‹ Les Vaudois de ProvenceChapitre 8 sur 8 · I .'avocat divise son plaidoyer en quatre parties · texte numérisé non relu

I .'avocat divise son plaidoyer en quatre parties

De l'origine des Yaudois et des actes du parlement jusqu'en 1540;

Des actes du parlement depuis cette époque jusqua l'exécution de l'arrêt;

Des évènemens qui ont suivi jusqu'à l'accusation et l'emprisonnement du président Meynier ;

Depuis la naissance du procès jusqu'au moment actuel.

« Les Vaudois , dit-il , ont pris leur nom d'un Pierre Valdo, qui date du roi Louis-le-Jeunc , autrement dit le Piteux. Ce Valdo était banquier , très-riche , demeurant dans la ville de Lyon. Valdo ayant volonté de perpétuer son nom , nullement par acte vertueux , mais par actions iniques , comme celui qui brûla en Ephèse le temple de Diane, ou bien pour usurper la domination souveraine sur le vrai roi et légitime prince , ou à l'exemple et incitation de Mahomet , elc. » Après avoir chargé Valdo et ses disciples

de toutes les horreurs dont ceux qui les persécutaient les accusaient dans le temps, il ajoute : « Us ont détruit tous les sacremens de l'Eglise , par lesquels les hommes sont contraints à l'obéissance envers les puissances souveraines. Cette institution n'a aucun arrêt de vertu, et prend entièrement tout ce qui peut tomber en la concupiscence et effrénée volonté des hommes, et est semblable à celle qui fut instituée à Rome par les bacchanales. » Ce plaidoyer est surchargé de citations latines qui n'ajoutent rien à la force des argumens et que nous croyons pouvoir retrancher.

« Ce Valdo , riche et opulent , pour donner couleur à ses nouvelles institutions et amener les ignorans à son obéissance , donna par hypocrisie aux pauvres tous ses biens , tellement qu en peu de temps , par cette libéralité et munificence , se mit une infinité de pauvre peuple en son obéissance , avec l'aide duquel il voulut essayer une nouvelle monarchie contre Louis , père de Philippe-Auguste. Louis pour rompre cette entreprise, mit les armes sus , et les poursuivit si vivement

qu'il les extermina de son royaume non sans grands meurtres. »

L'orateur fait l'histoire des massacres des Albigeois au xiie siècle et cite les papes et les capitaines qui se sont distingués dans la croisade contre eux.

« Depuis l'an 1 495 , après avoir été chassés de l'Italie , les Vaudois vinrent jusqu'aux terres du sieur du Cental, lequel plus touché d'avarice que du zèle de Dieu , leur fit défricher ses terres comme ils faisaient aux Alpes , affectant une sainte démonstration extérieure de christianisme. Ils employèrent quatre bons villages , savoir : Gabrières - d'Aiguës , Lamolte , Peypin et St- Martin , puis La-Tour-d' Aiguës , et après les montagnes du Léberon, multipliant tellement qu'ils ont occupé jusqu'au nombre de vingt-quatre villages. Mérindol a toujours été choisi par eux pour y tenir leur convcnticulc , d'autant plus qu'il est proche de l'ouverture d'un grand creux qu'ils ont en cas de poursuite pour leur refuge , dans lequel , dit-on , il y a une fontaine et une place suffisante pour trois mille personnes en sûreté. Or , par

succession de terre ils ont tellement accru en nombre qu'ils ont infecté le pays et les villes de Provence , et non-seulement la Provence , mais le comté de Venisse en un village appelé Cabrières. Ils reçurent par la suite les traditions de Luther , Ecolampade, Swingle, desquels ils mêlèrent les doc* trines avec celles de Valdo dont ils ûrent un Alcoran... »

L'orateur parle longuement des barbes ou ministres qui venaient des Alpes plusieurs fois par an , « pour admonester les Vaudois et les confirmer dans leurs erreurs. Ils admettent , dit-il , la divinité et l'humanité de notre Seigneur Jésus- Christ, et autres doctrines, mais d'une manière externe , en dehors des traditions de l'Eglise. »

Il contredit ce qu'avancent les gens du roi quj prétendent que les Vaudois de Provence sont une paysantaille sluptde et lourde. « Ils sont d'une finesse incomparable , s ecric-t-il , et n'ont pas dégénéré de ce que disait Cicéron du peuple provençal en sa huitième philippique. Il leur reproche de prêcher ouvertement , et de se mettre en armes

contre évèques, inquisiteursetofticiersordinaires,* «l'enlever les prisonniers , de chercher à rentrer dans leurs propriétés confisquées, etc. « La maison duCental ne tenait aucun compte des ordonnances du parlement d'Aix qui lui enjoignait de chasser de ses terres cette race réprouvée. » Il rapporte que le pape fit informer contre ceux de Cabrières et les déclara tous hérétiques ; que le maire dudit lieu fut mené à Carpentras et brûle en grand spectacle dans cette ville -, qu'un autre habitant notable ayant été mis en prison , les Cabrériens s'assemblèrent en armes et eurent l'audace de chercher à reprendre leur prisonnier qui fut à grand' peine arraché de leurs mains et brûlé.

