Athénée, V, 199 E
2. Cuma, pl. C, CI, Cil (Mon. Ant. Lincei, XXII, 1914). Notre planche VI a a été reproduite avec l’aimable autorisation de l’Accademia dei Lincei.
3. Cf. Cuma, pl. CI, Cil ; Saglio-Pottier, Dict. Antiq., s. v. Eleusinia, p. 571.
VASES CÔTELÉS
de reconnaître une massue ; le personnage serait donc Héraklès se faisant initier aux mystères éleusiniens ; Athéna, assise sur un tertre, casquée et vêtue d’un péplos fin à long apotygma, tenant la lance de la main gauche et s’entretenant avec Héraklès ; un dadouque debout (Iacchos P), représenté dans le type habituel (chevelure retombant sur les épaules, tunique longue et sans ceinture, endromides, une torche dans chaque main) et se retournant vers une divinité assise, peut-être Aphrodite \ munie d’un sceptre, vêtue de la même manière que Déméter et portant un voile sur les cheveux. — A gauche, deux groupes de personnages causant deux à deux comme les précédents : c’est d’abord Dionysos reconnaissable au thyrse qu’il porte sous le bras gauche, et au trépied qui apparaît en arrière ; ses cheveux ramenés en chignon, sa longue robe couverte d’une tunique et serrée à la taille, lui donnent l’air d’une femme ; puis vient Triptolème tenant un sceptre et assis sur son char ailé attelé de serpents. Enfin un Dien debout et une déesse assise ; le dieu est sans doute Apollon 1 2 ; il tient de la main droite une hante torche ; il est vêtu d’une tunique, et porte en travers de la poitrine une chlamyde courte, ramenée sur la hanche gauche et repliée sur le bras droit ; une guirlande couronne sa chevelure ; il est chaussé d’endromides. La déesse (qui est peut-être Artémis) tient un sceptre ; elle est vêtue de la même manière que Déméter et Koré, avec cette différence que sa tunique est serrée par une ceinture et maintenue par une double écharpe croisée sur la poitrine ; elle porte, comme Déméter, un collier et un polos.
Une œnochoé, provenant de Kertch et entrée récemment au Louvre 3, se rattache au même type décoratif.
La panse est entièrement côtelée ; le col est entouré d’un collier doré ; sur l’épaule se détache en barbotine, primitivement dorée ou polychrome, une suite de petits motifs qui représentent la naissance dAphrodite.
Sur le rivage de la mer, qu’indiquent des flots et de petits dauphins, Aphrodite surgit nue, coiffée d’une mitre ; de chaque côté un Eros volant lui apporte les draperies dont elle va se revêtir. A gauche, Hermès s’élance pour aller annoncer la naissance de la
1. Aphrodite fit partie, au iv° siècle, des divinités éleusiniennes (cf. Dict. Ant. s. v. Eleusinia, p. 532).
2. On sait que le culte d’Apollon Patrôos était apparenté à celui de la Déméter d’Eleusis.
3. Le Musée du Louvre en 1920, Demotte, Paris, pl. 33 et 34 (Notice de M. Pottier).
200 LA CÉRAMIQUE A RELIEFS AU IVe SIÈCLE
déesse. A droite, Dionysos nu, appuyé sur un thyrse, et assis sur une peau de bête, se retourne pour la contempler. Puis ce sont des scènes de toilette féminine : une femme nue, accroupie, reçoit sur la tête le contenu d’une hydrie que verse une servante ; un petit Eros est assis au-dessus d’elle ; deux autres femmes sont debout auprès d’une grande vasque ; l’une, nue, apporte un coffret, i’autre, drapée, s’accoude sur une colonnette ionique. Eros et deux jeunes filles agenouillées semblent cueillir des fleurs, entre une femme appuyée à un arbre chargé de fruits (sans doute un pommier) et une autre qui se coiffe devant un miroir.
Ges deux vases sont aussi différents par la technique que par le style des décors. Il n’est pas douteux pourtant qu’ils ont la même origine et appartiennent à une même époque.
La provenance de l’hydrie de Cumes 'est assurée ; comme l a montré l’étude de M. Gabrici, Cumes a. reçu, aux ve et rve siècles, de nombreux produits de la céramique athénienne. C’est d’Athènes que ce vase provient, à n’en pas douter, de même que d’autres vases côtelés recueillis en Campanie1. L’art local était resté notablement inférieur ; seul, un art de traditions aussi riches et aussi pures, de goût aussi raffiné que l’art attique, était capable de tant de perfection technique, d’une telle maîtrise d’exécution, d’un sens aussi sûr de la ligne, de tant de sobre distinction dans la répartition du décor. La seule beauté de cette oeuvre constitue un certificat d’origine ; mais s’il fallait des arguments plus positifs, on en pourrait trouver dans la qualité du vernis, dans la forme de F hydrie qui rappelle tant de vases du ve siècle, dans le sujet décoratif choisi par l’auteur, et enfin dans la présence d’Athéna qui, on le sait, n’avait pas place officielle dans le culte éleusinien, mais qu’un potier athénien ne pouvait guère se dispenser de faire figurer dans une assemblée divine 2.
Pareillement, on ne saurait attribuer à un atelier criméen l’hydrie de Kertch. En Crimée, plus qu’en Campanie, la production locale est toujours restée entachée d’inélé-
1. Gabrici, op. L, pl. Cil 1 et 2, CIV, 6. Furtwângler avait déjà reconnu la provenance attique de ce vase ( Meisterwerhe , p. 505, n. 1).