations du corps humain. Illustré de 104 figures dans le texteChapitre 27 sur 36 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Le tégument peut présenter des variations très nombreuses et toutes d’un intérêt considérablé. Ce sont d’ailleurs des dispositions généralement apparentes et qui ont de tout temps excité la curiosité des foules. Nous étudierons ici :

I. — Les variations de la pigmentation de la peau : les Dyschromies.

IL —- Les variations du système pileux : les Dystrichoses.

III. — Certaines variations des phanères onguéales et de la peau.

[les dyschromies ,

Les dyschromies. — Ce sont les variations par disparition ou par exagération du pigment de la peau. Il faut distinguer les dyschromies congénitales, les seules que nous étudierons ici, d’avec les dyschromies acquises, celles-ci étant d’ordre pathologique et pou-

vaut survenir à l’occasion de nombre d’états maladifs.

Achromie. — C’est l’absence du pigment cutané sur une étendue plus ou moins grande du corps.

. On nomme, ordinairement cette variation albinisme. Or le pigment existant de façon normale dans les poils, dans la peau, dans la choroïde et l’iris,, l’albinisme est constitué par la décoloration de ces trois parties.

Le pigment n’apparaît dans la couche de Malpighi qu’à la fin du troisième mois de la vie embryonnaire ; l’albinisme cutané date donc de cette période et les cellules de la choroïde se remplissant de pigment vers la même époque, il s’ensuit que la choroïde se trouve chez les albinos décolorée comme la peau et . pour la même cause.

. Toutes les races présentent des cas d’albinisme. C’est ainsi que les sultans de Java, que le roi des Manbouttous, sur le Bahr-el-Ghazel, que le grand Montezuma s’entouraient de serviteurs albinos. A Ceylan, on nomme c.es albinos, des Bedas, à Java, des Chacrelas.

Mais c’est dans la population noire que l’albinisme a été le plus'étudié, par suite des contrastes de couleur très apparents sur la peau. Serpa Pinto en a vu de nombreux exemples au centre de l’Afrique. Au Congo, on nomme les albinos Dandos ; ils formeraient des groupes importants au Gabon. Chez les noirs d’Amérique, l’albinisme serait plus fréquent encore.

L’albinos conserve ses caractères ethniques.

L’albinismeestrarement complet et certaines parties du corps conservent leur couleur naturelle. Le corps peut être partagé en grands placards noirs ou blancs qui s’intriquent comme les pièces d’un jeu de patience ; ou bien il existe, sur un fond noir, de nom-

breuses petites taches blanches, ou des taches noires sur un fond blanc ; telle était une négresse que nous avons pu examiner. Dans tous les cas, les taches ne sont pas souvent symétriques.

R. Blanchard a publié plusieurs observations de nègres pies, entre autres celle représentée sur un tableau de J. M. de Rochas, peint à Lisbonne en 1786, et celle de George Alexandre, qui défraya la curiosité anglaise au début du xix e siècle (fig. 83).

Vincent, en publiant le cas d’un ménage noir qui eut 4 albinos sur 10 enfants, â montré que la variation était familiale et héréditaire.

On a signalé en particulier une famille de la Louisiane. Une négresse pie, fille de parents l’un et l’autre normaux, épousa, en 1868, un nègre exempt de toute trace d’albinisme.. Quinze enfants naquirent de cette union : sept exempts de tout vice de coloration, huit présentant des taches blanches. Trois des enfants normaux, jmariés à des sujets noirs non albinos, ont des enfants normaux. Trois des enfants albinos, mariés à des sujets noirs normaux, ont neuf enfants dont sept ont une achromie très nette de plusieurs parties du corps.

L’albinisme peut être localisé aux yeux et aux poils sans intéresser la peau. Tous les albinos ont l’iris rouge. Cette couleur s’explique par ce fait que l’iris n’étant pas doublé de pigment, laisse apercevoir les vaisseaux sanguins par transparence. D’autre part, le pigment ne formant pas écran, les albinos supportent mal la lumière et voient de préférence la nuit. Crevaux signale chez les Roucayennes de la Guyane des tribus albinos qui ne chassent que la nuit et dorment pendant le jour.

