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CHAPITRE IV

LA CRÈTE

Au lendemain de l’invasion dorienne, la céramique à reliefs subit en Crète des transformations radicales. Jusqu’à cette date la fabrication des vases de ce genre était demeurée en quelque sorte exceptionnelle. Désormais, elle passe au premier plan, tandis que la céramique peinte s’éteint après une dernière poussée1 ; ce n’est plus seulement à la décoration des vases que s’applique la technique du relief : le modelage de la glaise, sous toutes ses formes, devient une spécialité crétoise ; et l’habileté des ouvriers crétois ne se signale pas seulement dans la parure enrichie et originale des pithoi, mais encore dans la confection de plaques décoratives, de frises, de corniches, de métopes, et, plus tard même, de statues 2.

A cette variété d’aptitudes correspond, dans les ateliers de Crète, une diversité de styles qui contraste avec l’unité et la fixité de l’âge antérieur. Il semble que c’ait, été le résultat du bouleversement ethnique qui renouvela au moins en partie la race égéenne et qui eut, d’autre part, pour conséquences l’abandon des anciens grands centres et le fractionnement de 1 ’ île en cantons plus ou moins fermés, où chaque groupe de potiers travailla suivant ses . préférences et ses traditions de métier : si peu nombreux que soient encore les spécimens de la céramique à reliefs crétoise re-

1. Sur le style géométrique crétois, voir Pfuhl, Ath. Mitt., XXVIII, 1903, p. 153 sqq : Droop, Ann. Brit. Sch.. XII, 1905-6, p. 24 sqq.

2. Cf. W. Deonna, Les statues de terre cuite en Grèce, p. 53 et suiv. ; Am. Journ. Arch., V, 1901, pl. X, XI, XII... ; Bull. Corr. Hell., XXVI, 1902, p 572-576.

LA CRÈTE

montant à cette période, on peut du moins en retirer l’impression très nette que certaines variétés de styles correspondent à certaines régions ; il n’y eut plus un style crétois unique, mais des « écoles » qui n’eurent entre elles d’autres liens que certaines tendances générales.

Il faut mettre à part des spécimens isolés, et tout à fait exceptionnels, qui attestent la survivance fidèle des traditions préhelléniques. Un exemple caractéristique nous est offert par un pithos de Prinia 1', qui date du ixe ou du vnf siècle. La forme répond au nouveau type (voir p. 35) : le vase a un pied étroit, un col haut et cylindrique, une anse verticale ; mais la paroi est couverte sur toute sa hauteur, ainsi que l’anse et le pied, de bandes plates circulaires, portant des « flots » incisés, et de cordons accolés, qui rappellent les anciennes jarres minoennes

Mais, dans son ensemble, le répertoire décoratif de la céramique à reliefs crétoise est surtout formé d’éléments nouveaux. Les vases de cette période peuvent se répartir en trois groupes :

Dans un premier groupe, on peut ranger les vases dont la décoration est empruntée principalement à l’ancien répertoire mycénien. Tout comme il y eut plus tard un style « néo-attique », il exista à cette époque, pour le décor plastique, un style « néo-mycénien ».

Un deuxième groupe, dont certains spécimens font transition entre le précédent et le suivant, se caractérise par l’adoption de certains motifs (palmetbes, sphinx, etc...) empruntés à l’Orient. C’est donc, dans une certaine mesure ; un style « orientalisant ».

Avec un troisième groupe enfin, se manifeste une tendance singulière, unique dans toute l’histoire de la céramique a reliefs : Limitation de certains éléments architecturaux.

1. Pernier, Annuar. Scuola arch. ital. Atene, I, 1914, p. 66, fig. 3o.

42 PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE

I. LE STYLE « NEO-MYCENIEN ». — Les plus anciens spécimens de ce style sont les vases de l’antre diktéen, où l’emprunt fait aux vieilles, traditions crétoises semble n’être qu’une conséquence de coutumes religieuses.

Vases de l’antre dikteen. — Les fouilles de M. Hogarth dans la grotte que l’on considère à juste titre comme le célèbre antre du Mont Dikté, ont exliumé des débris de vases, malheureusement trop peu nombreux, dont le caractère est unique 1.

Fig. 8. — Fragments de Vases trouvés dans l’antre du Dikté

(d’après Ann. Brit. Sch., VI, 1899-1900, p. 104, fig. 34)

Les fragments publiés proviennent tous de cols larges et hauts, à parois verticales. Sur le fond nu, qu’encadrent au haut et au bas des bandes incisées ou à empreintes, se succède, sans souci d’équilibre ou de régularité, sans ordonnance quelconque, une suite de motifs divers qui sont tous empruntés au matériel de la vieille décoration religieuse de Crète (fig. 8) 2 : un autel à cornes chargé de fruits, des bipennes 3, des bucrânes et des crânes de chèvres sauvages,

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