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Les vases grecs à reliefs

Les vases grecs en terre cuite décorés de reliefs n’ont pas encore fait, que je sache, l’objet d’une étude qui vise à être complète. Quelques séries ont donné lieu à des travaux de détail, dont certains, cqui sont excellents, ont été largement mis à profit dans ce livre : tels l’article du regretté de Ridder sur les jarres béotiennes, la préface de M. Pagenstecher à son ouvrage sur la céramique de Cales, les articles de Cari Robert sur les « coupes homériques », et surtout les publications de M. Zahn, un spécialiste en cette matière, qui s’est tout particulièrement occupé des vases de Priène et de Crimée et des vases émaillés. Seules, les quelques pages, si pleines de science, que M. Pottier a consacrées à la céramique à reliefs dans le Dictionnaire des Antiquités (s. v. Yasa, pp. 659-663 ), et qui sont à la fois une mise au point des dernières recherches et le résultat d’observations personnelles, représentent un aperçu d’ ensemble sur ce sujet. Elles peuvent servir de guide à qui veut, comme je V ai tenté, reprendre toute la question en détail.

R va sans dire que j’ai puisé, dans ce qu’ont écrit mes prédécesseurs, non seulement des faits précis, mais aussi des notions générales. Mais certaines séries de vases à reliefs sont encore, pour ainsi dire, inédites : elles ne sont connues que par des descriptions souvent très incomplètes de vases isolés. R m’a donc fallu prendre moi-même connaissance de nombreux spécimens : j’ai pu examiner et manier, grâce ci

V obligeance des conservateurs, ceux que possèdent le Louvre, le Musée National d’Athènes, les Musées de Candie, de Delphes, d’Alexandrie, de Tchinily-Kiosk à Constantinople ; j’ai surtout eu longuement en mains la très importante collection des vases à reliefs de Délos, dont M. IIolleaux avait bien voulu me charger de dresser l’inventaire. Néanmoins, je ne me dissimule pas que les matériaux assemblés par moi présentent des lacunes. J’aurais dû poursuivre mon enquête dans d’autres collections, dont les catalogues décrivent d’ordinaire avec une particulière insuffisance tout spécimen à décor plastique. J’ose espérer que, connaissant par moi-même une bonne partie des vases ci reliefs conservés en Grèce même, je n’aurai pas commis d’oubli trop grave ; en tout état de cause, j’aurai du moins été utile, ne fût-ce que par les critiques dont mon travail pourra faire l'objet, à ceux qui reprendront cette question après moi.

Ce livre pourrait avoir pour épigraphe ce qu écrivait M. Pottier en 1885 (Mon. Grecs, 1885-1888, p. 52) :

(( Je suis persuadé... qu’on peut dès maintenant rassembler une série de poteries ou de fragments qui attestent dans les pays grecs une industrie florissante en ce genre, datant d’une époque reculée, persistant à travers les âges en dépit de la concurrence redoutable de la céramique peinte et finalement, ci l'époque gallo-romaine, reprenant le dessus. »

Ces lignes, si l’on y remplace par « hellénistique » le terme de « gallo-romaine », expriment exactement mon dessein.

Les limites chronologiques de mon sujet sont celles de toute histoire générale d’un art quelconque en Grèce : d’une part, l’origine préhistorique, par delà la civilisation égéenne ; d’autre part le moment où l’art hellénistique se transforme en art gréco-romain ou romain, c’est-à-dire approximativement l’époque d’Auguste.

Il est plus malaisé de définir les limites topographiques . Sans doute, ne doit-on pas hésiter pour certaines régions, — côtes de Thrace et d’Asie Mineure, Crimée, Egypte ptolémaïque, — qui font partie intégrante du domaine de l’art grec. Mais devais-je incorporer à ce domaine la Sicile, la Grande- Grèce, la ville de Caere en Etrurie ? La céramique grecque à reliefs a rayonné vers l’Italie par trois fois : au vie siècle, au ive, à l’époque hellénistique ; et, chaque fois, il s’y est élaboré un style qui n’était plus proprement grec, mais' qui ne répondait pas toujours non plus à l’idée que nous nous faisons du style italiote. Accueillir dans cette étude toutes les séries italiennes d’origine grecque, c’était en enfler inutilement les proportions, sans autre profit que de montrer l’étendue du rayonnement des séries grecques. Les rejeter toutes en bloc, c’était se condamner à ignorer certaines classes de vases que bien peu de choses distinguent des vases de la Grèce propre. J’ai pris un moyen terme ; car il me parait qu’il ne pouvait être question ici que de jugements d’espèces. J’ai donc parlé des fabriques archaïques de la Grande-Grèce et de Caeré, parce que, à tout prendre, à cette époque de diffusion où ne dominait le style d’aucune région, la Grande-Grèce et Caeré étaient sur le même plan que l’Attique, par exemple, ou Mélos , ou toute autre partie de la Grèce proprement dite. — C’est pour la même raison que j’ai parlé aussi des fabriques campaniennes et étrusques cle bols à reliefs hellénistiques : entre les bols italiens et ceux de Grèce, il n existe que de légères différences ; les uns et les autres sont des produits parallèles d’un seul et même art.

En revanche, j’ai laissé de côté et n’ai mentionné qu'incidemment, et les coupes à reliefs qui firent la réputation cle Calés en Campanie, et les vases côtelés à repeints de l'Italie Méridionale, et les lécythes à reliefs polychromes d’Apulie ou de Campanie, et enfin, à mon regret, l’admirable ensemble des vases d’Arezzo, parce que, dans tous ces cas, la part des ouvriers d’Italie fut prépondérante ; les. potiers de Calés, d’Apulie, de Campanie, d’Arretium ont élaboré, au point

de les transformer complètement parfois, les emprunts qu’ils faisaient à la Grèce ; leurs œuvres ne ressortissent pas plus à l’art grec que les décorations murales de Pompéï, par exemple. M. Pottier a pu dire de la céramique arrétine qu « elle est par excellence la céramique romaine » (Dict. Antiq., s. v. Vasa, p. 662).

