‹ Les vases grecs à reliefsChapitre 136 sur 312 · Not. Scavi, 1896, p. 376, fig. 1 et · texte numérisé non relu

Not. Scavi, 1896, p. 376, fig. 1 et

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de nos vases, pris en particulier, n’est pas nécessairement la copie d'un vase de métal. Nous avons vu que, pour ce qui est des askoi, cela est au moins contestable ; pareillement ce n’est pas un vase, mais sans doute une boîte à miroir qui a servi de modèle au vase d’Athènes, en forme de pyxis dressée. Et il semble bien en effet que les reliefs des boîtes à miroir aient fourni à la décoration des vases de terre cuite à médaillons de nombreux prototypes ; dans la céramique de Calés, si analogue à la nôtre l, deux exemples caractéristiques l’attestent ; sur une pyxis du Musée de Bari et sur un disque analogue du Musée de Berlin, on aperçoit l'empreinte faite dans l’argile par la charnière de la boîte à miroir à laquelle le relief a été emprunté par simple surmoulage. Il y a donc tout lieu de supposer qu’il n’en allait pas autrement dans les pays grecs : à l’époque où s’y implantait le goût de la technique à relief imitée du métal, les modèles de toutes natures en or, en argent, en bronze, ne manquaient pas : boîtes à miroir, pare-joues de casques, pièces de harnais, broches, médaillons de bijoux 2, sans compter, bien entendu, les médaillons des coupes. C’est dans ces œuvres diverses que les potiers s’approvisionnaient : il leur suffisait de surmouler le sujet qui leur plaisait, pour le multiplier avec le moule ainsi obtenu ; et ce procédé tout mécanique nous a permis de conserver en argile, telles pièces magnifiques, œuvres de maîtres-toreutes, dont les originaux ou les répliques ont disparu.

Ces moules pouvaient à leur tour être surmoulés : il en résultait alors, comme c’est le cas pour le n° 46 B, que la seconde épreuve était rapetissée. La grosssièreté d’exécution de certains de nos médaillons donne à penser d’ailleurs que les potiers se contentaient parfois d’une imitation très libre de leurs modèles, et se passaient de moulage.

Ainsi, d’une manière générale, les fabricants de vases à médaillons n’ont rien fait de plus que nous transmettre, à

1 Arch. Zeit., 1847, pl. I = M. Mayer, la coppa tarantina, p. 19, n° 1.

2. Par ex. une tête de Méduse sur une broche en or du iv® siècle, Marshall, Catal. Jewell. Br. Mus., n° 2063.

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peine modifiés, des motifs décoratifs, empruntés à la toreutique. Mais certaines raisons de technique ont limité leur choix. La forme circulaire du médaillon offre un cadre où tout sujet ne convient pas : par exemple les combats, les scènes de chasse, les travaux d’ Hercule, etc., que l’on trouve sur les appliques de vases côtelés (Ghap. XV), sont rares sur nos vases ou nie s’y rencontrent pas, parce que des sujets de ce genre demandent plutôt un champ allongé ou rectangulaire.

Sans doute, ce désir d’adapter un motif à son cadre n’a pas toujours été de règle, et telle figure, isolée et debout, se dresse dans le disque du médaillon, sans que le potier ait songé à garnir le fond à droite et à gauche. Mais, d’une manière générale, il n’est pas douteux que les potiers ou leurs .modèles ont tenu compte de cette nécessité. Voilà pourquoi, apparemment, dans les scènes à deux personnages, l’un des deux 'est si souvent assis, dans une attitude abandonnée et arrondie ; et ceci explique aussi divers subterfuges, tels que les ailes éployées de l’aigle enlevant Ganymède (n° 44) ou le thyrse, incliné vers le sol, d’un Eros bachique (n° 29 B).

