IV. — BOLS A DÉCOR VARIÉ ET COROLLE VÉGÉTALE
Ces bols constituent le groupe le plus important et le plus digne d’intérêt parmi ceux que nous étudions dans ce chapitre.
L’argile, autant que j’ai pu m’en rendre compte d’après les exemplaires des Musées d’Athènes, de Délos et d’Eleusis, est la même pour la plupart d’entre eux : rose saumon plus ou moins foncé, et très fine.
Les formes autres que les bols y sont rares. La seule variante connue est donnée par deux fragments recueillis sur le versant Ouest de l’Acropole : ce sont des bols couronnés d’un rebord droit et surélevé sur lequel ont été peintes, en retouches blanches et roses, des guirlandes de lierre, des rinceaux, des dauphins.
La disposition du décor répond aux règles suivantes : le rebord est souligné d’une à trois bandes étroites de petits motifs répétés, entre des cercles continus ou ponetués. Autour du fond court une corolle, à un ou plusieurs étages, de folioles. Sur le fond, la rosace habituelle est parfois remplacée par un médaillon qui rappelle les « emblèmes » des coupes et des askoi.
En ce qui concerne le décor principal, on peut distinguer deux types qui, selon toute apparence, correspondent à des différences de dates.
Le type le plus ancien est caractérisé par une frise de personnages se succédant sur lia même rangée et sans que les intervalles soient garnis d’autres motifs (pi. X, b). Il répond tout à fait à la seconde classe des bols béotiens.
Dans un groupe plus récent, il faut placer les vases où les étages inférieurs de folioles tendent à envahir la panse, et dont la zone principale est surchargée de motifs de toutes sortes, d’origine figurée, géométrique ou végétale (fig. 67). Le remplissage est devenu de règle, et nous assistons ainsi au retour vers des procédés de décoration archaïque : le potier n’a d’autre but que de laisser le moins de vides possible ; tout lui est bon pour garnir les intervalles.
LES BOLS A GLAÇURE
Mais entre ces deux groupes, il n’y a pas une différence sensible de répertoire ; toutefois, le second qui n’est qu’une modification du premier, présente un décor plus riche et emprunté à des sources plus variées.
Si' l’on met à part les motifs qui décorent les bandes de bordure, les corolles végétales du pied, les rosaces du fond, on constate que le répertoire d’origine figurée est de beaucoup le plus abondant. On devrait donc s’attendre à relever
Fig. 67.
Bol de Delphes (d’après Delphes , V, p. 175, fig. 738)
entre ces bols et ceux de Béotie une parenté d’autant plus proche que les uns et les autres présentent une forme identique et que sur les uns et les autres, nous l’avons vu cidessus, l’ arrangement ornemental est quelquefois très semblable. Or, il n’en est rien. Nous ne retrouvons ici aucun des personnages de l’épopée ou de la tragédie ; c’est tout juste si une nef (fig. 72, z,s), une Scylla (fig. 70, 23), de rares épisodes des exploits d 'Hercule (fig. 70, 21), peuvent nous rappeler tels bols béotiens (bols nos 31, 25, 26) ; encore ne
les rappellent-ils que de très loin. Bien plus, le motif des «tresses», si caractéristique des bols béotiens, ne s’y retrouve que très déformé et réduit à ses lignes élémentaires (fig. 68, :)• Les seules véritables ressemblances portent sur les bols béotiens de la classe B, et n 'intéressent que le décor de bordure, ou le calice de folioles.
Le fait n’est pas sans importance, et méritait d’être signalé avant l’examen du répertoire décoratif de nos bols.
Fig. 6S. Bols a gi.açure. — Motifs décorant les bords.
A. — Motifs des zones de bordure (Fig. 68).
1. Pointillés et pastilles. — 2. Chevrons. — 3. Enroulements. — 4 et 5. Spirales. — 6. Postes. — 7. Tresses. — 8. Cœurs. — 9. Oves (d’ordinaire sans dards). — 10 et 1:1. Palmettes et fleurons (toujours unis à des enroulements du type 3). — 12. Rosettes. — 13. Fleurs. — 14. Fleurs d’arec. — 15. Boutons de roses. — 16. Palmes. — 17. Grappes de raisins. — 18. Dauphins. — 19. Poules-d’eau. — 20. Bucranes. — 21. Masques.
Les oves, les enroulements, les tresses et les pointillés
LES BOLS A GLAÇURE
sont de beaucoup les plus usités de tous ces motifs ; leur origine est évidemment métallique : Love sans dard se trouve en règle générale sur la lèvre des hydries de bronze eu de leurs substituts d’argile : les enroulements, les tresses, les pointillés sont aussi du domaine de la toreutique ; il en est de même des rosettes, des postes, des masques qui dérivent évidemment des masques de Silènes appliqués aux attaches d’anses.
B. — Décoration de la panse (Fig. 69-72).
Cycle Dionysiaque :
1. — Dionysos debout, appuyé sur un pilier (hennés ?), dans un mouvement praxitélien ; il porte la nébride autour du corps et tient dans la main gauche une sorte de pedum. La panthère familière est accroupie à ses pieds.
2. — Femme debout, la main droite à la hanche, la main gauche tenant un sceptre. Comme elle fait pendant à Dionysos sur le même vase, elle doit sans doute être identifiée avec Ariane.