« Le parlement loin d'agir précipitamment dans l'exécution de ses arrêts , continue l'avocat , envoya des huissiers sur les lieux pour verbaliser d'après l'enquête tant le pays était héritique , et à l'approche des huissiers tous les habitans quittaient leurs demeures et gagnaient les champs. »

Selon lui, c'était une manière de résister aux officiers du roi , et une sédition. Il s'étonne de ce que MM. les gens du roi semblent faire plus de

uigmze

cas de la requête et confession des Vaudois si pleine d'hérésies que du témoignage public et des informations dirigées contre eux.

« Cependant MM. les gens du roi blâment rarrét de Mérindol de 1 540 à cause des femmes , enfans , serviteurs , et conûscation des biens à défaut de pouvoir appréhender les non-coraparans-, selon eux c'est sortir de la règle commune et droit naturel , les femmes , enfans et serviteurs n étant pas responsables du délit de leur maître ou chef. A cela je réponds par les déclarations de l'Ecriture Sainte et par les constitutions canoniques et impériales où il est spécifié qu'en fait de crime de lèze-majesté divine et humaine publiquement connu , comme au cas présent , la femme répond du mari, le fils du père, le serviteur de son maître , l'innocent du coupable , c'est assez généralement senti que le mépris public embrasse toute la communauté , mais je le prouve par commandement exprès de Dieu proclamé en son propre nom et depuis canonisé. »

L'avocat cite plusieurs passages tirés des livres de Moïse , et ajoute : « vous voyez , Messieurs , par ces commandemens divins que les proches ne sont pas exempts de ruine des vivans jusqu'à la mort , que même cette ruine a été exécutée par commandement de Dieu relativement aux villes de Sodome et de Gomorre et vraisemblablement lors de leur ruine et incendie , il y avait dans ces deux villes nombre d'enfans au berceau. Semblable exécution eut lieu sous le roi Nabuchodonosor qui , par commandement de Dieu , persécuta les habilans de Jérusalem sans distinction d'âge ou de sexe jusqu'aux plus jeunes hommes dans le temple.

» On lit dans les annales de France que Dagobert informé que les habitans de Poitiers avaient adhéré à ses ennemis , ruina entièrement leurs villes par le fer et le feu , et non content de cela , il fit semer du sel en perpétuelle mention de malédiction. Le pape Boniface supprima entièrement le collège des Templiers quoique tous ne fussent pas hérétiques, tellement que les innocens se sentirent de la coulpe des nocens. La postérité de Caïn

— ÎSfi —

reçut la malédiction de son père; telles dérivaisons de princes sont non-seulement approuvées , mais encore ordonnées par un concile tenu à Tolède. Et quand à l'hérésie des Vaudois, elle est notoire ; leurs prédications se faisaient en maisons particolièrcs et de nuit , les portes ouvertes à tous ceux qui voulaient y assister , et ordinairement y venaient en nombre plus ou moins. » L'orateur conclut la culpabilité des femmes , enfans et serviteurs de ce qu'ils se trouvaient à ces prédications.

Leur confession les fait connaître. Elle est empruntée à Wiclef , Jean Huss qui furent réprouvés et condamnés au concile de Constance , et MM. les gens du roi sont forcés de reconnaître qu'elle est contraire à la doctrine de l'Eglise ; les gens du roi s'appitoient vainement sur ce peuple rebelle , leur confession et requête n'est à autre fin que de jouir des grâces du roi , sans abjurer , disant qu'ils seront obéissans pourvu qu'on leur permette de demeurer dans leurs erreurs et de vivre dans leur foi , et demandent même de disputer à être informés par raison que notre religion catholique est vraie. Saint Bernard dit que c'est

une demande hérétique et réprouvée par l'Eglise de demander à croire ce qu on pourra prouver par raison. Mais il n'y a point eu négligence pour leur redressement et instruction. L'évèque de Cavaillon avec le commissaire de la cour et un docteur se sont transportés au lieu de Mérindol en l'église ; et firent venir entre autre, Jean Roman, sindic , et Louis Pascal , procureur des habitans , auxquels il fit remontrer par son docteur les erreurs contenues dans les articles et requêtes envoyés par les Mérindolins au président, et leur fit connaître la cause de leur voyage entrepris pour les recevoir tous à abjurer fautes et erreurs , en quoi faisant ils jouiraient de la grâce du roi. Ces remontrances ainsi faites , Pascal, leur procureur , fit opposition , et plusieurs disaient qu'ils tenaient la vraie tradition de l'Eglise. Le dit Pascal demande jour pour convoquer au conseil. L'assignation fut remise k l'issue du diner. Se trouvant présens Louis Pascal , procureur; André Meynard , bailli , et Louis Meynard , sindic , lesquels de rechef admonestés d'abjurer , firent réponse qu'ils avaient envoyé par devant la cour les articles de leur foi , qu'ils croyaient bons et

