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LE ROLE D'ATHÈNES

DANS LA CÉRAMIQUE A RELIEFS DU IVe SIÈCLE

Les divers aspects de la céramique au cours du ive siècle nous ont montré comment s’est constituée progressivement la mode des « substituts » en argile de la vaisselle métallilique et comment s’est répandu l’usage d’emprunter le décor en relief à toutes les œuvres de métal, quelles qu’elles fussent et qu’il s’agît de vases, de pièces d’armure ou de mobilier ou de bijoux.

Nous avons vu, à partir de la fin du ve siècle, succéder aux lécythes et aux œnochoés à figures polychromes, des hydries et des cratères côtelés, d’ordinaire entièrement noirs, mais parfois ornés de guirlandes dorées autour du col ou, plus rarement, portant des sujets en reliefs appliqués sur l’épaule ou sur une bande à mi-panse. Concurremment, dans divers ateliers, réapparaissait avec un engouement nouveau la fabrication séculaire des vases à lustre noir sans décor et des vases à motifs estampés. Telles furent, semble-t-il, les seules formes sous lesquelles se manifesta pendant la plus grande partie du ive siècle Limitation des modèles métalliques.

Mais, vers la fin du siècle, cette mode prit brusquement un aspect plus riche et plus varié : les belles surfaces lisses, les côtelures fines et régulières, les petites patinettes estampées, les discrets rehauts de dorure, l’élégante sévérité des profils nus, ne satisfaisaient plus une clientèle de moins en moins raffinée, à qui il fallait des œuvres plus compliquées, plus chargées de décor, plus neuves de formes, et qui désirait voir reproduits dans l’argile les motifs variés du réper-

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toire des toreutes et des orfèvres. A cette transformation répondirent, entre 325 et 300, les vases à repeints blancs et roses pourvus d’un décor en relief encore discret, les coupes et les askoi à médaillons, les vases côtelés à timbres, et peut-être aussi sous sa forme première, l’industrie de ces bols à reliefs qui constitua la forme essentielle de la céramique hellénistique (Voir Chap. XVIII et suiv.).

Or c’est dans cette période que se produisait un événement considérable : une nouvelle capitale surgissait avec une rapidité prodigieuse dans le delta, du Nil ; Alexandrie, dès son origine, dépassait en importance et en richesses les anciennes cités de la Vieille Grèce. Dès lors, n’est-on pas en droit de se demander si cette population, neuve et hétéroclite, dégagée de traditions purement grecques, n’était pas dans les meilleures conditions pour entraîner l’art en général, et la céramique en particulier, sur des voies nouvelles ? Et ce mouvement qui poussait les potiers, précisément à l’heure où se fondait Alexandrie, vers l'imitation plus fidèle des ouvrages en métal précieux, n’a-t-il pas eu à Alexandrie même son origine ?

On sait quels efforts ont été tentés pour grouper autour d’Alexandrie certaines expressions de l’art hellénistique. A défaut de trouvailles faites sur remplacement de la ville antique, d’ingénieuses théories ont fait connaître l’art « alexandrin » sous toutes ses formes. Dans le modeste domaine qui nous occupe, ces théories ont, bien entendu, fait aussi leur chemin ; certaines idées sont dès maintenant passées parmi les notions courantes avec la même sûreté que si elles étaient étayées sur des faits nombreux et contrôlés. Nous en ferons abstraction ici pour ne considérer. que ce que nous ont appris, avec certitude ou avec vraisemblance, les diverses séries de céramique examinées dans les chapitres précédents.

Athènes ou Alexandrie ? Teille est la question que nous nous sommes posée chaque fois qu'il s’agissait de rechercher le centre de diffusion de tel ou tel type de vases à reliefs ; et, chaque fois, nous avons cru devoir réagir contre

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deux opinions, d’ailleurs connexes, suivant lesquelles Athènes ne jouait plus qu’un rôle effacé à la fin du ive siècle, tandis qu’Alexandrie la supplantait en imposant à l’industrie ses modes et ses goûts. A reprendre la question dans son ensemble, nous aboutissons à des conclusions plus fermes que celles qu’autorisait notre étude de chaque série en particulier.

Il n’est pas douteux que la ville d’ Alexandrie a manifesté un goût très vif pour les belles œuvres en métal précieux. La célèbre procession de Ptolémée Philadelphe, où défilèrent, des heures durant, les vases et les objets les plus magnifiques, ne fut qu’une somptueuse manifestation de ce goût et l’on peut supposer que le souverain, en étalant ainsi ses riches collections, ne faisait qu’obéir à un engouement général. Mais il ne faut pas oublier que cette fête nous reporte après l’année 285, à une cinquantaine d’années après la fondation de la ville. A cette date avait pu se former une industrie toreutique florissante avec ses méthodes originales ; et uous verrons qu’en fait, cette industrie exerça une influence considérable sur la constitution des bols en relief dont il sera question plus loin.

