PAT110 GÉNIE
Quand une femme vient d'être fécondée, il survient rapidement toute une série de modifications intéressant ses différents appareils, aussi bien le système nerveux que le système digestif, les organes des sens, etc. Mais sur quoi nous désirons particulièrement nous arrêter, ce sont les modifications apportées au système circulatoire. Ces modifications portent et sur l'organe central de la circulation et sur le sang luimême.
Du côté de l'organe central de la circulation, depuis les recherches de Larcher, on admet qu'il existe une légère hypertrophie du cœur. A cette hypertrophie du cœur vient s'ajouter une augmentation du sang, augmentation portant sur la masse totale du sang pendant la gestation. Cette augmentation, qui a été du
(1) Pour la rédaction de ce chapitre, nous avons été puissamment aidé par notre ami, le docteur Chavanne, qui a bien voulu mettre à notre disposition sa haute compétence en obstétrique. Nous tenons à l'en remercier sincèrement ici.
reste niée par plusieurs auteurs, est admise sans contestation par Tarnier et Ghantreuil. Elle est surtout marquée dans la seconde moitié de la grossesse.
L'augmentation porte sur la quantité proportionnelle de l'eau avec diminution dans le nombre deglobules du fer. Pendant la première moitié de la grossesse, la fibrine diminue; elle augmente, au contraire, pendant les derniers mois.
Il résulte de ce que nous venons de dire une tension vasculaire plus considérable, ainsi que le démontrent les recherches de Faucourt, Barnes et Macdonald ; d'où une facilité plus grande de dilatation veineuse. Mais ii vient s'y joindre d'autres causes également d'ordre mécanique.
L'utérus, en se développant pendant les premiers mois dans l'intérieur du petit bassin, entraîné plus tard par son volume de plus en plus considérable dans la grande cavité abdominale, repose sur le pourtour de l'excavation pelvienne. Dans l'une et l'autre de ces situations, dès qu'il a atteint un certain volume, il vient gêner la circulation en retour des veines iliaques, dans le premier cas avant leur réunion pour former l'iliaque primitive, dans le second cas lorsque ces vaisseaux se sont réunis et vont converger pour former la veine cave. Le refoulement des masses intestinales, l'obliquité de l'utérus, qui, dans la majorité des cas, s'incline, comme on le sait, du côté droit, viennent porter cette gêne de la circulation en retour à son maximum. Enfin, il est encore une cause sur laquelle il faut appeler l'attention. L'utérus est traversé par de gros sinus, dont le sang est ramené par l'intermédiaire des veines utérines ou utéro-ovariennes dans la veine cave elle-même ou dans ses affluents.
Cette masse sanguine augmente encore la pression du sang veineux, et l'appel fait par la cage thoracique et le cœur en devient moins efficace. Ces causes jointes les unes aux autres, toutes d'ordre mécanique, ne sont pas suffisantes pour expliquer la présence, fréquente du reste, des dilatations qui se voient sur les capillaires veineux. D'ailleurs, s'il n'était pas nécessaire de faire intervenir un autre facteur, toutes les femmes enceintes seraient variqueuses.
Outre cette cause prédisposante qui est un facteur important, il faut faire intervenir les causes individuelles, hérédité, arthritisme, etc., dont nous avons déjà parlé à l'étiologie générale.
La modification que nous signalions tout à l'heure dans la composition chimique du sang nous semble devoir tenir une place plus importante que celle que les auteurs lui ont donnée jusqu'ici. Sans vouloir lui attribuer une action prépondérante, nous croyons qu'il faut en tenir compte, nous basant sur les recherches de Durozier, Vulpian et miss Marshall, qui attribuent les altérations de l'endocarde gauche aux modifications de pression et de composition du sang, la genèse, chez la femme, du rétrécissement mitral pur, maladie tout à fait spéciale au sexe féminin.
La grossesse, avons-nous dit, imprime, dans le fonctionnement physiologique du système nerveux, des changements importants. Sans aller jusqu'à admettre, comme Paul Dubois, une analogie entre le développement hypertrophique du corps thyroïde sous l'influence de la grossesse et la formation des varices, nous dirons, avec Barnes, qu'il y a une action sur tous les vaso-moteurs, action qui favorise peut-être la vasodilatation, comme l'admet Guéniot.
11 semble logique d'admettre que les modifications imprimées au système nerveux par la gravidilé jouent un rôle important dans la formation des varices. Les grossesses répétées amènent, on le sait, un redoublement dans le nombre et le volume des varices: telle femme qui, lors de sa première gestation, n'avait que quelques veinosités sur les cuisses, voit se développer, quand elle est enceinte pour la seconde ou la troisième fois, de véritables varices aboutissant plus tard à la formation de ces paquets variqueux énormes, assez considérables pour empêcher la marche et dans quelques cas, heureusement rares, gêner l'accouchement.
En résume, la pathogénie des varices chez les femmes enceintes est complexe. S'il faut tenir compte de l'augmentation de la pression sanguine, de la différence de la composition du sang, de l'état spécial du système nerveux joint à la gêne circulatoire produite par le développement considérable de la tumeur utérine dans la cavité close de l'abdomen, il faut aussi y joindre l'état du sujet, son tempérament et son hérédité, ainsi que la multiparité.