n'entendaient faire autre chose ni réponse si non qu'ils espéraient vivre et mourir en iceux. Leur fut remontré qu'ils étaient gens simpleset rustiques, incapables de disputer concernant l'Ecriture Sainte laquelle ils doivent simplement et fermement croire sans entrer dans aucune dispute ; de rechef admonestés d'abjurer, ils n'en tinrent compte et persistèrent en leur opposition et remontrance telles que leur requête ; ils ne tinrent compte ni raison des remontrances de la cour. » Il se récrie vivement sur l'outrecuidance de ces gens sans lettres , laboureurs et gardeurs de troupeaux qui prétendaient en savoir plus sur la parole de Dieu que f évèque de Gavaillon et son docteur.

11 parle des arméniens des Vaudois , en particulier de ceux des habitans de Cabrières qui s'étaient réfugiés derrière de fortes murailles, hérissées de tours , et dont le principal chef était le nommé Marron saisi à la tète de son armée. D cherche à disculper les sieurs Faucon et Forbin Janson accusés d'avoir couru sus à leurs sujets pour les spolier.

Scion lui les Vaudois ont été combattus et vaincus ; s'ils furent après poursuivis à outrance ce fut pour les empêcher de se rallier et de recommencer la lutte.

« MM. les gens du roi si accoutumes à s'appitoyer sur le sort des hérétiques maudits et damnablcs , se plaignent de l'ordonnance des galères pour prison par prévision. Il devrait cependant être à leur connaissance que tous les soins sont prodigués aux prisonniers. On ne les fait point coucher en plein air , comme ils l'ont dit , mais sous des tentes , et si malgré les grands soins qu'on leur donne , il leur plait d'y mourir jeunes ou vieux , ils y meurent volontairement par mauvais vouloir.

» MM. les gens du roi viennent nous dire que le présent plaidoyer a été institué pour le beau nom et heureuse mémoire du feu roi François que Dieu , disent-ils , absolve ; comme s'ils voulaient dire que par l'extermination des Vaudois faite par les officiers et magistrats, il a pu recevoir quelque note en son l>eau nom et renommée , les-

quels ils disent avoir été blessé envers les puissances étrangères, caution et harangues publiques pour animer contre le roi les nations a lui confédérées et les induire à laisser son amitié comme celui qui avait fait en son royaume si cruelle occision de pauvres innocens. Pour confecter à l'œil cette tant débile raison présupposée, comme il est vrai que les nations et princes étrangers ont eu connaissance des histoires de l'ancien Testament par lesquelles il appert que Moïse auquel Dieu fit cet honneur de donner ce titre du plus doux homme de la terre , il fit tuer en un jour trentequatre mille Israélites qui avaient prévariqué à la loi de Dieu. En un autre passage du même Testament , ils ont pu voir que Dieu commanda aux enfans d'Israël de mettre les Madianites au fil de Fépée jusqu'aux femmes et petits enfans. En 525 un grand nombre d'Anabatistes s étant levés sous la conduite d'un nommé Thomas usant de telles forces et d'impiété que usent les Vaudois lors de leur exécution , partie d'iceux furent défaits sans aucune discrétion d'âge en la ville de Savane appartenant h 1 evêque de Strasbourg et es environ d'icolte par le feu duc de Lorraine accompagné de

feu M. le duc de Guise. Semblable défaite d'Anabatistes fut exécutée par 1 evêque de Cologne en la ville de Munster en Wesphalie. Venant aux exemples qui nous sont domestiques , on lit es annales de France que le roi Saint Louis duquel est le roi issu en droite ligne , poursuivit ceux qui avaient prévariqué en la loi chrétienne jusque dans la ville d'Avignon en laquelle il les fit tous passer au fil de l'épée. 1 Au temps de Philippe-Auguste les Albigeois hérétiques furent assaillis par les évéques et nobles du Languedoc qui prirent la ville de Béziers d'assaut où les hérétiques faisaient leur fort principal lorsque sans distinction d'âge ou sexe, poursuivis par Simon de Montfort, ils furent tous tués. 2 Donc le feu roi des

1 L'avocat de d'Oppède veut parler de Louis vin qui vint en personne assiéger Avignon , alors une des villes fortes des Albigeois Après un siège meurtrier pour l'année royale , Avignon traita avec le cardinal Si- Ange , qui promit respect aux personnes et aux propriétés , mais a peine l'armée eut-elle pénétré dans la place que le cardinal changeant de langage , ordonna que les fossés de la ville fussent comblés , les principaux édifices démolis , etc.

