LES VASES A RELIEFS ÉMAILLÉS
On sait que l’émail est une invention de l’ancienne Egypte où il apparaît dès l’époque préhistorique, et que l’usage s’en répandit à Suse, vers le me millénaire, et, plus tard, en Assyrie et en Perse. La Grèce archaïque, qui de tant de manières s’était mise à l’école des arts orientaux, n’adopta jamais ce procédé, soit qu’il fût d’une technique trop compliquée, soit plutôt parce que l'usage de la décoration peinte et du vernis s’était imposé de trop bonne heure pour n’avoir pas créé, dans les ateliers et parmi leur clientèle, une accoutumance invétérée.
Les quelques faïences égyptiennes qui furent, à cette époque, importées dans la Grèce propre1, n’y suscitèrent aucune imitation ; et c’est seulement à Rhodes 2 et à Naukratis 3, c’est-à-dire dans des régions en contact direct avec l’Orient et l’Egypte, qu’on voit des oeuvres de style grec, — figurines et vases, — revêtues d’émail.
Plus tard, à l’époque classique, les pays qui auraient pu ■être les intermédiaires entre l’Egypte et la Grèce, — Chy-
1. A Egine : Rayet-Collignon, Céramique..., p. 367, fig. 138 ; Furtwangler, Aegina, II, p. 386-390 et Vasensamml. Berlin, n° 1289 ; à Argos : Waldsitein, Argioe Heraeum, III, p. 367-374 ; à Eleusis (inéd.) ; à Lindos (Rhodes) dans le sanctuaire d’Athéna (inéd.).
2. Perrot-Chipiez, III, p. 680; Rayet-Collignon, op. L, p. 369; Heuzey, Cat. fig. t. c. Louvre, p. 214 ; Dict. Antiq., s. v. Figlinum (Jamot), p. 1131 ■et Vitrum (Morin-Jean), p. 948.
3. Petrie, Naulcratis, p. 14 et 38 ; Prinz, Funde ans Nauhratis, p. 100 sqq. •Cf. Petrie-QuibeJ], Hieracopolis, pl. XVIII, 8, 12, p], XXII, 1, 10, etc... ; von Bissing, Fayencegef üsse, Mus. Caire, p. VII. Sur les vases archaïques de style phénicien, voir Dict. Antiq., s. v. Vasa (Pottier), p. 6o7.
pre 1, Rhodes, Naukratis, — étaient passés entièrement sous l’influence de l’art attique, dont les produits avaient momentanément remplacé sur les marchés locaux ceux de l’art oriental et égyptien.
Il fallut la ruine des traditions, le bouleversement des goûts, le déplacement vers l’Egypte ptolémaïque du centre industriel et artistique, pour faire revivre le procédé de l’émaillage, qui, dès lors, fut à peu près invariablement uni à celui de la décoration en relief 2.
Les vases à reliefs émaillés d’époque hellénistique présentent une grande variété de tons ; toutes les nuances de vert et de bleu, de jaune et de brun y sont représentées. Le gris et le blanc n’y sont point rares.
Les analyses de Mazard ont montré qu’il fallait distinguer deux qualités d’émail. L’une se rattache à la technique traditionnelle de l’Egypte et de l’Orient ; elle est à base de silice et de soude ; la coloration en est ordinairement vert émeraude ou bleu d’azur3, d’un ton clair ; la matière, d’aspect vitreux et opaque, est devenue, sur certains exemplaires, poussiéreuse et friable. C’est une simple pâte de verre étendue sur l’argile, et soudée à celle-ci par le feu. L’autre, plus éclatante, plus solide et néanmoins plus diaphane que la première, n’a été découverte qu’à l’époque hellénistique ; c’est une « glaçure plombifère » (Mazard) ; le plomb y a servi de fondant aux éléments métalliques, — protoxyde de cuivre, litharge, minium, — qui la colorent dans toutes les nuances du vert, du brun ou du jaune.