Si l’on se demande comment s’est constitué ce style décoratif, qu’il s’agisse des vases à « emblemata » ou de leurs divers modèles de métal, la part d’originalité des toreutes apparaît, bien entendu, comme fort réduite. D’abord, une partie de leurs sujets appartient à oe fond commun qu’ artistes et artisans exploitaient avec la plus grande liberté ; il serait vain de chercher un prototype précis aux Silènes et aux Satyres, aux Eros, aux masques de Méduse, etc... Ces sujets-là étaient dans toutes les mémoires et devant tous les yeux, et point n’était nécessaire que le toreute allât chaque fois copier telle ou telle œuvre. Il en va différemment pour certains motifs plus particuliers : du fait que la scène représentant la lutte d’Erois et de Pan (n° 24) correspond approximativement à une épigramme alexandrine, M. Bie a conclu qu’elle nous avait conservé le reflet de

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quelque ouvrage célèbre dans les arts mineurs. On l’a pensé aussi pour les sujets d’Héraklès et de Téléphe, d’Eros et d’Aphrodite, d’une Muse en compagnie d’un Eros. Mais les peintures ou les bas-reliefs qu’on en peut rapprocher différent de nos médaillons par les détails, par la pose des personnages, par la composition. S’il y a eu une imitation de la part des toreutes, apparemment elle a été des plus fantaisistes, et nous ne devons pas chercher dans nos vases une copie trop fidèle. Parfois, d’ailleurs, nous avons la preuve de cette liberté et de cette fantaisie. C’est ainsi que les toreutes ont modifié à leur gré certains types conventionnels : l’Apollon citharède (n° 1), qui est en même temps un Apollon archer, représente à la fois deux aspects du dieu en un amalgame inconnu au grand art ; le buste d’Io (n° 5) coiffée d’un aigle ne s’explique que par une imitation mal comprise d’un de ces groupes de Ganymède sur lesquels plane un aigle ; de même dans une tête d’Athéna (n° 3° D) nous avons pu relever des inintelligences, ou des fantaisies de copiste.

Parfois enfin, nous pouvons espérer retrouver dans les médaillons la copie plus exacte d’une oeuvre célèbre. L’exemple-type est celui de la belle tête d’Athéna, où l’on doit reconnaître une reproduction fidèle de quelque statue phidiesque, sans doute de la Parthénos du maître lui-même.

Le trio de Dionysos et de ses deux compagnons (n° 33) qui se présente ici de face et que l’on voit de trois quarts sur le bas-relief de Délos, remonte sans doute à un groupe sculpté. — La scène de Dionysos et d’Ariane (n° 32) a plutôt le caractère d'un tableau peint, comme l'indiquent l'Eros volant et le paysage. — Si le combat d’Eros et de Pan (n° 24) reproduit une œuvre célèbre, cette œuvre, à en juger par une scène semblable dans une décoration murale de Pornpéi, paraît bien avoir été un tableau. — Enfin les scènes comme Héraklès et Omphale (n° 19), Apollon et la Pythie (n° 40), qui sont sans analogues connus, ont certainement été empruntées à quelque ouvrage de maître, si tant est que le maître n’est pas l’orfèvre ou le toreute lui-

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même dont le burin a su rendre la beauté des expressions et des lignes avec tant de pureté et tant de noblesse.

Les dates entres lesquelles est enfermée cette céramique ne peuvent s’établir que d’un manière approximative. Les vases à médaillons de Cales, qui sont dérivés de ceux de Grèce, commencent à apparaître au début du me siècle. Il faut donc reporter au moins à la fin du ive siècle l’origine des vases à médaillons ; et, apparemment, on doit remonter assez avant dans ce siècle : la tête d’Athéna Parthénos, la Méduse de Tanagra (n° 4 I) sont d’un style si classique, que les modèles en argent ou en bronze dont elles sont inspirées ne doivent pas être fort éloignées du ve siècle ; à supposer que le surmoulage soit sensiblement postérieur, il ne peut guère avoir été effectué qu’à une époque où l’on appréciait encore le style sévère du ve siècle. Ainsi, on peut fixer comme limite supérieure approximative à notre céramique le milieu du ive siècle. Quant à la limite inférieure, elle n’est marquée que par la fin même de l’hellénisme ; à partir du ier siècle avant J.-C., la fabrication semble s’être beaucoup ralentie ; disparue à cette époque dans la plupart des pays grecs, elle ne paraît s’être prolongée qu’en Egypte, avec un caractère de plus en plus grossier, jusqu’aux confins de l’époque byzantine (Chap. XXIX).