2 Béziers pris d'assaut , on demanda a l'évéque qui accompagnait l'armée ce qu'il fallait faire pour distinguer les

Français ayant voulu exterminer les Vaudois , il n'a fait que ce que Moïse par le commandement de Dieu a fait, ce que les premiers chrétiens ont exécuté en leurs pays. Il n est pas vraisemblable que les étrangers aient fait haranguer publiquement au désavantage du feu roi François qui n'a pu faire autre chose plus juste et vertueuse, tant pour la conservation de la foi catholique que de sa grandeur , et je suis contraint de dire que MM. les gens du roi font tort à la souveraineté du roi qui en son royaume ne connaît aucun supérieur que de dire que cette plaidoierie a été instituée pour excuse aux nations étrangères ; puisque le roi est souverain en son royaume , et n'est comptable sinon envers Dieu , duquel il tient sa couronne en féodalité de ce qui se fait es pays de son obéissance par son commandement, f

L'avocat déclare d'ailleurs que pour tout ce qui a été fait il y a samiiondes chefs temporels etspi-

Cathnliqties des Albigeois : tue , tue , s'écria-t-il , Dieu reconnaîtra bien les siens.

rituels , ainsi « c'est par commandement du pape et de ses officiers que toutes les maisons et murailles de Cabrières ont été mises en ruine et rasées et par sentence du légat d'Avignon qui a approuvé tout ce qui a été fait , donnant absolution des censures ecclésiastiques tant à d'Oppèdes qu'aux autres qui ont assisté à l'exécution. » Il produit une lettre du cardinal de Tournon qui écrit à d'Oppéde que « le sieur de Porrière, son gendre, a bien fait de faire son rapport au roi de l'exécution contre les Vaudois , que le roi est content de ce qui a été fait... » 11 en produit une autre où le cardinal déclare que le même de Porrière « a bien fait contre les luthériens dont le dit a eu bon contentement , se recommande à lui , et l'assure qu'en toutes choses qui le touche lui sera ami. »i

Le reste du plaidoyer de l'avocat du baron d'Oppède , c'est-à-dire la partie la plus importante

i Plaidoyers , arrêts et autres procédures sur le fait de ceux de Cabrières et de Mérindol de Provence depuis Tan 15-10 jusqu'en 1551. Mss. BiM. d'An.

fait défaut au manuscrit , et Ton doit regretter d'autant plus cette lacune que le moment était venu où l'avocat du baron devait enfin aborder les accusations directes dirigées contre lui et dont il avait à se justifier autrement que par des déclamations et des généralités.

Nous retrouvons ses conclusions dans le mémoire de l'avocat général Aubéry.

D'Oppède requiert « que le sieur du Cental pour les paroles calomnieuses qu'il a fait plaider soit condamné à faire amende honorable à la discrétion de la cour et profitable aussi à la discrétion de la cour , qui sera employé aux pauvres , car de lui il ne veut vendre son honneur , et que les dites paroles soient rayées du plaidoyer. »

Pour le procureur général du roi , voici ses conclusions : « Nous concluons , dit-il , que sans avoir égard , ni s'arrêter au dit jugement et arrêt, donnés par le parlement de Provence, qu'il a été

mal , nullement et incomplètement délibéré et conclu à Cadenet , mal et outrageusement procédé et exécuté par les dits exécuteurs et bien appelé par lui , qu'il a été mal inhibé et défendu de ne bailler vivre, aide ni secours quelconque aux hérétiques ou suspects de l'être sans nommer ni lieux ni personne , et que les intimés soient

blâmés d'avoir fait cette exécution

Néanmoins nous requérons qu on peut exterminer les hérésies et hérétiques du pays de Provence. H soit procédé par voie de justice tant par la dite cour du parlement que par les juges sujets et ressortissant en icelles selon les édits et ordonances du feu roi et du roi présent régnant , mèmement selon le dernier édit publié sur le fait des hérésies et duement selon les lois reçues en ce royaume , les canons et les saints décrets non contraires à ceux édits royaux et le plus diligemment et violemment qu'il sera possible, principalement et par chef-d'œuvre , sur les dogmatisés et faux prêcheurs appelés barbes , leurs réceptateurs , et fauteurs qui les logent et nourrissent. Que l'arrêt de la dite cour du parlement de Provence , par lequel il est enjoint au* prélats du pays de ipettrc

bons curés et prêcheurs par leurs diocèses , soit publié et exécuté sans départ par les contraintes accoutumées sur les prélats et gens d églises lesquels nous supplions être admonestés par vous , Messieurs , sur le devoir de leurs charges et péril de leurs ames , de pourvoir tant par vie et par bon exemple que par prédication à leurs sujets , afin de purger la province de Luthériens et Vaudois et les rendre à la vraie doctrine ; et l'arrêt qui interviendra soit publié par tout le pays. 1 »

«Le plus grand bien du plaidoyer de l'avocat du roi , dit l'historien Dumoulin , fut que la confession de foi de Mérindol y fut lue publiquement; j'y étais présent. » *

Les autres accusés : François de Lafond, second président ; Honoré Tributiis et Bernard Badet , conseillers , s'attachèrent à prouver qu'ils avaient

ïÀubéry, p. 218-215.

