Zahn, Ibid., p. 289 sqq
LES VASES ÉMAILLÉS
guirlandes soutenues par des Eros rappelle la céramique de Pergame, l’autre, avec ses pêcheurs à la ligne, des œuvres purement alexandrines. L’exécution, d’autre part, est trop minutieuse et trop soignée, pour qu’on puisse considérer ces vases comme des produits locaux. De quelle fabrique proviennent-ils ? D’Egypte, ou d’Asie Mineure ? On ne saurait le dire. Ils sont, en tout cas, malgré leur ressemblance générale, assez différents par les détails, pour qu’on soit en droit d’admettre, sans trop d’invraisemblance, qu'ils ont l’un et l’autre une origine différente.
Les vases égyptiens à émail vert clair ont commencé à être fabriqués au ni® s. av. J.-C. ; les vases asiatiques à émail luisant n’apparaissent pas avant le Ier siècle.
En Egypte, la faïence ancienne, adoptée de bonne heure par les nouveaux venus d’Alexandrie, a vécu concurremment avec la céramique à reliefs de type hellénique, et s’est assez profondément transformée, mais sans qu’il y ait eu jamais entre les vases à émail et les vases à vernis d’autre parenté que celle d’un goût commun pour certains sujets. Si rien ne ressemble moins à un bol émaillé (voir fig. 107), qu’un bol à vernis mat, c’est parce que l’un continue une tradition proprement céramique, alors que l’autre n’est qu’un substitut de vase en métal.
En Asie Mineure, où l’émail vert clair fut toujours inconnu, ce n’est, qu’assez tard que dut y pénétrer et s’y répandre l’usage des vases en faïence. Il semble que la céramique nouvelle s’y soit introduite à l’imitation de l’art égyptien ; mais on voit que, dès le début, elle présente des différences fondamentales avec celle d’Alexandrie. C’est qu’elle s’adresse uniquement à des modèles métalliques, et qu’à cette date la toreutique d’Asie Mineure avait depuis longtemps acquis ses caractères distinctifs. A Smyrne comme à Pergame, la tâche essentielle pour les potiers fut Limitation des beaux vases précieux ; mais, dans l’une et l’autre région, l’originalité de l’art asiatique est, manifeste ; la céramique cherche à reproduire non plus seulement les formes
et. le décor de leurs modèles, mais l’éclat même de l’argent ou de l’or. A Pergame, on invente la glaçure ; à Smyrne, plus tard, l’exemple de l’art alexandrin engage à adopter l’émail, mais cet émail se rattache à une ancienne technique locale. Chacun de ces procédés est la manifestation différente d'une même réaction contre les formules banales des bols et d’un même retour vers la forme d’art indigène que représente la toreutique d’Asie Mineure.
En somme, on peut dire, sans trop d’invraisemblance, et malgré de trop grandes lacunes encore dans notre information, que la « glaçure plombifère », l’émail éclatant et diaphane aux vives couleurs, quelle qu’en ait été l’origine, a vraiment reçu en Asie Mineure sa technique définitive. Comme la céramique vernissée, la céramique émaillée de cette région a poursuivi ailleurs, passé le Ier siècle de notre ère, son développement. Les faïences byzantines et arabes attestent, par la beauté de leur couverte, le rayonnement durable, vers l’Orient, des faïences asiatiques, de même que vers l’Occident, les vases de Gaule sont les descendants incontestables des vases à glaçure rouge de Pergame.