Le vitiligo est un trouble de la pigmentation cutanée, caractérisé par l’existence d’îlots plus ou moins

décolorés, de plus ou moins grande étendue, et généralement entourés d’une zone hyperpigmentée. Les organes génitaux, le pénis, les grandes lèvres, les régions para-génitales sont assez souvent le siège de ces îlots dépigmentés, et lorsqu’il y a sur. le corps divers îlots, il en est presque toujours un qui occupe un siège génital. L’étiologie de cette dyschromie est discutée ; il n’est pas douteux qu’elle est souvent congénitale, mais dans la majorité des cas, elle peut être acquise et survenir après un traumatisme de la peau. On a voulu l’expliquer par un trouble d’origine nerveuse.

A noter que les poils qui poussent sur une zone décolorée sont aussi achromiques.

On a cité des familles où plusieurs membres étaient couverts de placards de vitiligo, et l’hérédité de cette disposition a été notée plusieurs fois.

Hyperchromie. — La forme la plus habituelle de l’exagération de coloration cutanée, par une production anormale du pigment est le nœvus pigmentaire. C’est une altération congénitale de la peau, par une formation inusitée de pigment ; ellé est permanente et limitée à une partie du corps.

Les taches pigmentaires sont très fréquentes. Leurs dimensions varient depuis celle d’un grain de mil, formant ce qu’on appelle le grain de beauté, jusqu’à ces larges plaques irrégulières qui peuvent occuper le quart ou le tiers de la surface cutanée et qui constitue la négritie. En 1912, nous vîmes, à Tours, un enfant de trois ans présentant un nœvus occupant tout le pourtour de la région lombo-abdominale, les fesses et le tiers supérieur des deux cuisses, formant comme un caleçon de bain. Gaucher a publié quelques photographies de cas de négritie, dans son Traité des maladies de la peau.

Le nœvus peut être glabre ou poileux. Dans ce dernier cas, les poils sont lisses, très fins, soyeux, brillants et serrés, formant une velure douce au toucher.

Il peut exister des hétérotopies pileuses. Par exemple, un nœvus restera glabre dans une région normalement couverte de poils, comme au menton ou au pubis, ou au contraire se couvrir de poils dans une région qui en est ordinairement dépourvue, tel ce jeune homme que nous voyons et qui présente un nœvus pileux au niveau de la région soùs-orbitaire pré-nasale.

La couleur des nœvi varie du noir de jais au brun et au café au lait.

Le danger de ces taches consiste dans leur tendance à devenir le siège de tumeurs épithéliales graves, comme l’a constaté, en 1892, Renoul, confirmant ainsi, la loi de Le Double.

La présence des points ou taches mélanodermiqnes a longtemps excité la curiosité. Cardan, médecin milanais du xvi e siècle, a composé le Traité de la métoposcopie, dont le 13 e livre traite des « seings ou marques naturelles du visage ». Il a été traduit en 1658, par le sieur de Laurendière, en même temps que le Traité des marques naturelles du corps, de Melampus, médecin grec du I er siècle après J.-C. Ces deux auteurs pensaient que la présence de ces nœvi, suivant la place qu’ils occupent sur le corps, pouvait être un moyen de « divination » pour connaître les qualités morales et l’avenir des individus. C’est ainsi que « si le seing est sur le cœur, l’homme sera très meschant », et s’il « est aux parties naturelles, il engendrera des enfants masles ». « Lorsque l’homme ou la femme sont marqués en la partie gauche du

nez, vers le haut, ils seront enclins à des vices honteux. »

La tache pigmentée sacrée. — Les races jaunes, et les Mongols en particulier, présentent, de façon, presque constante, à la région sacro-lombaire, une tache pigmentée de couleur bleuâtre, qui, chez elles, constitue un véritable caractère ethnique. On a pour cela nommé' cette tache': tache mongolique.

-Elle tire son origine de l’apparition dans le derme de cellules très ramifiées anastomosées entre elles par des prolongements et fortement chargées de pigment brun. Ces cellules déterminent par l’abandon de leur pigment aux cellules basilaires de l’épiderme, une pigmentation plus intense de celles-ci

Elle est apparente dès la naissance, mais décroît d’intensité dès. les premières années pour disparaître chez l’adulte.

Elle serait, d’après Rivet, extrêmement fréquente chez les Indiens de l’Amérique du Sud, prenant, chez eux, une teinte verdâtre. En Equateur, où les blancs tiennent tant à la pureté de race, la présence de cette taché est considérée comme une preuve indéniable de métissage ; on l’appelle, en langage familier, « l’émeraude de famille » et cela constitue une injure sanglante. Eyzaguirre a vu souvent cette tache au Pérou.