2 Hiit. de la Monarchie Française , p. 69»

reçu des ordres de la cour d'Aix et qu'ils n'avaient fait que les exécuter. Leur défense est toute comprise dans un long procès-verbal signé dont ils font lecture à la cour et qui les décharge selon eux de toute responsabilité. Nous n'en citerons que quelques traits :

« A l'honneur de Dieu et la glorieuse Vierge Marie , la très-digne Mère de tous les Saints et Saintes du Paradis , nous François de Lafond , second président ; Honoré Tributiis et Bernard Badet , conseillers du roi , notre sire , en la cour au parlement de Provence séant à Aix , avons procédé contre les Vaudois et Luthériens des lieux de Mérindol , Lourmarin , etc. , desquels suivent le mandement du dit seigneur , les arrêts sur ce donnés et commissions dressées par la dite cour pour mettre à exécution en la forme et manière qui suit :

» Requis pour se transporter au dit lieu de Mérindol et autres lieux pour exécuter les arrêts donnés par la dite cour contre , etc. ;

» Vu les commissions de la cour et lettres patentes du roi, à cette occasion accompagnés du dit Guérin, avocat et de M. Honoré Boissoni, greffier criminel , et Pierre Samson , huissier en la dite cour, partant le dit jour après diner du dit Aix pour aller coucher en la ville de Pertuis, et sur le chemin trouvâmes Gaspard Forbin , écuyer , seigneur de Janson , lequel nous a dit que tous les sujets des lieux de Villelaure et Laroque avertis de certaine proclamation qu'ils disaient avoir été faite contre les Luthériens en la dite ville de Pertuis par autorité de la dite cour , avaient délibéré s assembler pour se faire un nombre de gens de guerre avec ceux de Lounnarin , Cabrières et Mérindol , et soi tenir forts jusques à la mort , disant qu'ils se tenaient assurés que entre les soldats du roi que Ton assemble il y en avait plusieurs qui étaient de leur secte qui les avertiraient de toutes les entreprises , et tiendraient plutôt pour eux que contre eux , ainsi de par ceux qui les conduisaient. Au moyen de quoi nous ordonnâmes au dit seigneur de Janson qu'il eût a nous conduire par ses terres et assister au fait de l'exécution des dits arrêts , ce qu'il offrit

faire , et d'employer toutes ses forces et abandonner ses dits sujets

Le mardi matin , 14 du dit mois ,

en la dite ville de Pertuis , comme nous voulions déloger et continuer notre chemin pour aller au dit Mérindol , le curé Raymond Bonnafoux , du dit lieu de Cabrières-d' Aiguës , nous dit qu'il était venu le plus diligemment qui lui avait été possible et était sorti clandestinement et occultement du dit lieu pour avertir la cour et nous que en certain lieu il y avait environ cinq ou six cents Luthériens en armes , lesquels y faisaient un bastion auprès de l'église , et tenaient les gens chrétiens en grande subjectkm , tellement qu'il avait été contraint à

s'en fuir Le seigneur de Janson que nous

avons revu dit qu'il avait fait extrême diligence de faire réduire ses sujets de Laroque et Villelaure , lesquels avaient laissé et abandonné leurs maisons et domiciles et s'étaient retirés avec leurs femmes, enfans , meubles et bestiaux en la montagne et parmi les bois , s'étaient joints avec les dits de Lourmarin, ceux de Lamotte, de Gabrières et autres Vaudois et Luthériens , en nombre de deux mille ou plus , et avaient délibéré de se défendre

s ils étaient assaillis dans leurs forts et dans les bois pour tenir et continuer leur infidèle mauvaise vie comme ils ont fait par ci-devant en grand scandale de la religion et troublement du royaume, nous offrant comme dessus toutes ses forces pour les poursuivre , et rendre obéissans au roi notre seigneur et à justice. »'

Nous remarquons que les commissaires exécuteurs enjoignent « à la dame de Janson , André Gaspard Forbin et Jean-Bastiste Forbin d avoir à mettre par inventaire et description tous et chacun les biens , meubles et immeubles que les dits Luthériens ont portés et mis dans leurs maisons. » 2

1 Recueil de pièces concernant l'affaire de Cabrières et Mérindol. Mss. Bibl. d'Aix , déjà cité.

2 Voir pour les inculpations d'Aubéry contre les sieurs Gaspard Forbin de Janson et de Faucon , son mémoire, p. 68 , 94 , 101 et suiv.

La Justice des Hommes.

Nous attendons selon la promesse!, de noovttiii ciein et une uouvelJc terre , où U justice habile.