Ainsi la fabrication des vases à médaillons en Grèce a duré pendant environ trois siècles et demi. On a voulu en déterminer les diverses périodes en se basant sur des considérations techniques. Etant donné que le vernis noir a précédé la glaçure rouge, on estime d’ordinaire que tout vase à glaçure rouge est d’époque postérieure ; mais en réalité, la durée des tâtonnements et des demi-réussites a dû être fort longue : la glaçure noire et noirâtre de certains exemplaires n’est due sans doute qu’à une insuffisance de la cuisson, cependant que telle glaçure rouge a été produite par un coup de feu accidentel. Dire au juste combien de temps il a fallu avant que le nouveau procédé s’établît et se généralisât, est à peu près impossible. Il ne semble pas toutefois qu’après

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la fin du ivc siècle, on rencontre encore -des vases à lustre noir.

On a voulu également juger de F ancienneté relative d’un vase, suivant le « dosage » des retouches peintes et du relief. Il est assuré que la technique à retouches et l’usage du médaillon sont nés à peu près simultanément ; on a, d’autre part, constaté que les médaillons les plus récents sont dépourvus de toute peinture. Mais ces deux remarques n’établissent guère que les points de départ et d’arrivée ; vouloir restituer les étapes intermédiaires suivant qu’il y a beaucoup, ou -peu, ou très peu de retouches peintes, c’est pécher par excès de logique à priori.

En réalité, le seul critère, d’ailleurs bien subjectif lui aussi, grâce auquel on puisse juger de l’ancienneté relative d’un de nos vases, ne doit être cherché que dans le caractère même du décor, suivant qu’il paraît refléter l’un de ces grands courants successifs que nous avons coutume de symboliser sous les noms de Phidias, de Scopas, de Praxitèle et de Lysippe, et que nous ne savons plus désigner pour leur dernière période que du terme si vague d’ « hellénistique». On peut admettre que les sujets dont les personnages répondent aux types et- aux proportions de l’art du ive siècle ne sont pas fort éloignés de cette date : entre le milieu du ive siècle par exemple et le milieu du me, on peut placer des sujets tels que ceux d’Athéna, de Méduse, d’Io, de combattants, dont le style sévère rappelle les œuvres phidiesques, ou encore tels que l’Apollon citharède, Dionysos et son cycle, Aphrodite, qui évoquent le cycle praxitélien, ou encore tels que le groupe d’Héraklès et d’Omphale, où l’Héraklès assis fait penser à une œuvre de Lysippe. Tous les autres sujets de nos médaillons appartiennent au répertoire hellénistique, dont on peut placer au milieu du me siècle environ la première apparition ; mais ici, une remarque est nécessaire : l’art hellénistique, -tel que nous le font connaître la statuaire et la peinture, -est fort riche et fort varié ; c’est l’époque où se mêlent tous 1-eis goûts et toutes les tendances, où l'on sait apprécier le style