Les races noires ont aussi ce signe sacré. Clémente Ferreira Ta signalé chez les nègres acclimatés au Brésil et Noël l’a remarqué chez nombre de noirs de l’Afrique équatoriale.

Les races blanches sont, par contre, moins sujettes à présenter cétte variation. Watefï ne l’a trouvée, en Bulgarie, aussi bien chez des enfants bulgares, juifs ou bohémiens, que dans la proportion de 20 sur 3.500 sujets examinés. A Prague, Epstein ne Ta vue

que 25 fois sur 50.000 à 60.000 enfants. Deniker considère que la fréquence de la tache pigmentaire en Europe est de 0,50 %.. Cependant, à Tours, nous l’avons retrouvée six fois sur un total d’environ 300 enfants de moins d’un an. Da Costa Ferreira, et plus récemment Hernani Monteiro ont publié quelques cas portugais.

La tache pigmentaire est localisée dans la région sacro-lombaire, soit au'niveau de l’épine de la 5 e vertèbre sacrée, soit à celui du coccyx, soit latéralement à droite ou à gauche de l’arête sacrée, soit, et c’est le siège de-prédilection, dans le sillon interfessier. Plus rarement, on l’a remarquée sur la face postérieure du tronc, à l’épaule ou au cou ou sur la cuisse. Elle est ordinairement unique. Mais quelquefois on en. trouve plusieurs sur un même sujet. Elle est ronde ou carrée ou ovale, mais dépasse rarement quelques centimètres. Sa couleur est bleu clair ou foncé ou verdâtre, ou ardoisée ou violette, parfois brune. Elle ne présente aucune pilosité particulière, reste ordinairement glabre, et ne forme pas une élevure au-dessus du niveau de la peau avoisinante.

LES DYSTRICHOSES

On a, de tout temps, observé avec curiosité les sujets présentant un développement exagéré du système pileux et on leur a attribué des qualités exceptionnelles de vigueur physique ou des propriétés génésiques rares. Aussi bien, beaucoup de divinités du paganisme étaient représentées avec ces attributs de force : Vulcain, tout couvert d’une épaisse toison, les silènes et les satyres munis d’une longue queue lombaire, les gorgones avec une chevelure

abondante, Pan avec une barbe de bouc ; Aphrodite elle-même, la déesse de la beauté, est quelquefois figurée avec une barbe, tandis que l’Hercule cypriote a le corps entièrement velu.

Notre regretté maître Le Double, avec son élève Fr. Houssay, ont consacré à l’étude de ces variations un curieux volume, Les velus , auquel nous empruntons la plupart des renseignements qui vont suivre.

Uatrichose est l’absence de poils. Les glabres sont des exceptions de par le monde. Il existait naguère, à Saumur, dans la rue Molière, une femme d’une singulière régularité de traits, qui était remarquable par l’absence sur le corps de tout'élément pileux. L’alopécie localisée du crâne est plus fréquente ; on en a produit de nombreux exemples familiaux et héréditaires dans des racés différentes ; elle coïncide parfois avec l’absence des dents. Nous donnons diaprés Le Double et Houssay les portraits de Aidanill et de sa sœur Dewan appartenant à une famille atrichosique du Quensland (fig. 84 et 85). De. même, l’atrichose sourcilière. L’absence des poils sexuels de la face, des aisselles et du pubis, dans l’un et l’autre sexe chez l’adulte, est un symptôme d’infantilisme dû à l’agénésie des glandes génitales.

Uhypertrichose, due à l’excès de développement du système pileux, est autrement répandue. Nous ne parlerons pas ici des poussées de poils généralisées ou localisées qui surviennent après une dermatose, ou à la suite d’affections aiguës, ou encore après un choc nerveux, car ce sont des phénomènes purement pathologiques.

Nous devons signaler cependant l’hirsutisme localisé ou généralisé qui se manifeste à tous les âges, à l’occasion de troubles de la glande surrénale.

Apert, qui a été le premier à signaler ce symptôme* en a réuni de nombreux exemples très démonstratifs.

Il faut bien distinguer ces hypertrichoses morbides, ‘ d’avec celles que nous allons étudier maintenant et/ qui sont l’exagération d’un état régulier.

Il nous faut considérer d’abord les hypertrichoses locales, nous parlerons ensuite des hypertrichoses généralisées.