Il Pwm. III. — 13

Les débats n'étaient pas encore terminés , les accusés en étaient encore à plaider pour leur défense , que le baron d'Oppède , le grand coupable, avait déjà été rendu à la liberté , non par arrêt du parlement , mais par des lettres patentes que le roi lui avait acecordées avant le jugement de la cause. D'Oppède était ouvertement protégé par

le pape qui avait adressé un bref en sa faveur dans lequel le roi était instamment prié de ne pas permettre que le malheureux calomnié fut victime de la cabale qui le persécutait. Le nonce même ût en personne de vives instances. Le baron avait adressé au roi une supplique justificative en latin commençant par ces mots : Judica me, Deus , et discerne causam meam de génie non Sancta... 1

Les autres grands accusés furent protégés par le duc de Guise.

Chaque accusé avait d ailleurs ses protecteurs

puissans , et les membres du parlement de Paris , soit par esprit de corps , soit par crainte , car on

allait jusqu'à dire qu'il y avait parmi eux des pro-

testans secrets et que Genève avait fait imprimer

l'acte d'accusation , les membresdu parlement ,

ne devaient pas prononcer de condamnation ;

nous ajouterons que toute condamnation était

impossible après l'acquittement de par le roi du

principal coupable.

Lib. Psal. 1-42.

Les accusés sans exception furent tous acquittés.

« On attendait avec une extrême impatience , dit l'historien de la Provence , la définition d'un procès de cette importance. Mais le jugement trompa l'attente de tout le monde. C est-à-dire qu'avec un jugement de pièces mises , et avec un mot que les parties sont appointées au Conseil , tout le monde se retire dans la confusion et dans l'étonnement ! » 1

Quelques historiens avancent que l'avocat Guérin , faute de protection à la cour , et sacrifié par ses coaccusés , fut condamné à mort par suite de l'affaire de Mérindol , il n'en est rien.

Guérin fut acquitté comme tous les autress accusés , mais retenu pour d'autres causes , il fut en effet condamné à mort , mais pour crime de faux. Il s'agissait de quatre lettres fabriquées par lui sous le nom d'Àntiboul contre Gaspard de Grimaldi , seigneur d'Antibes , contre lequel il

i Bouche. T. 11. , p. 622. — Voir De Thoti , etc.

avait eu lieu dans le temps d'informer étant procureur général à Aix , et qu'il accusait d'intelligence avec le duc de Savoie et avec l'empereur. Grimaldi avait été constitué prisonnier en 1 548. Après l'acquittement général de Mérindol , Guérin chargé de beaucoup de crimes resta seul en prison et ne fut jugé que sept mois après. Guérin avait fabriqué ses lettres sur du papier de Mclun et les avait anti-datées ; il avait contrefait l'écriture du baron d'Antibes. Le papier examiné à la lueur d'une bougie , on crut entrevoir une marque inconnue. Un papetier déclara que celait la marque du papier d'une fabrique qui ne travaillait que depuis trois ans ; ceci prouvé , le papier avait été fabriqué cinq ans après sa date. Guérin convaincu de faux, fut condamné, non par la grand'charabre du parlement de Paris , mais par les commissaires nommés pour juger ceux qui étaient accusés du crime de faux, ainsi qu'il appert de l'arrêt rapporté tout au long dans les registres mêmes de Peyresc à Paris. 1

i Dissertation sur G. Guérin , avocat-général en Provence , Itougerel , p. de l'Oral. Mss. n° 798. Bibl. d'Aii.

Celte condamnation juridique pour une cause tout à fait étrangère à l'expédition contre les Vaudois n empêcha pas les fanatiques de chercher à faire passer Guérin pour un martyr. Ils disaient ((lie sa femme avait vu son image sur sa main au moment de son exécution à Paris. La tradition populaire veut que cette dame , en peine sur l'issue du procès de son mari , soit allée consulter un magicien qui lui avait promis de lui faire voir son mari quand il en serait temps. La tête de Guérin après l'exécution de celui-ci à Paris fut séparée du corps et envoyée à Aix , pour y être , selon l'arrêt , mise en plein jour à l'heure accoutumée au lieu d'exécution. 1

Pendant la détention du baron d'Oppèdeà Paris, le clergé de la ville d'Aix ne cessa d'ordonner des prières pour sa délivrance , et son retour fut salué par des fêtes extraordinaires et célébré comme un triomphe. Confirmé dans sa présidence, d'Oppède reprit dès le lendemain sa place dans le parlement

1 (iaufriili , avant lui l'historien de lu Provence Noslradamus.

Tous les accusés , excepté Guérin , furent d ailleurs renvoyés à l'exercice de leur charge. Mais d'Oppède, absous de son crime, devait en outre être récompensé publiquement et magnifiquement par le pape Paul IV. Nous laisserons parler le narrateur. « Il y avait deux ans qu'on attendait que le premier président Meynier fît paraître les magnifiques et honorables marques qu'il avait reçues de l'estime et de la reconnaisance du saint siège pour tout ce qu'il avait fait pour l'extermination de Fhérésie. Paul IV en 1555 , pour éterniser cette reconnaissance , l'avait honoré , et ceux de sa postérité, du titre, des marques et des prérogatives des chevaliers de Latran , faveur des plus insignes dont les souverains pontifes ont accoutumé de reconnaître les généreux défenseurs de l'église. Le président Meynier étant officier du roi , ne voulut pas accepter cette dignité étrangère sans sa permission. Le roi la lui accorda agréablement par lettres données à Fontainebleau le 28 août de l'année dernière 1556 , publiée en notre parlement le second avril suivant. Les formalités indispensables observées , le président arbora les marques de cette chevalerie ecclésiastique , que

