Têtes
а) Gorgone ;
б) Héraklès et' Alexandre-Héraklès ;
c) Tête d’Athéna Parthénos (Zahn, Arch. lahrb.,
d) Masques divers.
Le motif des rosaces est, ainsi que nous l’avons vu (p. 337), emprunté à la vaisselle métallique. Le Gorgonéion
1. Prisse d’Avesmes, Hist. Art Egypt., Atlas, II, pl, 84 ; cf. aussi une hydrie d’Hadra, Edgar, Greek Vas., pl. XV, n° 26.230.
2. Edgar, Greek Vas., pl. XV, n° 26.230 ; cf. également ibid., n° 26.226.
3. Rubensohn. Hellenist. Silbergef., pl. I (moulage d’après un plat d’argent).
sc rencontre fréquemment sur les coupes à « emblèmes » (voir p. 227, n° 4). La tête d’Héraklès imberbe se voit sur les monnaies de Philippe II et d’Alexandre 1.
Par quels liens les bols de la classe IY se rattachent-ils à la toreutique ? Et dans quelle mesure sont-ils les fac-similés de modèles en métal ?
Nous avons vu que les bols béotiens les plus anciens (groupe A) étaient probablement, au moins pour la plupart, des surmoulages de vases de bronze ou d’argent ; qu’il en allait de même pour les bols à décor végétal et floral (p. 336) ; qu’enfin les bols à godrons (p. 332) imitaient un type très ancien dans la vaisselle métallique. Pour chacune de ces séries, l’étroite dépendance de la poterie à l’égard de la toreutique est indéniable ; et cependant, pour la première d'entre elles, il reste encore à en découvrir les prototypes exacts : j’entends, des coupes apodes, «à bords évasés, portant une rosace sur le fond, et ayant un décor figuré entre deux bandes étroites de motifs géométriques.
Pareillement, dans le cas qui nous occupe, nous ne pouvons pas alléguer le moindre modèle de métal. Sans doute, tout, dans nos vases, révèle une origine métallique : mais nous ne connaissons aucun bol d’argent ou de bronze qui puisse être considéré comme en ayant constitué le modèle précis ; nous ne connaissons aucun bol qui présente à la fois, une corolle inférieure de petites feuilles et une décoration empruntée à des motifs géométriques, végétaux et animés. Dans ces conditions, deux explications peuvent être envisagées.
Ou bien le décor de nos vases combine des éléments de diverses provenances : folioles de bols métalliques tels que ceux de la figure 66, motifs animés ou végétaux pris à ces mêmes modèles, personnages empruntés à un groupe toreutique analogue à celui dont dérivent les bols béotiens ;
1. Cf. une effigie toute semblable sur une télradrachme macédonienne (Bill, Histor. Gr. Coins, pl. VII, 59).
LES BOLS A GLAÇURE
Ou bien ce décor imite celui de vases en métal qu’un fâcheux hasard a fait disparaître, mais dont l’existence n’est pas plus improbable que celle des prototypes exacts des bols béotiens.
J’avoue avoir hésité entre ces deux explications. Le problème est en effet d'ordre purement théorique ; les faits nous manquent ; et dans il’ un et l’autre cas, on peut fournir des analogies et des arguments également plausibles. J’incline toutefois vers la seconde hypothèse et je pense que nos bols attestent l’existence de spécimens métalliques actuellement disparus. Ceci pour deux raisons.
En premier lieu, il est hors de doute que les fabricants de ces bols n’avaient guère de goût et manquaient totalement d’imagination. Toute leur initiative, sans aucun doute, consistait soit à mouler entièrement les œuvres des toreutes, soit à en tirer des poinçons séparés, soit, plus -rarement, à en faire à main levée des imitations rapides et incorrectes. Ils étaient asservis aux inventions d’autrui. Or, c’est une nouveauté, et qui décèle quelque sentiment esthétique, que cet arrangement du décor, avec une zone de personnages et une couronne végétale, tel que nous le. présente, par exemple, le bol figuré sur la PI. X b. Il est douteux que cette disposition soit due aux potiers.
D’autre part, parmi les motifs en usage ici, il en est sans doute qui sont l’œuvre des fabricants de vases. Mais beaucoup sont trop corrects, trop finement exécutés et avec un trop grand souci du détail pour ne pas être dus au surmoulage de modèles métalliques. Quels pouvaient être ces modèles ? Parmi ceux auxquels nous pouvons penser, les pièces de harnais, ou d’armure, les couvercles de miroirs, les timbres appliqués aux attaches d’anses, sont de dimensions sensiblement trop grandes ; seuls, des vases pouvaient fournir des motifs ayant la mesure convenable.