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académique et le style archaïsant qui cherchent leur inspiration dans le passé, et les .nouveautés pittoresques, spirituelles ou gracieuses qui prennent leurs sujets dans la vie contemporaine et dans la littérature. Or, tout oet ensemble, si touffu 'et si divers, n’a alimenté que maigrement l’art de nos modeleurs et de nos toreutes : peu de •' putti » mignons et dodus, peu de femmes nues, peu de caricatures, peu de paysages, peu d’animaux, aucune scène pittoresque ou réaliste ; rien qui rappelle les grandes œuvres de 1a. sculpture. N’en doit-on pas conclure que la céramique grecque à médaillons n’a pas dépassé sensiblement l’époque où les formes dites « pergamenienne » et « alexandrine » de l’art hellénistique ont commencé à se répandre dans le monde grec ? Et ne doit-on pas supposer que, d’une manière générale, la floraison des coupes et des askoi à reliefs n’a pas duré au-delà de la fin du ne siècle ? Quand on jette un regard d’ensemble sur les sujets préférés de nos potiers, on en retire l’ impression que ces sujets sont restés en général fidèles aux vieilles formules, et qu’ils n’annonoent qu’à peine les types nouveaux dont sera constitué l’art-gréco-romain .

Les lieux de provenance de nos vases se répartissent sur tous les points du monde hellénique, ainsi qu’on en jugera par la liste suivante ; mais on peut voir aussi que certaines régions nous ont. fourni un nombre d’exemplaires beaucoup plus grand que les autres.

Grèce continentale et Iles Ioniennes : Athènes et Le Pirée, 10 exemplaires ; — Eleusis : 2 ; — Mégare : 2 ; — Tanagra : 3 ; — Béotie : 1 ; — Galaxidti : 2 ; — Delphes : 1 ; — Elidé : 1 ; — Atalantié : 1 ; — Thrace : 1 ; — Acarnanie : 1 ; — Dodone : 1 ; — Corinthe : 1 ; — Tégée : 1 ; — Céphélanie : 1 ; — Corfou : 4.

Mer Egée : Délos : 6 ; — 1 Crète : 2 ; — Rhodes : 2 ; — Calymnos : 1 ; — Imbros : 1.

Egypte : Alexandrie : 5 ; — Cyrénaïque : 5 ; — Proven. non précisée : 2.

Asie Mineure : Smyrne : 6 ; — Priène : 1 ; — Troie : 8 ; — Provenance non précisée : 7.

Crimée et Russie Méridionale : 28.

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Il n’est pas douteux qu’une partie au moins de ces divers exemplaires ont été fabriqués dans des ateliers installés aux lieux mêmes de leurs trouvailles : par exemple les nos 4 D et E, trouvés à Odessa et provenant d’un moule unique, les nos 15 B et C de Délos, qui proviennent d’un même moule également. Des moules, nous l’avons vu, ont été découverts en diverses régions. La multiplicité des matrices et des poinçons, la facilité avec laquelle on pouvait se les procurer ou les faire voyager, ont pu permettre aux moindres potiers des localités les plus humbles de fabriquer pour leur clientèle la vaisselle à la mode. Ainsi s’explique la parenté de ces vases, recueillis sur tous les points du monde grec.

Il serait donc intéressant de déterminer dans quel sens se sont faits ces échanges et quel a été ou quels ont été les centres de diffusion. Ces échanges se sont, parfois opérés dans un rayon restreint, qui n’indique nullement un courant commercial ou des influences artistiques : par exemple en Asie Mineure, le motif n° 46 B trouvé à Priène, identique au motif n° 46 A de Troie, mais plus petit que celui-ci, est sans aucun doute le produit d’un surmoulage fait à Priène d’un médaillon venu de Troie.

Avec les médaillons de Méduse nos 4 A et, B, nous voyons attesté un fait, d’une portée un peu plus grande : ces deux médaillons, qui sont l’un et l’autre de Crète, sont, identiques à une applique d’anse d’une hydrie trouvée à. Alexandrie1 ", or, médaillons et appliques ressemblent fort à une tête en bronze2 qui représente la ville même d’Alexandrie. Ce n’est là qu’une conséquence entre autres du rattachement politique, commercial et artistique de la Crète au royaume des Ptolémées (voir Chap. XV).

Des ressemblances constatées entre deux régions très distantes l’une de l’autre semblent ne pas prouver autre chose que l'extrême facilité avec laquelle se déplaçaient les moules et surmoulages : un médaillon portant une Bac-

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