B. Grâf, Ant. Vas. Akrop. Ath., pl. XI, 319 a, 322 a
38 PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE
La rareté et la dispersion des spécimens analogues à ceux que nous venons de décrire indiquent qu’il s’agit moins, en ces cas divers, de tâtonnements ou d’hésitations précédant la découverte de formules nouvelles, que de stériles survivances d’une tradition sur le point de disparaître.
D’une manière générale, c’est dans une autre voie, et qui l’éloignait complètement du passé, que s’engagea alors la céramique à reliefs. De ce qui avait caractérisé le style préhellénique, il ne demeura à peu près rien, si ce n’est l’usage des disques en relief ou incisés ; les « cordes » et les pastilles disparurent ; et les bandes, qui jusqu’alors avaient constitué le décor principal, ne servirent plus qu’à délimiter des champs décoratifs.
Munie d’une technique nouvelle, la céramique à reliefs devint susceptible de se plier aux fluctuations de la mode, et, sur le modèle de la céramique peinte ou de la toreutique, de suivre plus ou moins fidèlement les tendances successives de l’art. Il y eut d’abord un style « géométrique », caractérisé par l’emploi de certains motifs linéaires, tels que les lignes droites ou brisées, les dents-de-loup, les quadrillages, les cercles, et par l'encombrement du champ décoratif. Les exemplaires de ce style sont d’ailleurs rares ; et l’on ne peut en rien les comparer à la floraison analogue de la céramique peinte. Il y eut aussi, presque simultanément, un style « orientalisant », dans lequel, à côté d’éléments mycéniens plus ou moins transformés, s’introduisirent des motifs empruntés à l’Orient : torsades, fleurons, lotus, sphinx, centaures, zones d’animaux, chars. Il y eut enfin un style qui correspond à celui des vases à figures noires, en ce sens que les motifs de remplissage ont à peu près disparu, que les éléments orientaux, et, d’une manière générale, les motifs géométriques en sont éliminés progressivement au profit de sujets où l’homme joue un rôle prépondérant, et qu’enfin l’observation de la réalité y tient une place de plus en plus grande.
On peut donc dire que la céramique à reliefs a suivi une
CARACTÈRES GÉNÉRAUX
Évolution parallèle à celle des autres arts ; mais on ne doit pas pousser l’analogie au delà de ces considérations générales. Car, d’une part, sauf pour ce qui concerne la classe la plus récente, il n’existe aucune ressemblance profonde entre les vases à décor plastique et les vases à décor peint ; on ne rencontre jamais, avant la fin du vie siècle, un vase à relief qui puisse exactement se « transposer » en vase peint ; mais il est exact de dire que les deux courants, s’ils ne se mêlent pas, remontent à une source commune et suivent la même direction. D’autre part, l’usage même de la technique nouvelle du poinçon ou du rouleau, après avoir permis l’adaptation à l’art du jour, contribuait ensuite à fixer traditionnellement certains modes de décor ; il en résulta que la céramique à reliefs, au lieu d’évoluer dans un sens continu, procéda d’ordinaire par transformations successives.
Mais, par un phénomène curieux, la Crète a été à peu près le seul pays où ces transformations se soient opérées sur place. Partout ailleurs, il est à remarquer que les produits de chaque région gardent leur style propre ; et qu’il faut passer de l’une à l’autre, pour voir de quelle manière s’est modifié, dans la suite des temps, le style de la céramique à reliefs.