‹ Les vases grecs à reliefsChapitre 28 sur 312 · Par ex. Perrot-Chipiez, VI, p. 827, fig · texte numérisé non relu

Par ex. Perrot-Chipiez, VI, p. 827, fig

LA CRÈTE

l'imitation des ouvrages métalliques dans la décoration en relief. Il est hors de doute en effet que les petits ornements en spirales et les rosettes donnent l’impression d’un travail de bijouterie. Nous verrons plus tard (Chap. VIII) dans quelle mesure cette impression est fondée.

II — LE STYLE « ORIENTA LISANT ». — Ce style est représenté par des oeuvres d’un type plus avancé 1 qui nous conduisent à la fin de l’époque archaïque ; la tradition ancienne subsiste, mais déjà très transformée et presque méconnaissable ; le décor est à peu près entièrement envahi par les motifs nouveaux qu’impose au monde Grec la nouvelle mode orientale. Sur ces vases, dont il ne demeure du reste qu’un petit nombre de fragments (pour la plupart découverts à Prinia), ce qui se rattache au passé, ce sont les bandes plates ornées, les enroulements, les empreintes de petits disques. Mais le caractère est tout autre : les bandes ondulées se sont transformées en palmettes du type archaïque, en postes, et en larges godrons imités des « cimaises lesbiques». Il est probable que là encore, comme pour quelques vases du groupe précédent, le décor architectural n’a pas été sans exercer une action sensible. Quant au décor nouveau, il comprend des motifs plus fortement imprégnés d’influences orientales que ne le sont ceux des vases néomycéniens : tels sont par exemple, des sphinx accroupis (fxg. 10), dont la longue chevelure est plissée horizontalement et qui portent sur la tète un ornement en boucle retombante, d’origine mycénienne2, et fréquent dans l’art oriental et orientalisant 3 ; un aigle de style gréco-oriental 4 ;

1. Savignoni, Am. Journ. Arch., V, pl. XIII, 7, 8, 10, 11 (frag. d’un même vase), 5, 6, 9, pl. XIV, 10, 11, 12, 13. En outre frag. de Goula (Poulsen, Orient, vnd die frühgriech. Kunst , p. 148, fig. 174).

2. Cf. par ex. un ivoire de Spata, Bull. Corr. Hell., II, 1878, p. 217, pl. XVII.

3. Cf. par ex. des cuirasses gravées d’Olympie, Olympia, IV, p. 133 et saiv., pl. LVIII, LIX. Cf. aussi Bull. Corr. Hell, VU, 1883, pl. I-II.

4. Cf. Olympia, IV, p. 103, n° 708 ; Furtwângler, Goldfunde von IVetters {eld, p. 24.

PÉRIODES PRÉ ARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE

des suites de bouquetins et de chiens courants. Une course de cavaliers et de chars auprès d’un trépied rappelle les peintures de vases corinthiens U

Fig, 10. — Fragment de Jarre Cretoise (d’après Ibid., pi. XIII, 10, 11)

Ce groupe est donc moins purement indigène que le précédent ; il comprend des vases dont l'ornementation se ressent très vivement des influences étrangères et en particulier, comme c'est le cas pour tout l’art insulaire du au6 siècle, des influences de l’Orient. Il marque une transition entre une céramique très asservie au vieux répertoire décoratif mycénien et crétois, et cette céramique, purement crétoise, mais dont le style est entièrement renouvelé, que représente le groupe suivant.

III. — LE STYLE « ARCHITECTURAL ». — On sait que le vieux temple en bois, ancêtre du temple de pierre, était

1. Cf. Vasensamml. Berlin, n° 1635 ; Wiener Vorlegeblâtt, 1889, pl. X. Pour les lièvres courants, voir les exemples donnés par Loeschcke, Arch. Zeit., 1881, p. 33 et suiv. et Perrot-Chipiez, VI. p. 934, ûg. 496.

LA CRÈTE

revêtu, aux métopes, à la frise et sur les parois du naos, de plaques en terre cuite peinte. L’exemple le plus célèbre est celui du temple de Thermos. Dans la Crète dn vT siècle, où le bas-relief et la statue de terre cuite 1 semblent perpétuer la technique minoenne du stuc et de la faïence, c’est le relief qui, sur les plaques de revêtement, tient lieu de tableau peint ; bien entendu, ce relief était bariolé de couleurs crues, selon la tradition. Le plus célèbre exemple est la frise du temple dit de Zeus Diktéen à Palaikastro 2 qui représente un char avec cocher debout et guerrier y montant, et un autre guerrier debout, équipé comme le premier d’une lance et d’un bouclier rond ; un chien court sous les chevaux ; la frise est encadrée de tores en torsade. Le Musée de Candie possède également des restes d’une frise du temple de Prima 3 : on y voit sous un couronnement de méandres, et sur une base de godrons enchevêtrés, des cavaliers, avec le bouclier rond, la lance sur l’épaule et le casque en forme de polos très aplati, montant des chevaux dont les paites et la queue sont démesurément allongées. Enfin, on connaît toute une série de fragments de plaques en terre cuite découvertes à Praesos et dont la plupart sont du vie siècle 4 ; les sujets sont variés : guerriers casqués avec boucliers ronds et épées, femmes de type très archaïque, guerriers emmenant de force un enfant, satyres, griffons, palmettes, fleurs de lotus...