1. Herrmann, die Nekrop. Marion (iSs Berlin I ï'inck. progr.)
2. Sur la céramique à reliefs émaillée d’époque hellénistique, voir Rayet- Collignon. op. L, p. 371-378 ; Walters-Birch, Ane. Pott"., I, p. 128-130 ; Jamot s. v. Figlinum, ap. Saglio-Pottier, Dict. Ant., p. 1132 ; Pottier, s. v., Faso, p. 6G2 ; Zalm, Amtliche Berichlen aus den Kônigl. Kunstsamml., XXXV, 1913-14, p. 277-314. Le travail le plus important sur la technique est celui de Mazard, De la connaissance par les anciens des glaçures plombijères (Mus. Arch., 1879, p. 30-71).
3. Dans l’ancienne céramique égyptienne, l’émail polychrome est d’un emploi exceptionnel (Cf. H. XVallis, Egypt. ceram. art, pl. IV et Macgregor Collection, pl. V).
LES VASES ÉMAILLÉS
FAÏENCES ALEXANDRINES. — D’une manière générale, la céramique à reliefs émaillée, de même que la céramique vernissée, peut être répartie entre deux groupes, dont l’un a pour origine l’Egypte ptolémaïque et l’autre l’Asie Mineure.
Le groupe alexandrin a été, comme nous allons le voir, de beaucoup le plus varié et le plus abondant : on y trouve l’émail siliceux et la glaçure plombifère, des types purement céramiques et des imitations de la vaisselle de métal, des formes traditionnelles et des formes neuves, des dispositions ornementales ou des motifs inspirés de l’art égyptien et de l’art grec. D’une manière générale, l’usage de l’émail y correspond à des innovations telles que bien peu de choses, dans cet art, rappellent la céramique à reliefs vernissée. Et l’on verra en outre que, si la céramique vernissée alexandrine présente un grand caractère d’unité, c’est au contraire la diversité qui caractérise les vases émaillés de même provenance.
Vases a reliefs excisés. — Ces vases sont des bols, des skyphoi ou de petites cruches à panses sphériques, dont le décor s’étage en zones. Les motifs, où les détails sont sommairement indiqués par des incisions d’un trait rapide, se détachent, plats, et à peine saillants, sur le fond champlevé. Cette technique, d’un type tout à fait exceptionnel, fait penser à certains vases d’époque archaïque, par exemple aux pithoi rhodiens. Il va sans dire que c’est, là une simple coïncidence : les procédés expéditifs d’un art en décadence rejoignent ici, comme c’est bien souvent le cas, les gaucheries de l’art, primitif.
On remarquera de plus que, pour ces vases, il n’y a pas lieu d’invoquer l’imitation métallique ; nous ne connaissons aucun exemplaire de métal auquel on puisse, les rattacher, fut-ce d’une manière lointaine. Us reprennent un type purement céramique, de l’Egypte ancienne, qu’ils renouvellent par l’usage du relief et par le répertoire ornemental.
De ce point de vue, un bol du Louvre (Inv. CA 1827), trouvé, dit-on, à Dodone, mais dont, en tout cas, la provenance égyptienne n’est point douteuse, peut être placé en tête de cette série. Ainsi qu’on le voit par la figure 107, il présente exactement la forme typique des bols de l’ancienne céramique égyptienne ; et d’autre part, la présence, sur le fond, d’un calice végétal, la répartition en zones séparées par des bandes, rappellent certains exemplaires 1 de
cette céramique. Seul, le décor de la partie supérieure, — flots, quadrillages, guirlande de feuilles, griffons, — représente l’élément grec.
Avec des skyphoi, à fond plat et pourvus d’une anse à crochets 2, nous nous éloignons de la tradition égyptienne que représentent seulement le calice végétal et les bandes plates divisant le décor ; mais la forme du vase, des motifs tels que les guirlandes, les flots, les griffons, les palmettes, sont empruntés au répertoire de la céramique à reliefs contemporaine.