Mais, entre 325 et 300, à l’époque où apparaissaient des formes nouvelles de poteries à modèles métalliques, quel pouvait être l’aspect de la poterie alexandrine ? Il est aisé de se l'imaginer. Les émigrants venus de toutes parts ne trouvaient’ à Alexandrie aucun élément indigène capable d’assimiler les tendances diverses ; chaque groupe apportait de sa patrie des traditions différentes. Il fallut du temps avant que naquît une cohésion féconde ; et chacun dut se borner à. travailler, côte à côte avec son voisin, sans lien réel avec lui, et suivant la coutume de son pays d’origine. Pour l’industrie céramique, on sait ce qu’attestent les trouvailles faites dans les plus vieilles nécropoles alexandrines : des vases côtelés d'Athènes, des vases à repeints d’Athènes, de Campanie et d’Apulie, des vases à décor noir du Cabirion de Béotie, et des vases imités de ces diverses séries, tels sont les principaux éléments du mobilier funéraire pour

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les premières années d’Alexandrie. Y a-t-il là de quoi soutenir l’hypothèse d’une industrie vigoureuse, capable, dès ses débuts, d’imprimer à l’art céramique une direction originale ? Et ces importations d’une part., ces imitations locales d’autre part, prouvent-elles autre chose que ce à quoi nous nous attendions ? à savoir qu’ Alexandrie, entre 325 et 300, loin de fabriquer pour l'exportation et de répandre au dehors des idées neuves, se mettait à l’école des industries de la Grèce, dont elle accueillait docilement les produits.

Par contre, si nous nous tournons vers Athènes, nous y trouvons toutes les conditions réunies pour favoriser l’éclosion des types nouveaux. L’incomparable valeur de la céramique attique à figures noires et rouges ne doit pas nous faire oublier que, de la fin du vie siècle à la fin du ive, pendant deux siècles d’activité continue, à peine ralentie ou arrêtée par les malheurs de la guerre du Péloponnèse, Athènes est restée le centre de fabrication d’une vaisselle beaucoup plus humble d’aspect et de valeur médiocre, mais où se perpétuait ce principe d’imitation métallique qui allait en fin de compte régénérer l’industrie céramique à la fin du ive siècle. Ce goût pour les modèles de métal se retrouve, on le sait, dans certaines formes de vases peints : telles hydries, produits de l’atelier de Nicosthène, sont directement inspirées par des prototypes métalliques. Les coupes et les canthares à lustre noir ou à décor estampé qui reproduisent des vases de bronze ou d’argent sont pour la plupart des œuvres attiques et c’est à Athènes que l’industrie en est apparue. C’est d’Athènes que proviennent les plus anciens et les plus beaux spécimens de vases côtelés. C’est à Athènes qu’il faut rapporter les premiers exemplaires de la céramique à repeints. C’est sur un vase attique enfin (voir p. 220) que nous trouvons pour la première fois un relief enfermé dans un médaillon. En un mot, Athènes fut pendant tout le v° siècle et continua à être pendant le siècle suivant le centre d’exportation et de diffusion de ces divers types de poterie à imitations métalliques dont on retrouve des spécimens ou

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des fac-similés en Béotie, en Campanie, en Crimée, en Asie Mineure, à Chypre.

Sans doute, à partir de la fin du ive siècle, les conditions politiques deviennent défavorables, et la prospérité commerciale d’Athènes dut se ressentir des conséquences de la guerre Lamiaque, du siège de Démétrios Poliorkétès, de la guerre de Chrémonidès. Et pourtant, Athènes à ce moment encore continuait à exporter des produits d’une beauté incomparable. Par certains vases attiques découverts à Alexandrie, on peut se faire une idée de ce que valaient encore, à cette époque de déclin politique, les potiers athéniens, et se représenter ce qu’avait pu être jusque-là la force d’attraction d’une céramique toujours vigoureuse et sûre de ses moyens.

Que l’on examine par exemple une belle hydrie côtelée de fabrication attique découverte dans la nécropole de Sciatbi \ à Alexandrie (pl. VII b) et qu’on la compare aux hydries égyptiennes de même type et sensiblement contemporaines (pl. VII c). Entre l’une et les autres, il y a toute la différence qui sépare un art dans toute la possession de sa technique, mis en œuvre par des maîtres ouvriers d’une habileté et d’un goût consommés, et un art de débutants maladroits dont l’œil ne sait pas comprendre et dont la main ne sait pas réaliser la sévère beauté d’un profil de vase.

De cette comparaison qui, pour porter sur un point très particulier, n’en est pas moins significative, on peut tirer des conclusions générales relativement à la céramique à reliefs de la fin du ive siècle. Ces hydries et ces amphores côtelées d’Alexandrie sont un amalgame d’imitations diverses : d’Athènes, comme semblent le prouver les trouvailles de Sciatbi, proviennent le type des vases et les cannelures ; d’Athènes, ou d’Italie, provient le décor à retouches ; de Crète, sans doute, provient l’usage des timbres à reliefs. Nous voici en présence d’un groupe typique d’ateliers alexandrins de la première période ; et nous voyons ce dont

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