‹ Les vases grecs à reliefsChapitre 62 sur 312 · VASES D'ARGILE. - VASES DE MÉTAL · texte numérisé non relu

VASES D'ARGILE. - VASES DE MÉTAL

On admet communément, chaque fois qu’il est question de céramique à reliefs, que cette céramique s’inspire de modèles de métal aujourd’hui disparus. Dans quelle mesure cette opinion, ainsi formulée, répond-elle à la réalité en ce qui concerne la période antérieure à l’art classique ?

Une première réserve est nécessaire : il ne saurait être question ici de l’époque préhellénique. Nous avons vu en effet qu’en Europe et à Troie le décor plastique de la poterie remonte au delà de l’invention du cuivre et du bronze ; plus tard, quand le cuivre et le bronze furent mis en usage, ils servirent à la confection non pas de vases, qui auraient pu fournir des modèles aux potiers, mais d’armes, d’ustensiles, ou de bijoux ; plus tard enfin, au cours de la civilisation minoenne, le décor en relief demeure à peu près exclusivement réservé aux jarres à huile ou à céréales ; et ce n’est qu’à la fin de l’époque mycénienne que l’on s’avisa d’y imprimer des rosettes ou des volutes, dans le goût de celles dont s’ornaient les diadèmes ou les coupes en or. Mais nous avons vu que, pour ces jarres, l’origine et l’évolution du décor s’expliquaient de la manière la plus vraisemblable par un mouvement interne et sans qu’on eût besoin de supposer une influence quelconque de l’orfèvrerie.

C’est donc de la céramique hellénique, postérieure à l’invasion dorienne, qu’il peut s’agir ici. Nous avons vu p. 76, que les arguments en faveur de l’opinion traditionnelle, tels que les a résumés M. de Ridder, à propos des pithoi béotiens, se ramènent à ceci : l’usage du relief, les analogies

PÉRIODES PRÉARCHAÏQUE ET ARCHAÏQUE

très étroites entre le décor et certains objets de bronze ou d'or, enfin la forme même du vase donnent à penser que, si les potiers n’ont pas simplement reproduit des prototypes de métal, ils s’en sont du moins inspirés. Pour préciser cette pensée, il faudrait donc admettre que si tel pithos de Thèbes n’est pas l’imitation exacte d’un modèle de bronze, il nous donne du moins l’équivalent en argile d’un type de vases métalliques, aujourd’hui disparus, qu’on peut se représenter sous la forme d’amphores décorées, sur le col et sur la moitié supérieure de la panse, de motifs analogues à ceux des diadèmes, des bandeaux ou des plaques funéraires. Que doit-on penser de cette hypothèse, même réduite à la formule très générale que nous lui avons donnée ?

On doit remarquer, en premier lieu, que l’adoption d’un décor modelé ne présuppose nullement une origine métallique. La preuve en est dans la céramique préhellénique tout entière. Et pour ce qui est de l’époque archaïque, il suffira de se reporter aux sarcophages à reliefs de Béotie et de Mélos. Dira-t-on qu’ils reproduisent des. sarcophages de bronze ? En réalité le procédé du relief n’est ni moins instinctif, ni moins antique que celui de la gravure ou de la peinture. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il incite tout naturellement un potier à imiter des ouvrages de la toreutique ou de l’orfèvrerie.

En outre, s’il n’est pas douteux que certains fabricants de vases en argile ont copié fidèlement des bijoux ou des parures, — et nous en avons, le cas échéant, donné de suffisants exemples, — ils ne se sont pas bornés à cette source d’inspiration. En Crète, il est probable que les vases de pierre n’ont pas exercé moins d’action que les modèles de métal ; plus tard, ce sont des métopes, des frises et des corniches en terre cuite que les potiers ont reproduites. A Athènes, cà Thèbes, surtout à Sparte, le vrai prototype de la décoration principale doit être cherché dans la céramique peinte ; les figures de guerriers, modelées sur les amphores de Sparte, devaient, avec leur enduit brun se détachant sur le fond clair, rappeler singulièrement les am-

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