L’hypertrichose locale .consiste soit dans le développement exagéré des poils là où il en existe normalement, tels qu’au crâne, au menton et au pubis* soit au contraire dans l’apparition de poils là où il n’en existe pas normalement, tels qu’au dos, aux oreilles, au nez.

Les longues cheuelures. — Les longues chevelures font l’attrait de la beauté féminine.

En 1878, le professeur Wilson, de Londres, vit une jolie femme de 38 ans, dont lès cheveux blonds d’or* qui permettaient de la. recouvrir complètement comme d’un voile, mesuraient 2 mètres 24 et se terminaient en traînant sur le sol.

On prétend que Sainte Madeleine, dans le temps de sa pénitence, était couverte par sa seule chevelure* et c’est ainsi que certains artistes se sont plu à la représenter. Sainte Marie l’Egyptienne, dont une curieuse statue se trouve à Saint-Nicolas de Blois, était considérée comme la patronne de la confrérie dés marchands drapiers, parce que la légende rapportait (Telle que ses longs cheveux, qui tombaient jusqu’à terre, lui formaient un véritable manteau pendant sa pénitence au désert. On connaît le miracle de Sainte Agnès qui, pour cacher.sa nudité aux regards lubriques de ses gardiens, vit sa chevelure croître et la recouvrir entièrement.

Les longues chevelures sont plus rares chez l’hom- Double cite le cas d’un bonze d’un temple du Hammam, haut de 1 m. 27, qui possédait

chevelure avec hypertrichose thoracique- Double et Houssay).

de 2 m. 40. Katharius Homar, de Wodic, en Autriche, avait, à 35 ans, des cheveux longs’ de 2 m. 53.

Fig. 87. — Longue barbe tressée chez un Indien (Le Double et Houssav).

gieuses un usage de garder la barbe longue. Les monuments assyriens nous font connaître des membres d’une aristocratie militaire et. les souverains

L’hagiographie rapporte le cas de Saint Onuphre, solitaire de la Thébaïde, originaire d’Abyssinie, lequel, dans sa retraite, n’avait d’autre vêtement que sa longue chevelure serrée autour des reins par une ceinture de feuillage.

Les longues barbes. — Ce peut être dans certaines castes aristocratiques ou dans des. confréries reli-

eux-mêmes se distinguer par le luxe de leurs chevelures et de leurs barbes. Des moines orientaux portent traditionnellement des barbes qu’ils ne coupent jamais et qui parfois descendent jusque sur l’abdomen. Mais, dans ces cas, la barbe laissée à elle-même

Fig. 88. — Longue barbe dé Coulon (Le Double et Houssay).

ne prend cependant pas des dimensions exceptionnelles.

En réalité, le développement exagéré des poils du menton chez l’homme ne prend qu’assez rarement des proportions étonnantes La barbe de José

Ronchetti, d’Ormavassa, près de N ovare, en Italie, avait une longueur de 1 m. 60 ; celle d’Alfred Naigeon, que nous vîmes en 1917 à Nancy, avait 1 m. 70. Ce sont cependant des tailles minimes, si nous les comparons à la barbe du menuisier de Nonnemberg, sur leJFlhin, qui atteignait 2 mètres, à celle d’Adam

Fig. 89. — Femme à barbe de Poitiers (Le Double et HoussayJ.

Kerpfer, qui mesurait 2 m. 86. Ce qui est vraiment exceptionnel,, c’est le cas de Louis Coulon, de Vendenesse, qui a été spécialement étudié, à diverses reprises, par le P r Le Double ; cet homme avait une barbe qui atteignait 3 m. 30, avec une moustache de 1 m. 50 d’envergure (figure 88).

Mais la barbe la plus longue est celle que portait Jules Dumont, lorsque je le vis parmi les phénomènes du cirque Barnum ; elle avait une longueur de 3 m. 65.

Fig. 90. — Barbe chez une vieille femme aliénée (Obs. de Pirès de

La barbe féminine a toujours intrigué, d’abord parce que le fait n’est pas naturel, mais surtout parce que, ainsi que Brantôme s’eii est fait l’écho, les porteuses de ces attributs du sexe masculin

passent pour être très ardentes aux choses de l’amour. C’est là évidemment une calomnie pure, par ce que l’on sait de certaines femmes à barbe qui ont conservé la psychologie, les manières, les goûts et aussi la réserve et la pudeur de leur sexe.

Il faut distinguer les vraies femmes à barbe, de ce fait banal de physiologie féminine qui veut qu’après la ménopause, certains mentons féminins s’adornent de poils raides et espacés et qui parfois prennent allure de barbes véritables.