Peut-être me reprochera-t-on de n’en pas avoir parlé au moins à titre de conclusion, ne fût-ce que pour montrer quelle fut la vitalité de la céramique grecque à reliefs, une fois implantée en terre italienne. Mais n’était-ce pas pénétrer dans un sujet très différent de celui que je m’étais proposé, et très vaste ( qu’on en juge, par l’étendue du travail que M. Pagenstecher a consacré aux seides fabriques de Calés) ? Et ne risquais-je pas, ou d’en parler d’une façon trop insuffisante, ou de donner à ce livre, déjà trop long, un développement excessif ?

Parmi les conclusions d’ordre général, auxquelles a donné lieu l'étude que je présente ici, il en est qui me semblent à moi-même très hypothétiques, en raison de la grande insuffisance de nos renseignements. Par exemple, les suppositions que j’ai hasardées sur la formation et sur l’interdépendance des diverses séries préhelléniques ou archaïques, sont à la merci de découvertes nouvelles, voire de théories nouvelles. Mais pouvais-je me borner à exposer les quelques faits admis, à décrire les trop rares spécimens connus, à en fixer approximativement l’origine et la date, sans essayer de montrer, avec toute la clarté possible en ces questions si obscures, ce que dut en être V évolution et (quelle put en être l’ importance relative ?

Mais à côté de ces conclusions, qui restent douteuses, il en est qui m’ont paru comporter plus de vraisemblance et découler tout naturellement des faits enregistrés.

D’une part, j’estime qu’on a trop généralisé une opinion qui n’est vraie qu’en partie et seulement à dater d’une certaine époque ; je crois inacceptable l’idée que tout vase à reliefs en argile présuppose une imitation, soit directe, soit

lointaine, d’un vase à reliefs en métal. Ayant comparé pour chaque période les produits de la toreutique et ceux de la céramique à reliefs, j’ai constaté que les rapports entre l’un et l’autre art, inexistants à l'époque préhellénique, très rares et ne portant que sur des points de détail pendant l’époque archaïque et l’époque classique, n’avaient été réels qu’à partir du ive siècle. A ce moment, la parenté des deux arts devient de plus en plus étroite ; c’est de plus en plus auprès des toreutes que les potiers vont chercher leur inspiration. Mais les potiers ont d’ ordinaire su se ménager, grâce à V emploi des moules et des poinçons mobiles, une indépendance relative, tant pour les motifs décoratifs que pour les formes ; ils ne se sont pas bornés à prendre leurs modèles dans la vaisselle de métal ; toute œuvre en métal précieux leur en offrait l’occasion ; et dans la création des formes, ils ont souvent gardé la même liberté que leurs devanciers. Ainsi, lorsqu’on veut compléter, grâce ci la céramique décorée cle reliefs, la connaissance très insuffisante que l’on a de la toreutique proprement grecque, il y a lieu de distinguer chaque fois, et d’éviter tout jugement a priori.

D’autre part, il m.’a semblé qu’il était permis de déterminer, mieux qu’on ne l’avait fait encore, le rôle joué par certaines régions comme centres principaux de création et de diffusion. J’ai dit plus ■ haut à quel point cette question demeurait incertaine pour les époques antérieures au v* siècle. Mais, à partir de cette^date, les faits s’éclairent assez pour autoriser des hypothèses. Ainsi, l’on peut présumer qu’ Athènes a l’honneur d’avoir préservé au cours du ve siècle la technique du relief, de l’avoir développée au cours du siècle suivant, d’avoir, à la fin du même siècle, contribué avec la Béotie à V expansion de la mode nouvelle ■; que, peu après, d’un type de vases métalliques nés à Alexandrie est dérivé ce genre si répandu des bols en terre cuite dans la fabrication desquels Délos tint une place prépondérante ; et qu’enfin, au if siècle, est apparu à Pergame un autre genre très différent du précédent et qui, peu répandu en pays grecs, a joui au dehors d'une brillante fortune, puisqu'il

semble avoir suscité la poterie arrétine et, partant, la poterie gallo-romaine.

Ma tâche a été grandement facilitée par l’accueil que j’ai reçu auprès de tous ceux que j’ai importunés soit en leur demandant des communications de photogaphies oit des descriptions de vases, soit en sollicitant d’eux l’autorisation de publier ou de reproduire certains spécimens. Je remercie tout particulièrement M. Pottier, dont j’ai mis si fréquemment à contribution V obligeance et le savoir, MM. Breccia, Ducati, Gabrici, Staïs, Walters et Zahn.

Ma dette de reconnaissance ne serait pas entièrement acquittée, si je ne disais tout ce dont je suis redevable aux conseils de deux de mes anciens maîtres, M. Holleaux, qui a encouragé et dirigé cette étude à ses débuts et M. Fougères, qui, l’ayant lue avec une attention très bienveillante, m’a transmis ses judicieuses remarques et m’a fait profiter de son ample information.

Le Conseil de l’Université de Lyon, par une attention qui m’a été fort sensible, a bien voulu m’attribuer, en 1912, le prix Raoid Duseigneur, grâce auquel j’ai pu enrichir ou compléter F illustration de ce livre. Je prie la généreuse donatrice à laquelle est due cette fondation, Madame la Marquise Arconati Visconti, dont la libéralité s’attache ci tout ce qui touche l’histoire des arts, de trouver ici V expression de ma respectueuse et profonde gratitude.

LES ORIGINES PRÊHELLÊNIQUES

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