Je ne pense pas toutefois que l’un quelconque de nos bols soit un surmoulage d’un exemplaire métallique. La liberté même avec laquelle les potiers pouvaient, grâce au procédé des poinçons séparés, multiplier leurs produits et en re-
nouveler indéfiniment l’aspect, était loin de favoriser une imitation rigoureuse. Tout ce qu’on peut dire de leurs modèles, sans trop d’invraisemblance, c’est qu’ils devaient sans doute avoir la forme même de nos bols, avec un galbe renflé et un rebord assez haut et légèrement évasé ; c’est que la rosace du fond devait être entourée d’une zone de folioles diversement arrangées ; et qu’enfin le décor principal devait primitivement consister en sujets d’origine mythologique, combats d’amazones, travaux d’Héraklès, centauromaehies, scènes bachiques, etc..., formant un ensemble homogène. Je crois que le caractère hétéroclite et la disposition souvent confuse du décor des bols en argile est le fait des potiers, et non des toreutes, car ce que nous connaissons de l’œuvre de ceux-ci dénote un goût singulièrement plus sûr et un sens plus raffiné de l’ordonnance logique et claire.
Dans quelle région ce type de vases métalliques a-t-il pu prendre naissance ? Et quelle portée faut-il donner à la présence, dans le décor, d’éléments remontant à l’ancien art égyptien ? Nous examinerons plus tard, au Chapitre XXII, cette question dans son ensemble. Bornons-nous seulement ici à remarquer que ces éléments se réduisent à peu de choses : des boucs affrontés, peut-être des poules-d’eau (si tant est que ce ne soient pas tout simplement les débris d’une scène représentant Héraklès chassant les oiseaux du lac Stymphale). On a pensé aussi que les rosaces des fonds et les corolles de petites feuilles étaient des inventions de la toreutique alexandrine, pour la raison que les vases de métal où on les rencontre le plus anciennement proviennent d’Alexandrie.
Les bols étudiés ici proviennent, pour la plupart, d’Athènes, d’Eleusis, de Mégare, de Délos. Les autres régions représentées sont Tanagra (1 exemplaire, Athènes, Mus. Nat., Inv. 2109), Argos (2 ex., Waldstein, Arg. lier., II, pl. LXII, 36, 37), Delphes (3 ex., Delphes, V, nos 425, 430, 432), Crète (1 ex., Coll. Sah., pl. LXXIII, 2 et peut-être aussi un
LES BOLS A GLAÇURE
autre, Ibid., 1), Kythnos (Coll. Sab., pl. LXXIII, 3), Kalymnos (1 ex., Cat. Br. Mus., G J 00), la Russie Méridionale (3 ex., Arch. Iahrb., 4908, p. 45-49) L’aire de diffusion est donc plus grande qu’on n’eut pu l’attendre, eu égard au petit nombre de spécimens conservés.
Parmi ces exemplaires, j’en connais au moins deux qui sortent du même moule : l’un a été trouvé à Eleusis (Musée d’Eleusis), l’autre provient de Kythnos {Coll. Sab., pl. LXXIII, 3). Il est donc assuré que ces bols ont fait l’objet d’un commerce d’exportation.
D’autre part, il est aisé de se rendre compte que certains motifs tirés des mêmes poinçons se retrouvent sur des vases de provenances diverses ; par exemple, le groupe bachique n° 3 (fi g. 69) est le même sur un bol d’Eleusis, sur un de Grimée, et sur un de Tanagra (Nicole, Suppl., n° 1300 = Inv. 2103) ; le motif n° 30 (Niké ailée, fig. 70) se voit sur des bols d’Athènes, d’Eleusis et d’Argos ; le motif n° 26 a (enlèvement de Thalie ?, fig. 70) à Delphes et à Délos ; le motif 26 c (fig. 70) à Athènes et en Grimée, etc... Devonsnous penser, comme on l’a dit bien souvent, que ce ne sont pas seulement les vases, mais encore les moules ou les poinçons qui ont voyagé ?
Qu’on ait exporté aussi bien des moules que des vases, cela n’est guère douteux, bien qu’on doive considérer le fait comme exceptionnel. En revanche, je crois que les poinçons n’ont jamais quitté les ateliers où on les avait confectionnés. Car, si nous supposons qu’ils ont été l’objet d’un trafic, nous devons admettre aussi, par exemple, qu’entre un vase de Crimée et un autre d’Athènes, se rattachant à un style identique, il devrait y avoir des différences techniques portant sur la qualité de la couverte et de la terre. Or, il n’en est rien. M. Zahn, étudiant des bols de Crimée \ a observé qu’ils sont, de ce point de vue, identiques aux autres. J’ai fait pour ma part à Délos, à Eleusis, au Musée d’Athènes, les mêmes constatations. Le contraire eût