les catholiques virent avec plaisir et que les huguenots secrets méprisèrent. C'est en continuation de cette grâce que ceux de la maison des Forbins-Oppède qui , par mariage , ont succédé aux biens , armes et noms de Meynier , prennent encore aujourd'hui pour support à leurs armes un aigle portant un collier d'où pend une tiare d'or avec ces mots : obtinuit euro smlinuil , qui exprime en devise le motif de cette gloire et concession. Ce n est pas encore là le seul monument qui reste de la gloire que le Président Meynier remporta en l'affaire de Mérindol. On lit sur le milieu de la principale façade de sa maison qui fait coin sur la place St-Sauveur et de l'Université à Aix, la devise qu'il prit après son élargissement , dont le sens est que la vérité surmonte tout. Axiome de morale dont l'issue du procès intenté en conséquence de cette fameuse expédition a donné une preuve mémorable à la postérité. »'

Un des premiers actes du président Meynier , ainsi réhabilité et récompensé par le pape et par

iHist. d'Aix. Mss. de llailzc, loin, il, p. 148 et suiv. Gaufridi , etc.

le roi , fut de faire exécuter plusieurs prétendus hérétiques dont les noms ont été conservé dans rHisloirc des Martyrs. 1

» Hist. des Martyrs perscculés cl mis a mort . etc. , liv. iv, fol. 197.

La Justice de Dieu.

Mais Dieu lui dit : Insensé , celle même nuit, ton ame (e sera redemandée ; et ce que tu as amasse , pour qui serait-il ?

Evangile leloa Si. Lac , ckip. 111.-19.

Le président de Thou nous apprend, ainsi que plusieurs autres historiens , que d'Oppédc ne jouit que pendant peu d'années de son impunité , et qu'il mourut d'une maladie aussi extraordinaire que douloureuse. Le P. Mainbourg a écrit qu'il fut empoisonné par son chirurgien qui était prolestant, cette accusation est sans fondement, et

les contemporains du jésuile l'ont mis an défi de prouver ce fait aussi faux que beaucoup de ceux qu avance cel historien déclamaleur et sans véracité.

Le tombeau du président d'Oppède fut orné de plusieurs inscriptions fastueuses , où il est qualifié de défenseur de la foi , de protecteur des catholiques. 1 Un moine avait fait pour sa mémoire un grand nombre de vers latins qu'un historien grave a cru devoir recueillir et transmettre à la postérité. 2

1 De Hailze. Eloge hisl. des premiers préVidens du parlement de Provence. Pilhon— Gurt el autres.

- Papou.

Après une si sanglante persécution , le pays serait resté en partie désert si les proscrits , que rappelèrent des momens plus tranquilles et 1 amour de la patrie, n étaient revenus des retraites où ils sciaient cachés ou des pays lointains pour reprendre possession de leurs terres dévastées. Profitant de la confusion dans laquelle la peste de 1556 avait jeté la population au milieu de laquelle elle faisait de grands ravages , ils rentrèrent en nombre assez considérable. Adoptant sans réserve la foi et l'organisation des Réformés de France , l'histoire ne sépare plus ceux-ci des Vaudois leurs glorieux devanciers.

Eu 1560, Mérindol était redevenu le lieu de réunion des députés des églises constituées dans le voisinage , cl la vérité selon le principe biblique se propageait malgré les nouvelles persécutions , les massacres d'Aix en 1 562 , de Lourmarin en 1563, malgré de nouvelles poursuites systématiques , les efforts de Durand de Pontèvc sieur de Flassan ou plutôt des Flassans, car ils ont été trois , surnommés par les catholiques les chevaliers de la Foi , et par les protesta ns les nouveaux d'Oppèdes.

Depuis la Saint-Barthélemy dont les réformés de Provence curent inoins à souffrir qu ailleurs , sous le gouvernement du comte de Tende Jusqu'à la révocalionde l'édit de Nantes , les proteslans passèrent tour à tour d'une paix trompeuse et d une fausse tolérance aux tracasseries et aux persécutions ouvertementdéclarées. Contraints sous Louis XIV d'embrasser le catholicisme ou de sacrifier leurs biens et de quitter leur patrie , la plupart laissèrent leurs maisons et préférèrent l'exil. Le petit nombre de ceux qui restèrent ne purent se maintenir dans le pays qu'au milieu des plus grauds périls , en ne célébrant leur culte que mystérieusement dans l'intérieur des maisons , dans les bois , sous les rochers.