Or, cette décoration a eu une influence très marquée sur certains ateliers contemporains, et une influence telle que les potiers ne se sont pas bornés à imiter les motifs, mais qu’ils ont essayé, par des artifices d’un goût malheureux,

1. Voir par ex. B rit. Sch. Ann., VIII, 1901-2, pl. 13 et XI, 1904-5, pl. 15.

2. Pernier-Karo, Antiqu. Crét., I, pl. XLIII (= Brit. Sch. Ann., XI, pl. 15) ; PO m. Mitt, XXI. 1906, pl. II. Le Musée du Louvre possède une frise de sujet identique, provenant de Kythnos (Bull. Curr. Hell., XII, 1888, p. 500, n.° 15).

3. Voir la si curieuse restitution de ce temple, due à la science ingénieuse de M. Pernier (Ami. sc. it. At.., 1914, pl. I)

■î. Amer. Journ. Arch., V, p. 384-392, et pl. X, XI, XII : Bull. Corr. Hell., XXVI, 1902, p. 572-576.

PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE

de donner à la partie supérieure de leurs vases, l’aspect élémentaire d’une structure architecturale.

Des vases de cette série il ne reste qu'un petit nombre de fragments ; c’étaient de grandes jarres à hauts cols du type courant à l’époque antérieure (Voir pl. I c). La différence essentielle de forme, c’est que les anses verticales sont remplacées par des tenons horizontaux appliqués sur le col même, un peu au-dessous du rebord. Or, dans cette partie cylindrique qui appelait si peu un décor de nature architecturale et où d’ailleurs, l’application d’un décor quelconque était gênée par la présence de tenons massifs et oblongs, les potiers se sont ingéniés pour que tout rappelât la décoration d’un couronnement d’édifice : le rebord est aplati et saillant comme un chéneau ; la corniche s’orne d’enroulements qui veulent donner l’illusion d’une suite de palmettes et de godrons tels qu’on les voit sur les cimaises ; de place en place pendent des languettes h ou même, comme pour le vase bien connu de Lyttos (fig. 11)1 2, des masques

de gargouilles. Quant au décor, il est divisé en métopes au moyen de bandes verticales qui rappellent des triglyphes ;

1. Frag. de Praesos : -4m. Journ. Arch.. V, p. 409, fig. 2 b.

2. Bull. Corr. Hell., XII, 188S, p. 501, n° 47 ; Ath. Mitt., XI, 1886, p. 45 et suiv., pl. IV, 2.

Fig. 11. — Fragment de Jarre Cretoise (d’après Ath. Mitt., XI, 1886, pl. IV)

LA CRÈTE

enfin, une place est réservée à une sorte d’architrave également décorée.

Ainsi la division et l’encadrement du champ décoratif sont ostensiblement empruntés à l’ architecture. Pareillement, pour les sujets, il est probable que nous leur découvririons la même origine, si les édifices de cette époque étaient mieux connus. Les motifs géométriques sont ceux-là mêmes qui décoraient les monuments : méandres, tores, godrons, étoiles 1. Quant aux motifs animés, les uns paraissent être plutôt empruntés à des frises sculptées ou peintes : par exemple les archers à cheval du vase de Lyttos ne sont pas sans analogie, tant pour le sujet que pour les proportions allongées des chevaux et la position recroquevillée des cavaliers, avec la frise de Prinia dont il a été question ci-dessus : ce sont aussi des motifs de frise que la suite de guerriers chevelus, coiffés d’un polos, armés d’un bouclier rond et d’une épée qui se voient sur un vase d’Haghios ïlias 2 (fig. 12), ou

Fig. 12. — Fragment de Jarre Cretoise (d’après Amer. Journ. Arch., 1901 , pl. XIV, 9)

que les sphinx accroupis d’un vase d’Eleutherne (Musée de Candie) (pl. II a). D’autres motifs semblent mieux convenir au cadre étroit d’une métope : par exemple des centaures brandissant un arbre ou courant avec des gestes animés 3,

Page 1