Tel paraît être le cas de cette vieille femme, aliénée, dont le P r Pirès de Lima a publié l’observation et qui a une physionomie si expressive (figure 90). Nous avons vu un fait tout semblable avec le D r Schoofs, à l’asile d’aliénés de Tours.

La vraie barbe féminine est celle qui commence à pousser en même temps qu’apparaissent les manifestations pubertaires. La « belle Algérienne » qui vit à Vouvray avait, en 1914, une barbe de 40 centi- ^mètres de long, d’un noir de jais, accompagnée d’une forte moustache. Son teint brun, ses traits accusés, son port altier, lui donnaient une ailure masculine, mais elle vivait avec, ses enfants. Sa sœur, qui demeurait dans un bourg voisin, avait aussi une belle barbe. C’est là un cas familial assez curieux, d’autant plus que les garçons, dans cette famille, ne présentaient pas un grand développement du système pileux.

Madame Taylor, de Londres, bien étudiée par Bérillon, avait une barbe qui descendait jusqu’à la taille. Annie Jones Elliot possédait une longue barbe soyeuse en même temps qu’une chevelure qui descendait jusqu’au talon.

On connaît la légende de Sainte Wildgeforthe, dont le culte est assez répandu en Bohême et dans le Nord

de la France, comme nous avons pu nous en assurer, à Béthune. Cette vierge, fille d’un roi de Portugal, ■était d’une rare beauté ; pour échapper aux entreprises du roi de Sicile, elle pria Dieu de l’enlaidir, et tout aussitôt son menton se couvrit de poils. Elle est représentée crucifiée, habillée de riches vêtements féminins et portant une longue ■barbe. Le P r Pirès de Lima a consacré une étude importante à cette sainte dont la légende est si curieuse.

Les sourcils peuvent se développer en longueur, surtout du côté interne. Il existe, entre les deux sourcils, à la racine du nez, une région qu’on appelle glabelle précisément parce qu’elle est, à l’état nor-

Fig. 91. — Jonction des sourcils (Le Double et Hoüssay).

mal, dépourvue de poils. C’est là un point important pour l’étude topographique du revêtement lanugineux de l’enfant parce qu’il s’y fait le départ entre les éléments à direction ascendante ou crâniale et •ceux à direction descendante ou faciale.

Cette région glabre peut assez souvent, chez les individus bruns principalement, se couvrir de quelques poils durs et raides qui augmentent de nombre

après la quarantaine. Il peut s’y former, et cela dès la jeunesse, des touffes abondantes qui s’écartent en éventail en haut vers le front et les bosses frontales (fig. 91).

La présence de ces touffes fait que les deux sourcils se réunissent au-dessus du nez et forment un arc complet joignant les deux piliers frontaux externes. Philippe le Bel, parmi les souverains, Velpeau, parmi les savants, présentaient cette disposition que nous, avons recherchée avec soin sur les sujets tourangeaux. Elle s’y rencontre chez les bruns, dans la proportion de 5 % r plus souvent et de façon plus accusée chez les hommes que chez les femmes, et avec un caractère familial et héréditaire très marqué.

Cetté variation serait de peu d’intérêt si ces temps derniers, M. Fournier n’avait voulu en faire un symptôme de syphilis héréditaire.

« Nous attachons personnellement, écrit-il, une grande valeur à un signe fréquent : la-coalescence des sourcils. Toute épaisse touffe de poils entre les sourcils, constatée chez tous ceux que nous avons pu examiner depuis quatre ans, a fait l’objet d’une enquête qui nous amène aujourd’hui à considérer ce signe si fréquent, comme de première valeur (au point de vue de l’hérédo-syphilis). »

Nous ne saurions souscrire à cette conclusion contre laquelle s’élèvent les constatations que nous avons pu faire chez plusieurs centaines de paysans tourangeaux. Jamais nous n’avons trouvé chez les porteurs de poils glabellaires, à quelque âge qu’ils aient été examinés, de signes cliniques ou humoraux de syphilis héréditaire.

Il en est de cette variation purement anatomique comme de bien d’autres dont on a voulu faire des stigmates de dystrophie syphilitique : tels le tubercule de Carabelli, l’axyphoïdie, l’agénésie des incisives

latérales, etc. Aucune preuve démonstrative ne permet d’affirmer cette conception pathologique.