Les nouvelles persécutions que les protestans de Provence eurent à souffrir , leurs longues guerres depuis l'exécution de l'arrêt d'Aix jusqu'à la révolution qui en 1789 a sanctionné les droits de la conscience par la liberté des cultes , seraient une nouvelle histoire que les bornes que nous nous sommes prescrites , ne nous permettent pas de traiter.

Dans l'organisation nouvelles de leurs églises , les protestans du département de Yaucluse qui comprend la partie de l'ancienne Provence habitée par les Vaudois , forment un consistoire dont le chef-lieu est Lourmarin. Au tour de ce chef-lieu se groupent les églises de Mérindol , Lacoste , Cabrièrcs - d'Aigucs , Lamottc , Orange , Avignon , etc.

En rédigeant l'ouvrage quon vient de lire, nous avons voulu offrir au public une monographie aussi complète que possible ; à cet effet nous nous sommes appliqué à réunir les faits les plus essentiels. En les précisant avec la plus gronde exactitude , et en cherchant nos autorités particulièrement chez les auteurs catholiques, nous sommes sorti des généralités dont les historiens précédens habitués à se copier les uns les autres ne s'étaient guère écartés. Pour y parvenir , nous avons dû recourir aux anciens manuscrits des bibliothèques du Midi, notamment celles d'Aix, Car

pentras , Avignon , etc. , qui nous ont offert les nombreux documens autographes inédits dont nous avons enrichi notre ouvrage. Sous ce rapport on reconnaîtra que nous avons été heureux dans nos recherches. Les pièces justificatives que nous citons textuellement complètent notre sujet et nous font sortir essentiellement du vague qui l'entourait jusqu'ici.

Le grand drame dont nous venons de dérouler les terribles péripéties laissera au monde un sérieux enseignement. Il constate d'une manière rigoureuse et fatale que le catholicisme a persécuté systématiquement ceux qu'il appelle hérétiques , et il a appelé hérétiques tous ceux qui ne se soumettaient pas aveuglément à la contrainte morale de son autorité humaine. La persécution , elle l'a érigée en principe, elle l'a écrit dans son dogme; cl l'on peut en suivre la désastreuse application de siècle en siècle l'histoire à la main. La croisade contre les Albigeois , l'extermination des Vaudois , l'histoire des inquisitions , le massacre de la Saint-Barthélémy , la révocation de ILdilde Nantes, les Dragonnades , la guerre de>

Ovcnncs déroulent une longue, trace de proscription et de sang.

Le domine de l'Église romaine, sa discipline, ses traditions , ses antéeédans s opposent-ils nécessairement à ce que cette Église puisse jamais proclamer en toute sincérité le principe de la tolérance et de la liberté religieuse dans toute leur étendue? Est-il dans sa nature intime de ne pouvoir renier son passé de cruauté et d'oppression , de ne pouvoir renoncer à un système de contrainte et de persécution, ou de n'y renoncer que momentanément à cause du cours général des idées? Ne peut elle renoncer à sonintolérance qu'en pratique iamtis en principe comme le déclarait un de ses organes? L'avenir le décidera.... Pour aujourd'hui nous nous contenterons de constater ce faitéminamment instructif et propre à dégoûter quiconque serait tenté de faire prévaloir ses croyances religieuses par la contrainte ; c'est que le fer et le feu qui tuent les hommes ne sauraient tuer les principes. La prospérité ou la chute de ceux-ci dépendent de leur valeur inhérente et non des évènemens du monde extérieur. Quand ilssont mauvais les prinei-

pes tombent d'eux-mêmes , ils subsistent éternellement quand ils sont fondés sur la justice et la vérilé. Beaucoup d'hérésies se sont éteintes , non parcequ'ellesontétépersécutécs,nonparcequ'ellesétaient en contradiction avec l'Église romaine , mais parce quelles étaient contraires au Christianisme et vicieuses en elles-mêmes. Ceux qui lisaient la parole de Dieu dès les premiers temps de l'Église ont été traités d'hérétiques par les païens ; mais les persécutions n'ont pas empêché les chrétiens de lire les saints livres. Plus tard , l'Église de Rome, à l'instar des païens , a répandu comme eux et bien plus qu'eux et pendant un plus grand nombre de siècles, le sang des chrétiens bibliques, et cependant ceux-ei se sont multipliés comme la Bible elle-même traduite dans toutes les langues et propagées en tous lieux. Ce fait de la suprême puissance et de l'indestructible permanence de la vérité est acquis à notre expérience et vaut mieux que tous les raisonnemens.

Notre Église prolestante a été cruellement persécutée , les catholiques romains nous doivent une grande réparation pour cet acte d'injustice et de

tyrannie.... Ce que nous leur demandons en retour de tout le mal qu ils nous ont fait, c'est.... de nous mieux juger à lavenir , de nous juger avec équité , après une étude attentive et d'apprécier sans prévention nos doctrines méconnues , notre caractère évangélique colomnié , et de ne plus permettre que l'obscurantisme et l'oppression les privent désormais du droit d'investigation et d'examen.

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