LA PÉRIODE PRÉHELLÉNIQUE (ÉPOQUE NÉOLITHIQUE ET AGE DU BRONZE
Les vases ornés de reliefs se rencontrent dans tous les sites que des fouilles méthodiques nous ont jusqu’ici permis de considérer comme des centres essentiels de la civilisation préhellénique ; ils s’y rencontrent, de plus, à peu près dans tous les étages de dépôts ; mais ils n’y représentent qu’une faible partie des trouvailles.
Nulle part, ni en Crète et dans les cités continentales de civilisation mycénienne, ni dans les îles, ni en Troade, ni en Macédoine et Thessalie, ni à Chypre, la céramique à décor plastique ne paraît avoir tenu une place équivalente à celle de la céramique à décor peint ou même à celle de la céramique monochrome non décorée.
CRETE. — Les plus anciens essais de décor plastique en Crète sont représentés par de petits vases couverts d’un semis de bossettes, recueillis, à côté de vases à incisions blanches, dans des couches de «minoen ancien I». Depuis lors, ce décor sommaire y a persisté, et toujours réservé à des vases de petites dimensions, coupes et coupelles, cruches, urnes, marmites1, pendant toute la durée de la civilisation égéenne, si l’on en juge par des fragments découverts à Cnossos et à Ivoumara et remontant soit au « minoen moyen I », soit au « minoen récent II ». Sur quelques vases, par exemple à Koumara, on trouve, associées ou
1. Cf. Ann. Brit. Sch., VII, 1900-1, p. So et S6, fig. 26 et 28
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substituées aux bossettes, des languettes minces à impressions digitales qui paraissent être une imitation hâtive des bandes en cordelettes dont il sera question ci-dessous.
Les grands pithoi à reliefs, qui formaient le mobilier des magasins, à Cnossos, à Phaestos, à Hagia Triada, à Gournia, etc..., sont plus récents que les vases à bossettes ; on n’en rencontre aucun antérieurement à la période du « nrinoen moyen I » ; c’est à cette date que les formes et le décor se sont définitivement constitués.
Pour la forme, on peut distinguer deux types principaux. I/un est caractérisé par une panse bombée, effilée vers le bas et couronnée d’un col étranglé à profil concave ; un
pithos trouvé dans • une cour du Ier palais de Phaestos (fîg. 1) présente ces particularités avec une exagération
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exceptionnelle. L'autre, qui paraîl n’être qu'une variante d’un type général, dont les grandes jarres peintes du style >•( de Kamarès » offrent d’autres spécimens, est une sorte de cuve profonde, à peine moins large à sa base qu’à son sommet, et dont l'orifice est formé par un large bourrelet Cfig . 2) 1. Ces vases sont à l’ordinaire munis au moins de
Fig. 2. — PlTHOS de Cnossos
deux, et souvent de plusieurs rangées d’anses, qui formaient comme autant de cales ou d’anneaux destinés à retenir ou à fixer les cordes de soutien, pendant le déplacement de ces lourdes masses.
Le décor, qui s'étage en zones plus ou moins étroites et couvre la paroi toute entière, est d’ordinaire emprunté à des motifs linéaires très simples : de larges bandes hori-
1. Cf. par ex. Ann. Brit. Sch., XI, 1904-5, pl. Vif ; Ath. Mitt., XI, 1886, pl. IV.
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zontales, tantôt lisses, tantôt striées, tantôt couvertes de disques ou de rosettes imprimées et formant soit des cercles horizontaux, soit des lignes ondulées, soit des S couchées et emboîtées, soit des suites de « postes ». Ce décor est complété souvent par des rangées de larges pastilles ou de bossettes. Ces éléments, bien entendu, se combinent de toutes les manières ; mais en règle générale, quand les bandes horizontales sont employées avec d'autres motifs, elles servent à délimiter les zones que ces motifs occupent. Enfin certaines jarres ont sons le rebord un cordon ponctué.
Exceptionnellement, certains pithoi présentent une ornementation très différente de celle dont nous venons de parler, et, bien qu’elle soit encore linéaire et qu’en ce sens elle se ramène au principe décoratif des autres vases, elle est empruntée à la réalité. Il s’agit de ces pithoi, dont la fabrication semble dater surtout du « minoen moyen III », et qui sont ornés de multiples rangées de cordes, groupées en tours circulaires ou en zigzag 1 . La figure 3 reproduit l'un des spécimens les mieux conservés et qui est aussi l’un de ceux grâce auxquels on peut le mieux comprendre de quelle manière, dans la réalité, était ligotté le vase : des cordes étaient passées alternativement au-dessus, d’une anse et au-dessous de la suivante ; d’autres, attachés aux anses d’une même rangée verticale, maintenaient celles-ci ; d’autres enfin, enroulées dans les zones vides, serraient et. retenaient le tout.
M. Franchet 2 a donné la meilleure explication de cette particularité singulière : des vases comme celui dont il est ici question reproduisent les vases tels qu’ils étaient réellement, au sortir du tour, quand on en maintenait la paroi à l’aide de cordes ou de cordelettes, pour empêcher l’argile de se crevasser pendant le séchage. Un potier a eu l’idée de remplacer ces cordes par des lanières d’argile et, tout naturellement, de donner à ces lanières l’aspect de cordes véritables.
1. Ann. Br. Sch., VIII, 1901-2, p. 11, fig. 5 a et b ; — X, 1903-4, p. 12, flg. 3.