Aristote avait fait de la coalescence des sourcil, la caractéristique d’un homme grave et réservés

Lombroso, au contraire, avait vu dans les touffes glabellaires un signe de criminalité. Ce sont là imaginations de'philosophes.

Qu’ils restent séparés ou qu’ils se rejoignent, lès

, cilière (Obs. de Hernani Monteiro)

staches ». Hypertrichose 's

poils des sourcils peuvent prendre un allongement excessif qui leur donne l’aspect en broussaille. Le P r Hernani Monteiro a publié l’observation d’un homme de Porto, âgé de 61 ans, qui possède des sourcils extraordinairement développés et très épais, les poils étant plus abondants à la tête et au corps, plus rares à la queue. Quelques poils atteignent une longueur de 7 centimètres. Les deux sourcils sont séparés ; entre eux on remarque quelques rares poils glabellaires (fig. 92).

Chez cet homme, -de même que chez Monseigneur L..., évêque de Blois, que nous avons bien connu et qui présentait lui aussi des broussailles sourcilières étonnantes, les sourcils s*ont restés noirs alors que les autres poils de la tête, cheveux, moustache et barbe sont devenus blancs.

Les cils sont implantés sur le bord de la paupière, suivant une seule rangée régulière. Ils peuvent, dans quelques cas peu fréquents, être disposés sur deux rangées : c’est le distichiasis , dont le P r Jeanselme et Morax ont, rapporté une observation. Parfois même, mais très rarement, on reconnaît trois rangées régulières de cils : c’est le tritichiasis dont nous avons, en 1910, avec le. I) r Cosse, publié un fait dans la Gazelle médicale du Centre. Il s’agissait d’un père et de trois-, enfants, donc exemple très net-de transmission héréditaire. '

Les cils peuvent aussi atteindre une longueur exceptionnelle. Nous voyons en ce moment un homme d’uné quarantaine d’années dont les cils les plus internes atteignent une dimension de quatre centimètres, et un enfant de trois ans chez lequel ils dépassent trois centimètres.

Parmi les hypertrichoses localisées de la tête,

nous devpns signaler celle du front, lequel, en avant des cheveux, porte parfois des touffes de poils ; celle de la région sous-orbitaire, ptudiée par Bartels ; celle

D ubreuil-Cham-

du nez, dont les ailes et le dos sonl gnault, susceptibles de présenter moins longs.

Les vibrisses sont les poils qui se trouvent à l’entrée des narines ; elles peuvent s’échapper en faisceaux épais d’une longueur de plusieurs centimètres.

A l’oreille, on peut décrire trois hypertrichoses localisées : 1 0 celle du conduit auditif externe, dont les poils» qui garnissent d’ordinaire l’entrée, peuvent devenir très longs, d’après Béagle, sortir du conduit et tomber en boucles sur l’épaule ; 2° celle du lobule du pavillon caractérisée par le grand développement des barbules hirciennes. Tommasi a décrit, en 1907, cette disposition qu’il a vue se transmettre dans une famille pendant plusieurs générations ; 3° celle qui est formée sur le bord supérieur de l’hélix, au niveau du tubercule de Darwin. Là, les courants du duvet, comme l’a montré Chiarugi, convergent vers cette partie du bord libre.de l’hélix. Lorsque ce duvet se transforme,, ce qui est rare, en poils, ceux-ci, ainsi ' que nous l’avons vu dans toute une famille, forment une touffe qui s’érige en haut et en arrière.

Les hypertrichoses localisées du tronc sont aussi * très variées.

Le long de l’échine, dans la région inter-scapulaire, on peut voir parfois de longues touffes qui constituent de vraies crinières. Chez Bella Carter, examinée par Saltarino, en 1895, et chez une jeune fille, étudiée . par Bertillon, cette crinière atteignait trente centimètres (figure 96).

De même, à la région lombo-sacrée, l’exagération des poils en longueur produit des queues touffues qui peuvent avoir jusqu’à vingt centimètres, cachant ainsi le pli interfessier.

Le Double et Houssay ont rapporté les observations de deux hommes dont l’un avait une longue crinière de la région supérieure thoracique, et dont

l’autre possédait une queue lombaire particulièrement développée (figures 97 et 98).

Ces poils spinaux ne sont pas toujours l’indice d’une spina bifîda occulte, quoique dans cette dé-

Fig. 96.— Crinière dorsale chez une femme (Le Double et Houssay).

formation ils soient fréquemment hypertrophiés.

Les fesses et les cuisses peuvent souvent et précocement se couvrir d’une pelure très fournie. C’est l’hypertrichose en caleçon.

LES VARIATIONS DTJ TÉGUMENT

La région pectorale est fréquemment le siège d’une abondante hypertrichose chez l’homme, qui peut s’étendre à tout le thorax et déborder sur l’abdomen.

Les figures 100 et 101 donnent un exemple remarquable de cette velure scapulo-thoraco-abdominale chez un homme.

j? IG . 97. — Crinière dorsale chez un homme (Le Double et Houssay).

Chez la femme, entre les seins se remarquent parfois de longs poils. Une pelure abdominale se voit aussi dans ce sexe : la femme cyclope de Poitiers avait, autour de l’ombilic, une épaisse toison.

L’exagération du système pileux de la zone génitale est très intéressante à connaître.

Chez l’homme, il s’agit surtout d’une extension de la zone velue. On trouve des poils dans les plis inguinaux, sur la région interne des cuisses, sur le

Fïg. 98. — Hypertrichose lombaire chez un homme (Le Double et Houssay).

scrotum, sur le fourreau de la verge et parfois jusque sur le prépuce.

Chez la femme, il s’agit au contraire d’une exagération de longueur des poils génitaux. Le Double et Houssay ont. figuré des exemples très curieux de cette

COPRS HUMAIN

secondaire d’une constance absolue. Ils n’apparaissent pas dans les cas d’agénésie glandulaire ; ils se montrent de façon précoce ou ' tardive lorsque les phénomènes pubertaires sont avancés ou retardés. C’est ainsi que nous avons vu un garçon vendéen de 27 mois ayant un développement précoce du pénis et

Fig. 100. — Hypertrichose thoracique.

des testicules et une abondante toison pubienne. De même, une fillette de 30 mois déjà menstruée avait le pubis velu. D’autre part, nous avons constaté, chez un adolescent de 19 ans, le début de la croissance des poils génitaux.

Hypertrichose généralisée. — C’est une variation,

moins fréquente que les hypertrichoses locales. Dès l’antiquité, au moyen âge et maintenant encore, les velus furent considérés comme des sujets extraordinaires et pour expliquer leur venue en ce monde, on a cru voir un châtiment des dieux, ou le fruit d’un commerce infâme d’une femme avec un animal,, ou

encore le résultat d’un envoûtement ou de procédés de sorcellerie. Les héraldistes Ont représenté « le Sauvage », qui sert de soutien aux écussons, sous l’apparence d’hommes poileux, et on en peut voir des exemples sculptés aux châteaux de Chaumont et de

Fig. 101.—* Hypertrichose thoracique (Le Double et Houssay),

Saumur, ou encore à Tours, sur la maison dite de Tristan.

Colombus, Aldrovande, Conrad Lÿcosthène, Ambroise Paré, ont parlé de familles et de peuplades dont tous les membres étaient velus.

Mais les observations les plus curieuses d’hypertrichose généralisée sont celles de Pittard, de Jaslow et de Yulkov. Le premier a publié le cas de Rham-a- Sama, le second, celui de Krao, jeune laotienne, le dernie’ry celui du « garçon lion », qui étaient des sujetscomplètement poilus, sauf à la paume des mains et à la plante des pieds.

Le cas delà femme siamoise représenté dans le livre de Le Double et Houssay est un bel exemple de cette hypertrichose générale qui paraît assez fréquente dans le pays de la péninsule Birmane (fig. 102).

Au cirque Barnum, nous avons vu l’homme-chien, Jojo.

Cette hypertrichose totale est souvent familiale. Au xvi e siècle vécut la famille d’Ambras, dont le père, un fils et deux filles avaient le corps entièrement recouvert de longs poils.

Crawford, en 1829, vit la famille birmane de Schwe-Maon, dont le père, la fille et les deux petitsfils étaient complètement velus.

Julia Pastrana, femme velue, qui fît le tour d’Europe, mit au monde, en 1860, un fils qui, dès sa naissance, était couvert d’une pelure abondante. Il faut remarquer que l’hypertrichose totale est congénitale. Il en fut de même dans le cas de Jeptichef et de son fils Fédor, « les hommes-chiens » étudiés par Le Double.

Les Aïnos, qui vivent en Asie, seraient un peuple de velus.

Pour comprendre les variations hypertrichosiques, il faut se rappeler qu’à la naissance, le corps entier est recouvert d’un fin duvet nommé lanugo, sauf à la plante du pied, à la paume de la main, à la face dorsale des phalangettes des doigts et des orteils,, aux petites lèvres chez la femme et à la face interne du prépuce .et sur le gland chez l’homme. Ce duvet persiste toute la vie, mais sur certains points, nombre

Fig.103. — Adrien Jeptichef et son fils Fédor (Le Double et Houssay).

d’éléments passent de l’état embryonnaire à l’état adulte. Cette transformation se fait à trois périodes de la vie : à la naissance, à la puberté, puis au moment de la ménopause chez la femme.

Comme le dit Sappey, le nombre total des poils qui végètent à la surface du corps est à peu près le même aux différents âges dans les deux sexes, chez tous les individus et probablement aussi dans toutes

les races humaines ; est variable seulement le nombre de ceux qui passent de l’état embryonnaire à l’état de développement parfait.

L’hypertrichose n’est donc, en somme, qu’une évolution à l’état adulte, d’un plus grand nombre de poils de duvet.

Les variations chromiques des poils sont intéressantes.

Il n’est pas rare de ! constater, chez nombre de personnes., des différences de couleur entre les poils, des différentes parties du corps. Il y a alors une dégradation de nuance, depuis les cheveux jusqu’aux poils pubiens. On voit parfois dès individus ayant des cheveux châtains et bruns et dès moustaches, blondes. Holbé a noté ce fait en Orient et cite un Annamite qui avait les cheveux châtains et la moustache tout à fait blonde. Sur un jeune ..homme très brun, je constate des poils pubiens et axillaires roux.

Certains sujets, dans leur chevelure, ont des mèches plus pâles ou plus foncées. Yarigny, dans son voyage aux Iles Sandwich, parle d’une chef esse de Makapun qui avait une chevelure noire nattée avec beaucoup d’art, mais dans laquelle ressortait, par un singulier contraste, une énorme tresse d’un blond vif. Cette femme assura que dans sa famille et dans quelques autres, cette variation se transmettait de mère en fille.

A partir d’un certain âge, qui varie d’ailleurs pour chaque individu,- les poils perdent leur pigment et deviennent blancs. Mais tous les poils du corps ne blanchissent pas en même temps. La barbe peut rester pigmentée avec des cheveux blancs. Les sourcils se décolorent souvent de façon très tardive. Les poils génitaux blanchissent généralement longtemps après ceux de la face.

' A côté de cette décoloration sénile, il faut retenir les faits de canitie congénitale. Il s’agit de poils sans pigment, dès le moment de leur apparition. Cette ■canitie est totale ou localisée. On connaît des familles ■chez lesquelles se transmet par hérédité la particularité d’une mèche blanche au milieu de cheveux blonds ou bruns. Les Rohan avaient tous cette marque familiale que nous avons vue aussi chez plusieurs familles tourangelles. Cette canitie partielle ■d’une seule touffe de poils peut exister à la barbe et aux moustaches ; nous l’avons vu aussi aux toisons génitales.

Au point de vue de leur forme et de leur mode •d’enroulement, les cheveux peuvent présenter plusieurs variétés. Les cheveux lisses sont rectilignes dans toute leur longueur ; les cheveux ondulés décrivent de longues courbes ou des tours de spire incomplets ; les cheveux frisés forment, dans toute, leur étendue, des anneaux complets ; les cheveux bouclés forment des anneaux larges mais incomplets ; les cheveux laineux et crépus forment de petits anneaux qui s’entortillent les uns avec les autres de façon à donner naissance à de petites touffes qui rappellent l’aspect de la laine. Ces cheveux laineux peuvent présenter des variations en grains de poivre, en vadrouille, etc.

Chaque race a une forme de cheveux qui lui est propre. Mais où les variations deviennent intéressantes, c’est lorsqu’on voit apparaître, chez certains sujets d’une race quelconque, des cheveux ayant une forme appartenant à une autre race.

La race européenne, par exemple, a des cheveux ondulés. Or on peut rencontrer des enfants avec une chevelure en vadrouille ou crépue, et cette disposition se transmet dans certaines familles. Il serait impru-

dent d’expliquer de tels faits, uniquement par la raison d’un métissage plus ou moins lointain.

Les cheveux fins, ondés, bouclés, frisés même ne sont pas absolument rares au Japon, en Chine et au pays d’Annam, alors que les Jaunes du rameau mongolique passent pour avoir des cheveux gros, longs, droits et raides.

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